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Les fèves de la grâce


 

pasteur Serge Soulié

 

blog


26 avril 2020

Il y a sept mois, en novembre dernier, je semais des fèves avec mon épouse. Je n’étais pas bien. Sans elle j’aurais dû renoncer à ce jardinage pré hivernal. Trois ans de chimio thérapies, je sens mes forces disparaitre, physiques comme intellectuelles. J’avais du mal pour avaler, il fallait accélérer une nouvelle série de ces chimios épuisantes. Je m’accrochais d’autant plus que je ne pensais pas être encore présent au moment de la récolte. Je me disais que mon épouse éprouverait des sentiments positifs à la pensée que ces fèves, nous les avions semées tous les deux. Nous avons semé tellement de choses ensemble ! Non seulement ces souvenirs demeurent mais il sera agréable de se les rappeler jusqu’à notre dernier souffle y compris pour le dernier resté vivant et malgré sa peine.

Aujourd’hui est venu le temps de la récolte. C’est vraiment une grâce pour moi d’être toujours là pour cueillir à nouveau avec mon épouse les fruits de notre semence. Je dis bien une grâce et cependant j’hésite parfois à employer ce terme. En effet certains s’imaginent que Dieu aurait décidé de m’accorder quelques jours de plus à vivre. Comme si soudain il me faisait un cadeau exceptionnel. Ils m’invitent à me confondre en reconnaissance et remerciement. Ils laissent même sous-entendre que cette grâce va bien au-delà du mérite.

Je ne crois pas à ce scénario. Si grâce il y a, elle n’est due ni à mes mérites ni à une décision particulière de Dieu. La grâce est inscrite dans la création. Elle nous est donnée par avance. Si la mort m’avait emporté la grâce n’aurait pas été supprimée pour autant. Elle se serait manifestée autrement. J’ai perdu mon père j’avais treize ans. On ne peut pas dire pour autant que la grâce était absente. Elle s’est manifestée par la possibilité que notre mère a eu de pouvoir nous élever. Notre père a bénéficié de la grâce divine bien que la maladie l’ait emporté.

Nous, les chrétiens, nous devrions nous interroger : Y a-t-il au ciel un être suprême que nous appelons Dieu et qui prend des décisions selon son gré en fonction du nombre et de l’intensité de nos prières ? Aurions-nous ainsi un pouvoir sur Dieu ? Prier pour son prochain est le signe de l’amour que nous lui portons. Il se sent aimé. Tant mieux. La prière nous lie les uns aux autres. Elle nous introduit et nous maintient dans l’harmonie du monde réel, appelé cosmos par la science, Royaume de Dieu par le Christ. Ce royaume ne peut être entièrement colonisé par l’homme limité dans ses efforts et dans ses recherches. Il est toujours à venir. L’homme est ainsi sans cesse appelé à faire de nouvelles découvertes. Le Royaume de Dieu n’est pas seulement une promesse, il est une mise en route.

L’attention portée aux évènements de la vie m’amène à penser que Dieu n’est pas influençable. Notre destinée est inscrite dans le Livre de Vie. Dans la maladie, dans mon cas actuellement, ce qui prolonge la vie c’est la médecine, une bonne hygiène et la paix dans le cœur et l’esprit. Cette prolongation dépend de l’homme tout en étant prévue d’avance. Je comprends que nous soyons frustrés de ne pas convaincre Dieu par nos prières et nos confessions. Le salut par les œuvres nous titille toujours. Transformer la prière et la foi en une œuvre salvatrice est une tentation récurrente. Mais Dieu n’est pas un personnage, aussi respectable soit-il. Il est Tout Autre. Il n’est pas un autre. Nous vivons en Lui et Lui en nous. La prière nous maintien en son sein. Elle ne change pas pour autant le plan divin. Révoltant pour celui qui voudrait être le maître absolu de sa vie ! J’opte ici pour la théorie de la prédestination selon Jean Calvin. Elle épargne à l’homme de se concentrer sur lui-même et de se polariser sur la question du mal dans le monde. Elle lui rend la liberté, le délivre du besoin du religieux et le prépare à s’engager dans la construction d’un monde toujours à renouveler.

La grâce nous a été donnée une bonne fois pour toutes en Jésus, celui que nous nommons le Christ. Plus personne n’est habilité à faire grâce y compris le Dieu que nous imaginons et que nous pensons être le vrai Dieu. Ce « gracieur-là » est tombé en désuétude avec la venue du Christ-Jésus. L’amnistie est totale et définitive. Il n’est pas nécessaire de revenir à la charge à coup de prières, de suppliques et d’accomplissement de rites, y compris dans les moments délicats et difficiles. En regardant au Christ, nous pouvons reconnaître et suivre le chemin de la grâce. Celle-ci est gravée à jamais dans l’histoire de l’humanité. Elle est donnée à tous. Nul besoin de la solliciter. Ceux qui ont crucifié le Christ la voulaient pour eux seulement. La résurrection, factuelle pour les uns, symbolique pour les autres, la remet au cœur de l’humanité. La grâce est une des caractéristiques essentielles du divin. Elle a été manifestée en Jésus-Christ. Elle est présente en toutes situations y compris lorsqu’elle n’est pas reconnue comme telle dans les situations cruelles ou devant la mort par exemple. La reconnaître, c’est ne pas se laisser anéantir, c’est affirmer que le mal n’aura pas le dernier mot comme l’écrit la philosophe Hannah Arendt, c’est trouver la paix en soi afin de se rendre disponibles et plus forts afin d’améliorer ou changer ce qui doit l’être, pour chacun en particulier et pour le monde en général. C’est éviter de se révolter contre tout ce qui nous affecte et nous révèle combien l’homme est fragile, parfois dangereux et toujours mortel.

Pour conclure et dire ma foi, je reprendrai cette maxime attribuée à Sénèque : « Vivre, ce n’est pas attendre que l’orage passe. C’est apprendre à danser sous la pluie. » En situation de longue maladie comme c’est mon cas, ce n’est pas implorer un miracle. C’est continuer à semer des fèves et les récolter si je suis encore là. Et si le miracle advenait il trouverait sa cause dans la constitution naturelle du monde tel que la création le connait.

 


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