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Y’a pas de miracle !


 

pasteur Serge Soulié

 

blog


26 avril 2020

J’entends la voix de ma grand-mère : « Y’a pas de miracle ! ». Chez elle, c’était un leitmotiv. Elle savait de quoi elle parlait. Le travail de la terre avait plié cette paysanne en deux. A soixante-dix ans passés elle gardait encore les moutons. Elle avait connu des maladies qui à plusieurs reprises avaient décimé le troupeau. Elle avait essayé sans y parvenir de devancer l’orage qui allait détruire la récolte la veille de la moisson. Cette année-là, sans explication aucune, les pommes de terre refusaient de sortir de terre. Le doryphore avait ravagé les quelques pieds restants. Enfin les foins avaient pourri sous la pluie avant même d’être engrangés. Ses efforts étaient vains. Le ciel ne lui venait pas en aide. Alors, c’était toujours le même refrain « Y’a pas de miracle » ! Habile, elle se servait de la formule pour réfuter les arguments des catholiques du village qui voyaient dans les miracles de Lourdes, une des capitales régionales, sinon la puissance de Dieu, en tout cas celle de l’Eglise. Il est vrai que dans ce petit coin de France, la quasi-totalité des fermes étaient travaillées par les protestants. Les catholiques s’accrochaient aux petits commerces ou à l’artisanat. Ils n’étaient pas soumis aux caprices du temps et de la nature. Le ciel leur semblait favorable.

Vingt ans après, quelque part dans la banlieue parisienne, une femme vint me trouver. Elle avait appris qu’un centre protestant avait ouvert près de chez elle. Elle me raconta qu’enfant elle avait été hospitalisée pour un cancer au foie. D’après les médecins elle était perdue. Sa mort n’était l’affaire que de quelques heures. Les voisins protestants, proposèrent aux parents désespérés de demander à leur pasteur de venir prier au chevet de leur fille. Il vint le jour même. Huit jours plus tard, elle sortit de l’hôpital. Elle était guérie. Ces parents se tournèrent vers le protestantisme comme la fleur vers le soleil. Elle voulait continuer dans cette direction. Je lui présentais le centre. Elle participa à diverses activités ainsi que son fils.

A vrai dire, je prêtais peu d’attention à ce récit de guérison. Il ressemblait à tant d’autres ! De plus, j’avais constaté malgré ma courte expérience dans les milieux religieux ou de la santé, combien ces guérisons racontées correspondaient plus à des interprétations et des impressions du dit malade qu’à la réalité. Quelques jours après, une des responsables et animatrice du centre, surveillante dans un grand hôpital parisien, ayant derrière elle une longue expérience d’infirmière me dit qu’il arrive que des personnes malades du foie et sans espoir de guérison guérissent après quelques jours d’hospitalisation. Je menais alors une enquête auprès de médecins et d’infirmières d’autres hôpitaux qui me confirmèrent ces cas rares de guérison. Une infirmière ajouta quelque peu ironique qu’elle n’avait jamais vu une jambe repousser. Vingt ans plus tard, appelé par un médecin avec qui je collaborais dans le cadre de la lutte contre l’alcoolisme parce qu’il craignait la mort rapide d’une des patientes que nous suivions, j’eus l’heureuse surprise, cinq jours après son appel, de voir la patiente sortir de l’hôpital en bonne forme.

Aucune de ces situations vécues n’a éveillé le souvenir des mots de ma grand-mère jusqu’à aujourd’hui. Il a fallu cette assemblé évangélique de Mulhouse qui a été une accélération pour la propagation du virus pour que surgisse à nouveau, plus de soixante ans après, ces mots : « il n’y a pas de miracle ! ». Voilà un rassemblement organisé par une église dont la mouvance charismatique cherche à construire un nouveau récit fondateur basé sur la guérison miraculeuse, hors de toute intervention médicale et scientifique. Ironie du sort, ce rassemblement où la guérison est mise en avant sera le lieu où la maladie se répand avec de nombreux décès. Ici non seulement Dieu ne guérit pas mais il laisse se propager la maladie à moins qu’il ne la suscite lui-même ? Impossible bien sûr aux yeux des organisateurs qui verraient soudain s’effondrer leur théorie sur la guérison. Les pasteurs sont obligés de publier un démenti disant que Dieu n’a pas voulu punir l’Eglise. Cette fois Dieu n’y est pour rien. Les pasteurs s’auto-accusent et font leur mea culpa. Ils prennent la place de Dieu telle qu’ils la définissent dans leur démarche habituelle où ils font de Dieu l’acteur responsable de toute chose. Leur mea culpa sert à protéger Dieu.

On peut voir ici où conduit cette théologie. Par un retournement spectaculaire le Dieu qui libère et guérit devient le Dieu à protéger au risque de dresser contre lui tous ceux qui croyaient aux miracles de guérison. Voilà pourquoi les mots de ma grand-mère me reviennent à l’esprit. L’expérience qu’elle avait de par son travail au cœur de la nature la conduisait à vivre dans la réalité de la vie. Elle n’avait pas en elle un récit qu’il fallait proclamer pour croire. Elle voyait qu’il n’y avait pas de miracle. Tout obéissait à la logique interne de la nature. Comme Thomas, le disciple qui veut voir avant de croire. Il est dans la logique de la nature. Par ailleurs selon les évangiles, Jésus se présente comme celui qui se situe pleinement dans la réalité de la vie. Il n’y a pas chez lui d’idéologie à laquelle il faudrait adhérer. Ses miracles ne tombent pas du ciel. Ils sont la suite d’actes et de paroles qui libèrent. Il propose même de dépasser la réalité connue pour accéder au réel autrement dit à un dépassement de cette réalité. C’est ce qu’il nomme Royaume de Dieu. Le réel c’est la réalité plus autre chose. Il n’est jamais clos. Il est toujours en devenir. La vieille paysanne l’avait bien compris. C’est pourquoi elle accueillait toujours ce qui arrivait sans jamais baisser les bras et sans s’en remettre à une puissance étrangère magique venue d’ ailleurs. Le divin était déjà en toute chose et en tout lieu. Y’a pas de miracle !





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