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Grandir-diminuer

 

Jean 3.22-30

 


pasteur René Lamey 


Église protestante d’Alsace et de Lorraine
Labroque-Schirmeck

 

 

30 juin 2020

Si l’on observe un peu le monde, et notre vie, il y a de quoi être préoccupé par différentes situations qu’elles soient internationales, nationales, ecclésiales, ou tout simplement personnelles. Dites-moi, par quoi être-vous préoccupés ce matin ?
Quand j’ouvre ma Bible, je découvre des hommes et des femmes sont aussi des gens préoccupés : d’eux-mêmes, de leur santé, de leur avenir, préoccupé de l’avenir du peuple et de leur pays
Dans le texte que nous allons lire et méditer, nous rencontrons deux grandes préoccupations motivées par des buts différents, deux préoccupations qui produisent des attitudes et des réactions différentes.

Jean 3.22-26.
Jésus se rendit en Judée avec ses disciples ; il y resta quelque temps avec eux et y baptisait. Jean, de son côté, baptisait à Enon, près de Salim : il y avait là beaucoup d’eau, et de nombreuses personnes y venaient pour être baptisées.
Or, un jour, quelques-uns de ses disciples eurent une discussion avec un Juif au sujet de la purification. Ils allèrent trouver Jean et lui dirent :
- Maître, tu te souviens de cet homme qui était avec toi de l’autre côté du Jourdain et pour qui tu as témoigné. Eh bien, le voilà qui baptise à son tour, et tout le monde se rend auprès de lui.

1) Tout d’abord, la préoccupation des disciples de Jean et leur réaction
Il y a dans ce court texte plusieurs personnes ou groupes de personnes. D’un côté, Jésus et ses disciples, et de l’autre, Jean et ses disciples. Jusque là, pas de problème, tout se passe bien, chacun travaille de son côté, les uns baptisent ici, les autres, de l’autre côté du Jourdain.
Mais, comme souvent dans ce genre de situation assez paisible, voilà un petit grain de sable qui vient enrayer la belle mécanique qui marchait si bien jusqu’à présent.
Plusieurs disciples de Jean-Baptiste sont en grande conversation avec un Juif qui, sans penser nécessairement à mal, leur avait raconté quelque chose à propos d’un autre qui baptise aussi et, semble-t-il, avec beaucoup de succès !
Ni une ni deux, les braves disciples de Jean se précipitent vers leur maître, comme des enfants déboussolés courent en pleurant dans les jupes de leur maman : « Maître, maître, celui qui était avec toi de l’autre côté du Jourdain, voilà qu’il baptise et que tous vont vers lui ! »
Il y a de l’amertume, de la peur, et de la jalousie dans ces paroles. On peut même y voir des reproches à peine voilés, reproches dirigés autant vers Jean que vers Jésus.
A Jean, ils disent : « Tu as été trop bon envers Jésus, tu lui as fait trop d’honneur en témoignant pour lui, et maintenant, t’as vu, tous vont vers lui », sous-entendu : « Et nous, qu’allons-nous devenir ? »
A Jésus, qu’ils ne mentionnent pas, sauf par un méprisant « celui-ci », ils disent : « Qui t’as permis de baptiser ? Qui t’a donné le droit de prendre la place de notre maître ? »
Bon, ne tapons pas trop vite sur ces disciples, ils sont un peu dépassés par la situation, et, somme toute, ils nous ressemblent, n’est-ce-pas ? Qu’aurions-nous fait à leur place ?
En attendant, dans leur préoccupation, les disciples de Jean tombent dans deux pièges, deux pièges que nous connaissons aussi...

a) Premier piège : la comparaison
Dans la vie quotidienne, nous passons une bonne partie de notre temps à nous comparer aux autres ; peut-être même ici, en entrant, vous êtes-vous comparés à ceux qui étaient déjà là.
La comparaison conduit à un regard faussé sur les autres et sur nous-mêmes :
- soit les autres sont meilleurs, mieux coiffés, mieux habillés, plus beaux, plus doués, ils savent mieux parler, mieux se présenter, mieux élever leurs enfants… et ça nous conduit à un sentiment d’infériorité (je suis nul, je ne suis pas à la hauteur) ;
- soit je me place au-dessus des autres au-dessus du troupeau des nuls : « I am the best », je suis le meilleur, je sais tout, etc… Là, c’est le sentiment de supériorité où l’autre est jugé et rabaissé, et moi, bien sûr, c’est normal, largement surélevé.

b) Second piège : la compétition
Les disciples de Jean se sentent en compétition avec les disciples de Jésus, ils voient en eux de terribles concurrents sur le « marché » du baptême.
Si vous lisez les journaux, si vous regardez ce qui se passe dans les coulisses du sport, de la politique, de l’économie (peut-être même de l’Église), vous verrez les ravages personnels et mondiaux que causent le tsunami de la compétition et de la concurrence. Dans ces domaines, c’est la loi de la jungle, c’est la raison du plus fort, ou du plus rusé...
Laissons maintenant les préoccupations des disciples de Jean pour nous tourner vers celle qui trotte dans l’esprit de Jean-Baptiste.

2) La préoccupation de Jean
Relire v. 26 : 26 Ils allèrent trouver Jean et lui dirent :
- Maître, tu te souviens de cet homme qui était avec toi de l’autre côté du Jourdain et pour qui tu as témoigné. Eh bien, le voilà qui baptise à son tour, et tout le monde se rend auprès de lui.

Comment Jean va-t-il réagir ? Quelle sera sa réponse ?
v.27-30 : 27 Jean répondit :

- Nul ne peut s’attribuer une autre mission que celle qu’il a reçue de Dieu. Vous en êtes vous-mêmes témoins ; j’ai toujours dit : je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé comme son Précurseur.
A qui appartient la mariée ? Au marié. Quant à l’ami du marié, c’est celui qui se tient à côté de lui et qui l’écoute : entendre sa voix le remplit de joie. Telle est ma joie, et, à présent, elle est complète. Il faut qu’il grandisse et que je diminue.

Jean a une belle attitude. Il ne répond pas du tac au tac, il ne se laisse pas enfermer dans le raisonnement simpliste de ses disciples. Jean décentre le problème, il le place sur un autre plan et, ce faisant, il dépassionne et dédramatise la question en lui ôtant son caractère négatif et agressif.
Jean n’attaque personne, n’accuse personne, ne juge personne ! Ni ces disciples (« Eh, doucement les gars, vous êtes à côté de la plaque ! »), ni Jésus (« Ah, celui-là, il commence à m’énerver, je vais aller lui deux mots ! ».
Jean ne se met pas sur la défensive, comme nous nous l’aurions certainement fait, au contraire, il va défendre la cause de l’autre, la cause de celui dont on a voulu faire un adversaire.
La réponse de Jean laisse entrevoir que toute opposition ou toute comparaison entre son ministère et celui de Jésus serait vaine. Ce n’est pas l’alternative « lui ou moi, un de nous deux est de trop dans la ville (ou sur les rives du Jourdain). » Jean ne tombe pas dans le piège.
Jean ne se place pas sur le terrain glissant de la comparaison ou de la compétition, il se place sur le sûr terrain de la volonté de Dieu. C’est ce que signifie le v. 27 :
Nul ne peut s’attribuer une autre mission que celle qu’il a reçue de Dieu.

Jean n’a aucune prétention à être un autre. Jean porte sur lui un regard équilibré : ce qu’il est, ce qu’il a, cela lui vient de Dieu ; nul besoin, nul nécessité de se comparer à quelqu’un, au Christ ou à d’autres prophètes. Il ne s’agit pas de prendre la place de quelqu’un d’autre, mais de prendre sa place dans celle qui nous dévolue par la vie ou par les circonstances…

L’essentiel pour Jean-Baptiste, c’est d’accomplir la mission que Dieu lui a confié, c’est-à-dire d’être le précurseur de Jésus, celui qui prépare et ouvre le chemin pour le Christ ; en d’autres termes : d’être l’ami de l’époux.
Jean fait ici référence à une coutume juive. Le « shoshben » (comme on l’appelait) était l’ami intime du futur époux. Il avait des fonctions importantes dans la préparation et la conclusion du mariage ; il était en quelque sorte le maître de cérémonie de la fête du mariage. Eh bien, Jean se reconnait tout à fait dans ce rôle d’ami, et loin de se plaindre du succès de « l’époux », il est au contraire rempli d’une joie parfaite et complète !
Mais vous direz peut-être : « D’accord, Jean, lui, il est heureux, il trouvé sa place dans la vie, mais moi, moi je ne suis pas Jean, je suis juste une simple personne, un simple membre d’église, un simple ouvrier ou employé, un simple retraité, une simple femme au foyer, etc... Quelle pourrait être ma mission ? »
Eh bien, le texte ici à une réponse pour toi. Ta mission, d’une certaine manière, elle commence au v. 30 : « Il faut qu’il grandisse et que je diminue. » Célèbre phrase prononcée par celui qui savait que son rôle de « shoshben », d’ami de l’époux, de précurseur touchait à sa fin et qu’il fallait laisser da place à un autre.
« Il faut qu’il grandisse et que je diminue. » Voilà une phrase qui n’est pas très populaire en ce monde où la croissance est le maître-mot !
« Grandir », ça, c’est pour les gagnants. « Diminuer », ça, c’est pour les perdants.
Dans une société où tout est compétition, Jean-Baptiste est un « loser », un perdant. Mais si ça peut le consoler, il n’est pas le seul : tous les prophètes l’ont été avant lui, et Jésus, crucifié comme un criminel, sera aussi, pour le monde, un perdant.
Si tu veux suivre Jésus, tu entreras dans le camp des perdants. Mais il faut bien me comprendre : être un perdant pour Jésus, ce n’est pas ramper devant les autres, ce n’est pas être un paillasson sur lequel les autres essuient dédaigneusement leurs pieds. De même, « diminuer », ce n’est pas se dissoudre et disparaitre, c’est simplement se rendre plus petit pour que le Christ prenne plus de place dans nos vies…
Être perdant pour le Christ, c’est être perdant par rapport à l’esprit de comparaison et de compétition qui règne dans le monde, c’est être libéré de cet esprit qui détruit des hommes, des femmes, des enfants, des peuples, et notre belle planète bleue.
Être perdant pour le Christ, c’est comprendre que je n’ai pas l’obligation de paraître quelque chose, je n’ai pas besoin de « réussir », selon la définition économique et sociale du terme. J’ai simplement à être disponible, prendre conscience de mes possibilités, même si elles sont petites, et de les mettre au service de Dieu et du prochain.
Par amour pour Jésus-Christ, plusieurs sont devenus des perdants, des perdants pour le monde, des perdants pour le succès et la réussite. Perdants pour le monde, oui, mais gagnants pour l’Evangile, gagnants pour les pauvres, les rejetés, les méprisés. On peut penser à ML King, mère Térésa, sœur Emmanuelle, Gandhi, et tant d’autres, la liste serait longue... et notre nom pourrait même y figure, qui sait ?
Il faut qu’il grandisse et que je diminue : ce n’est pas un ordre, ce n’est pas une fatalité, mais le profond désir de Jean-Baptiste. Se pourrait-il que ce désir soit aussi le nôtre ?

Une image pour terminer :
Le calendrier : on fête les Jean-Baptiste le 24 juin. C’est le jour le plus long de l’année ; ensuite, à partir de cette date, les jours raccourcissent : « Il faut que je diminue ». Le 25 décembre, jour présumé de la naissance de Jésus, est un des jours les plus courts de l’année ; ensuite, les jours s’allongent à nouveau : « Il faut qu’il grandisse »
Que Jésus-Christ grandisse dans votre vie, qu’il grandisse dans notre communauté afin que grandisse aussi notre amour pour lui et notre amour les uns pour les autres...

Amen !



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