Libre opinion

- Où sont toutes les jeunes femmes ?
- Elles sont parties étudier pour être prêtres et évêques.
Pourquoi les femmes
quittent l'église
Leurs professions, leurs
familles, les nouvelles idées éloignent les jeunes
femmes de l'Église
Kristin Aune
professeur de sociologie à
l'université de Derby (Angleterre)
2 septembre 2008
L'ordination des femmes comme prêtres et maintenant comme
évêques a
été l'un des sujets les plus débattus de ces
derniers temps. Mais si l'on regarde les sièges vides de nos
églises, on découvre un problème
considérablement plus important : les femmes ne viennent
plus à l'église.
Les femmes étaient depuis si
longtemps nombreuses à l'église - elles ont
représenté une majorité de 60 à
65 % tout au long des 19e et
20e siècles - qu'on ne pensait pas que cela
puisse changer.
Pourtant le recensement
ecclésiastique qui a eu lieu en Angleterre en 2005 montre
qu'il n'en est plus ainsi.
Entre 1989 et 1998, plus de
65 000 femmes ont chaque année disparu de
l'église, représentant 57 % du total de tous ceux
qui l'ont quittée.
De 1998 à 2005 le chiffre
est légèrement inférieur
- 51 000 par an - mais les femmes sont cette fois
les deux tiers de ceux qui l'ont quittée.
La diminution du nombre de femmes dans
l'église a été
maximum pour les femmes de 15 à 44 ans, âge
où elles sont particulièrement occupées par
l'éducation de leurs enfants, leur profession, leurs relations
sociales et leur vie de famille. Depuis 1989 le nombre des
femmes qui représentait 58 % des membres de
l'église est tombé à 57 % : Faible
chute il est vrai mais il faut savoir que parmi les plus jeunes le
nombre des filles est égal à celui des garçons
et dans la tranche d'âge 15-19 ans, elles sont moins
nombreuses que les garçons.
L'analyse de cette
situation semble montrer que les
jeunes femmes ont des idées clairement en faveur de
l'égalité des sexes et détestent le
traditionalisme et l'esprit de hiérarchie qu'elles pensent
voir régner dans l'église. Un étudiant disait en
réponse à l'enquête : « De nos jours les femmes sont les
égales des hommes et c'est seulement dans l'église
qu'elles se trouvent bloquées ».
C'est en partie en raison de la perception
qu'elles y ont d'une émancipation féminine que les
femmes se laissent attirer par les groupes New Age.
La disparition des femmes de l'église
proviendrait donc moins de leur désir de la quitter que du
fait qu'elles n'y obtiennent jamais les premières
places.
.
Il y a d'autres raisons à la
baisse de l'engagement féminin dans
l'église : la diminution
du nombre d'enfants, le féminisme, le travail professionnel,
les diversités familiales et la sexualité.
- La diminution du nombre d'enfants. Une enquête de David Voas, de
l'université de Manchester a montré que la
moitié seulement des enfants de membres pratiquants de
l'église étaient eux-mêmes pratiquants : les
femmes n'ont plus assez d'enfants pour le renouvellement des
générations de fidèles.
- Le féminisme.
Les femmes ont commencé à l'être dans les
années 1960. Les années 1950 ont
été la dernière période dans laquelle
l'enseignement que donnait l'église du rôle respectif de
l'homme et de la femme correspondait en fait aux idées
courantes de la société. Comme le montre bien
l'historien Callum Brown
dans son livre The Death of Christian Britain (la mort de la Grande Bretagne chrétienne,
Routledge, 2000), à partir des années 1960, le
féminisme a commencé à offrir aux femmes une
nouvelle vision de leur vie.
- Le travail professionnel. Le coût de la vie augmentant en même
temps que le désir de posséder davantage, a
amené les femmes dans le monde du travail. Au début du
20e siècle, un tiers des femmes exerçaient
une activité rémunérée. A la fin du
siècle, elles sont deux tiers. Jongler avec sa profession, le
travail ménager et le soin des enfants exerce une pression
d'autant plus forte sur les femmes que leurs partenaires masculins
prennent en général peu le relais. Lorsqu'elles
abandonnent quelque chose, c'est souvent la vie de l'église.
Les études démontrent que les femmes exerçant
une activité à temps plein participent moins à
la vie de l'église que celles qui ne travaillent pas ou qui ne
travaillent qu'à temps partiel ; lorsqu'elles pratiquent, ce
n'est pas chaque semaine.
- Les diversités familiales ajoutent aussi une difficulté à la
présence des femmes dans l'église. Les familles non
traditionnelles - célibat, parent unique, cohabitation,
familles mixtes - sont en effet moins nombreuses dans
l'église que dans la société globale et y sont
même peu acceptées. Ma thèse de doctorat portant
sur la place des hommes et des femmes dans l'église montre que
les femmes célibataires qui demeuraient dans l'église
pour y chercher un mari la quittent plutôt aujourd'hui.
- La sexualité.
Enfin, les femmes ont tendance à quitter une église qui
ne parle jamais de sexualité - sauf lorsqu'il s'agit de
condamner le sexe hors mariage. Comme le dit la sociologue canadienne
Sonya Sharma :
« le fait que les femmes quittent l'église ne
signifie pas qu'elles ont perdu la foi... mais plutôt que
l'église ne leur offre pas ce qu'elles
cherchent ». Une femme de
28 ans qu'elle a interviewée alors qu'elle quittait sa
paroisse baptiste en l'accusant d'ignorer ses désirs sexuels
disait : « j'ai
commencé à me sentir mieux dans mon corps lorsque j'ai
quitté l'église ».
.
Différentes
études montrent que les
femmes « centrées
sur leur foyer » demeurent
davantage attachées à leur église en participant
à des groupes de jeunes mères, par exemple, qui leur
procurent des relations sociales que les femmes qui « font
carrière » et qui
n'en ont ni le temps ni le besoin.
Une troisième catégorie de
femmes, celles qui ont simultanément une activité
professionnelle à temps partiel et une vie de famille,
continuent à participer à la vie de l'église
mais recherchent plutôt et de plus en plus à des groupes
de yoga ou des activités de gymnastique et
d'épanouissement physique, surtout lorsqu'elles atteignent un
âge moyen.
Linda Woodhead, professeur de sociologie de la religion à
l'université de Lancaster dit que les femmes adhèrent
à des mouvements de spiritualités holistiques plus
ouverts que les églises. Au lieu d'y entendre parler de
fidélité, d'obéissance et de sacrifice, on y
développe le bien-être et l'épanouissement
personnel.
La présence des
femmes était autrefois d'une
importance vitale pour l'église, mais si la tendance actuelle
se poursuit - et cela semble devoir être le cas -
elle seront sans doute au coeur de son déclin.
Church
Times 22 août 2008
Traduction Gilles
Castelnau
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