Libre opinion
Grande Bretagne
Pasteurs de
rue

Londres
Le mouvement des « pasteurs de rue » ne cesse de grandir. A Kingston upon Thames, dans le diocèse de Southwark (Londres), ils sont 45 à avoir suivi cette formation. Le superintendant de la police locale, Paul McGregor, dit qu’ils accomplissent depuis cinq ans « un travail fantastique » et qu’ils ont incontestablement contribué à faire de Kingston – un des quartier de Londres les plus animés la nuit – un endroit plus sûr.
Le Conseil de Kingston dit que la violence contre les personnes a diminué de près de 50 % et les crimes d’environs 25 %.
Les pasteurs ont suivi une formation de cinq mois. Ils appartiennent à 29 Églises différentes, dont une demi-douzaine anglicanes.
Les équipes parcourent le centre de la ville les vendredis et samedis de 22 heures à 4 heures du matin et établissent le contact avec les passants - qui sont souvent alcoolisés. Ils les aident à rentrer chez eux, ils donnent les premiers soins, ils proposent des couvertures de survie, des sandales de plastique pour les pieds douloureux et... une épaule fraternelle à ceux qui ont besoin de pleurer.
L’année dernière ils ont été en activité dans les rues durant 3000 heures, ont ramassé 5226 bouteilles vides (armes potentielles), donné 50 couvertures à ceux qui avaient froid et quatre duvets à des SDF. Ils apporté du secours à 146 reprises et donné les premiers soins 20 fois. Ils sont soutenus par des groupes de leurs Églises locales.
Le projet revient à 25 000 £ (30 000 €) par an. Il est financé par les Églises, la police, la ville de Kingston, l’entreprise John Lewis, des pubs, des clubs et des dons individuels. Il va s’étendre au mercredi.
Traduction Gilles
Castelnau
Church Times
Hebdomadaire de l'Église
Anglicane
11 décembre 2010
.
Écosse

Jackie
Macadam
15 août 2008
Un adolescent sur un brancard, le visage
en sang.
L'auto qui l'a renversé est
arrêtée au milieu de la rue, un trou dans le pare-brise
est la marque de ce que peut faire une tête humaine qui
rencontre le verre sécurit. Le jeune conducteur a
déjà été emmené à
l'arrière d'une voiture de police.
Le personnel soignant emmène le
blessé dans une ambulance qui s'éloigne gyrophare
allumé et laisse 100 adolescents choqués et tout
bouleversés devant la discothèque.
Mais dans cette foule, ils sont trois,
vêtus de vareuses bleues,
présents aux côtés des groupes de jeunes
déstabilisés, les filles à la limite de
l'hystérie et les garçons en colère.
On est à Perth, à
22 h 30 un samedi soir et les trois sont des
« pasteurs de
rue ».
Sandy Scrimgeour, Michael Archibald et Rona
Archibald sont trois des sept pasteurs de rue en fonction cette
nuit-là.
Ils sont en tout ce soir-là
16 pasteurs de rue présents à Perth, chacun prend
sa permanence un samedi par mois. Ils viennent de toutes les
églises de la ville et ont leur quartier général
dans l'église réformée de la Mill street
.
Tous les samedis soir, une équipe de
pasteurs de rue s'y retrouve entre 21 h 30 et 22 h,
pour parcourir les rues avec de la compassion plein le coeur et des
paires de tongs dans les poches.
Ils souhaiteraient être assez nombreux
pour venir aussi le jeudi mais leur nombre ne le leur permet pas
encore.
Ils ne sont que des
bénévoles : Sandy est un ancien agent de police et
Michael était comptable.
Dans une autre équipe, Sandy est une
pasteur retraitée, Douglas était militaire, Keith est
un ancien alcoolique qui s'occupe maintenant de ceux qui ont des
problèmes avec la drogue et l'alcool. Jane travaille au
collège voisin.
Cette diversité leur donne une riche
expérience de la vie et de multiples capacités pour
régler les incidents qui peuvent se produire.
« Par exemple, raconte Michael, il
y a quelques temps, un homme était ivre et faisait tout un
scandale après avoir été expulsé d'un
bar.
Quand on s'est approchés, il était hors de
lui-même et incohérent. J'essayais de le calmer quand
Sandy Scrimbeour, l'ex-agent de police, nous a brusquement
poussés derrière le coin de la rue. Il avait l'habitude
de ce genre de situations et avait repéré la patrouille
de police qui arrivait et aurait embarqué l'homme, ce qui
n'aurait rien arrangé pour lui !
« Sandy Gunn (le pasteur retraité de l'Église
réformée) a réussi
à lui parler et cinq minutes après il nous racontait
qu'il avait un cancer, qu'il devait être bientôt
opéré, qu'il en était très
angoissé et que jusqu'à ce soir il n'avait eu personne
à qui en parler.
« Il a ajouté qu'il
avait laissé ses deux enfants adolescents seuls à la
maison et qu'il comprenait qu'il ferait mieux d'être avec eux
que de se saouler dans les bars.
« Au fond, il avait seulement
besoin de quelqu'un à qui parler, quelqu'un qui
l'écouterait. Et cela, nous étions capables - et
heureux - de le faire. »
Les pasteurs de rue fonctionnent en
équipes de deux. Une
équipe d'un côté de la rue et l'autre
équipe sur le trottoir d'en face. Ils sont vêtus de
vareuses portant dans le dos « street pastor » (pasteur de rue) en grosses lettres blanches. Ils se
tiennent face à face, lorsqu'ils sont dans un groupe, de
façon à être immédiatement
identifiés.
Ils ne cherchent pas à convertir les
gens ou à les catéchiser. Ils engagent seulement la
conversation et proposent leur aide lorsqu'elle peut être
utile.
Ils n'abordent jamais les gens mais
attendent qu'on les aborde. Dans une situation comme celle de
l'accident d'auto, ils peuvent demander si quelqu'un a besoin
d'aide.
En Écosse, il y a des pasteurs de rue
à Aberdeen, à Perth et à Inverness.
L'idée est venue d'Angleterre,
où l'organisation de l' « Ascension
Trust » a lancé une
oeuvre d'entraide oecuménique s'occupant des problèmes
de voisinage et assurant la nuit une présence dans la rue pour
protéger, écouter, dialoguer et apporter une aide
concrète.
Dans les quartiers de Londres où elle
fonctionne, elle a déjà rencontré un
succès frappant et la délinquance y a notamment
diminué. Les pasteurs de rue espèrent qu'il en sera de
même en Écosse.
Les pasteurs de rue sont en liaison radio
permanente avec la police, de façon à pouvoir
être prévenus lorsque leur présence
s'avère quelque part utile.
Ils disposent d'un bouton d'appel d'urgence
pour le cas où ils se trouveraient en danger :
« Mais aucun pasteur de rue
n'a encore jamais appuyé sur le bouton dans toute la Grande
Bretagne », ajoute
Michael.
Les pasteurs de rue reçoivent une
formation répartie en
12 sessions sur une durée de trois mois :
psychologie, analyse de situations, techniques pour désamorcer
une attitude violente etc.
Tout membre d'une paroisse peut devenir
pasteur de rue, à partir de l'âge de 18 ans, du
moment qu'il est engagé dans une activité religieuse
depuis au moins un an, qu'il est recommandé par son pasteur et
qu'il a accompli son cycle de formation.
Il arrive au pasteur de rue d'être
interpellé par quelqu'un qui a vécu une
expérience particulièrement traumatisante et demande ce
qu'il a fait au bon Dieu pour que cela lui arrive.
« Nous sommes parfois capables
d'aider. Mais il arrive aussi que la personne en question ne veuille
rien entendre, qu'elle doive d'abord faire son travail de deuil avant
de pouvoir écouter » dit Michael.
Mais Michael est étudiant en
théologie pour être pasteur. Il doit présider un
culte dans une paroisse le lendemain et nous quitte vers 1 heure
du matin.
Il me semble important que l'Église
réformée d'Écosse s'intéresse à ce
que nous faisons. Non pas que nous soyons sensationnels, mais c'est
certainement une manière d'entrer en contact avec les
jeunes.
« Je ne saurais pas que dire ou
que faire si j'entrais dans un de ces night-club, ni même
comment m'habiller. C'est la même chose pour eux s'ils viennent
à l'église ! Ils y sont étrangers. Ils n'en
ont pas la moindre idée. Leur domaine est ici, dans les rues.
Ils s'y sentent à l'aise. Dans la rue on peut parler de tout
avec eux. »
L'équipe des pasteurs de rue
demeure en place jusqu'à 3 heures du
matin. Au fur et à mesure que
la nuit s'avance et que l'alcool gagne, les langues se
délient.
Un garçon nous crie « Jean 3.16 » [Dieu a tant aimé le monde...] et s'esclaffe.
Un des pasteurs de rue lui demande s'il sait ce que signifie ce
verset. Le gars répond que oui et, sur le trottoir de Perth,
la conversation s'engage sur le football, le christianisme et
Jésus.
Les autres pasteurs n'interfèrent pas. Ils sont prêts
à se soutenir mutuellement en cas de crise mais quand une
conversation s'est nouée il laissent le ou la pasteur qui l'a
commencée la continuer, de façon à ne pas
créer d'effet de groupe.
L'aide des pasteurs est aussi bien
spirituelle que concrète.
Ils ont une liste de numéros de
téléphone qui peuvent être utiles. En hiver,
lorsque le froid écossais se fait glacial, ils ont des
couvertures de survie à l'intention des fêtards
imprévoyants qui sont sortis vêtus de presque
rien.
La police les soutient et les appelle effectivement par radio lorsque leur
présence peut être utile.
Matt Hamilton, superintendant de la police
de Perth et de Kinross dit que c'est sensationnel de travailler avec
eux : « Il n'y a
jamais de problème quand on travaille avec les pasteurs de
rue. D'ailleurs on connaissait déjà certains d'entre
eux, dont l'un qui était un de nos gradés et on a
confiance les uns dans les autres. Ils ont un excellent rapport avec
les gens et avec leurs relations non conflictuelles, ils contribuent
à faire de Perth une ville plus amicale et
sûre. »
Les pasteurs de rue sont maintenant bien
connus dans les rues de Perth et notamment des jeunes
femmes :
« C'est parce que nous avons
des tongs, explique
Sandy. Quand nous voyons une fille
qui a porté des talons hauts toute la nuit et qui a tellement
mal aux pieds que pour rentrer chez elle, elle marche pieds nus dans
les crottes de chiens, les crachats et tout, nous lui offrons une
paire de tongs ».
Et les tongs sont devenues
célèbres :
« C'est vous les gens avec les
tongs ? » demande une
jeune femme. Et elle accepte la paire que lui propose Michael.
Elle remarque alors la vareuse que porte
l'équipe :
« Pasteurs de rue ? C'est
quoi ? »
Et une nouvelle conversation s'engage dans
la rue de Perth ce samedi soir.
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PS. Le
jeune homme blessé dans l'accident a complètement
guéri.
Traduction Gilles
Castelnau
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Mensuel de l'Église
réformée d'Écosse
juillet 2008
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