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La religion renouvelée


 

pasteur Serge Soulié

 

blog


27 mars 2020

Au vu de la crise traversée par la religion chrétienne en France et en Europe, nous envisagions dans notre dernier livre une « religion renouvelée » qui ne s’appuierait plus sur les dogmes et les traditions mais sur la raison, le bons sens et l’expérience. La religion renouvelée n’était pas dans notre esprit une invention au risque de devenir une secte parmi d’autres. Encore moins une utopie visant l’irréalisable. Ce que nous avions vécu dans la région parisienne et qui nous avait amené à créer un centre socio-culturel protestant, appelé Maison du Rêve, où se côtoyaient croyants et incroyants de tous bords sans que l’on puisse enfermer quiconque dans une étiquette bien précise, nous a encouragé à repenser nos découvertes et à les formuler afin qu’elles puissent se prolonger et se concrétiser dans de nouvelles formes d’églises.

Au fur et à mesure que ce vécu à la Maison du Rêve s’étalait sur les pages de notre écran d’ordinateur, nous prenions conscience de l’écart entre ce que ces pages laissaient entrevoir et la réalité des communautés chrétiennes actuellement. Pour nous assurer que cet écart n’était pas seulement un sentiment personnel, nous soumettions notre manuscrit à deux éditeurs reconnus par l’Eglise protestante et catholique. Nous ne fûmes pas déçus. Ce fut un non catégorique. Le texte était perçu comme utopique, fantaisiste, s’apparentant au new-âge, n’apportant absolument rien au renouveau de l’église. La religion renouvelée n’était pour eux qu’une vue de l’esprit. Quant aux remises en question des points fondamentaux du christianisme comme par exemple le concept de Dieu, elles ne pouvaient donner lieu à l’ouverture d’un nouveau débat. Nous fûmes heureux de rencontrer un éditeur qui nous demanda de développer la partie vécue à la Maison du Rêve pour rendre plus crédibles nos découvertes, nos remarques et nos propositions.

Nous comprimes vite qu’il n’était pas possible d’entrer en dialogue avec des autorités ecclésiastiques qu’elles soient catholiques ou protestantes. Que l’on puisse remettre en cause les conceptions traditionnelles de Dieu, du Christ, de l’église devenait profondément anxiogène pour elles. Les protestants s'abritaient derrière la bible, les catholiques leur clergé et l’iman coupât court à la possibilité d’ouvrir un dialogue sur Dieu, le prophète avait tout dit. Nous nous attendions au refus des religions. Notre peine vint de ce que l’intérêt pour les valeurs de l’évangile passait au second plan. Position d’autant plus étrange que ces valeurs se retrouvent dans le fonctionnement des démocraties partout dans le monde et dans la déclaration des droits de l’homme. C’est un peu comme si l’église ne reconnaissait pas ce qu’elle a enfanté.

La grande crainte des religions est de disparaître. Le prosélytisme qu’elles pratiquent a un double but : D’une part, ramener le peuple à suivre leur doctrine et faire des adeptes. D’autre part, tout faire pour ne pas disparaitre d’où, dans de nombreux pays, le combat acharné contre la diversité et la coexistence avec d’autres religions plus particulièrement monothéistes. Cette crainte n’est pas absurde. Les peuples, bien que se réfugiant derrière les pratiques de leur religion aspirent avant tout à ce qui leur est promis à savoir la paix, la justice et la liberté. Les révolutions arabes nous l’ont montré et le montrent encore aujourd’hui avec les manifestations en Algérie. Le jour où les populations se rendent compte que leurs aspirations sont possibles au-delà des pratiques religieuses qui leurs sont demandées voire imposées, elles abandonnent la religion dans sa forme actuelle. Tel est le cas aujourd’hui des religions monothéistes. Ce ne sont pas les peuples qui veulent garder les pratiques religieuses mais ceux qui ont le pouvoir ou qui viennent de le conquérir. Nous avons vu comment en Egypte et dans un premier temps en Tunisie les nouveaux gouvernements réintroduisent les pratiques et les dogmes de la religion.

Dans la deuxième moitié du dix-huitième siècle, le philosophe de Königsberg, pensait qu’il est possible de pratiquer une religion sans dimension partisane et superstitieuse. Selon lui, que les articles de foi s’accordent avec les exigences morales universelles de la raison est largement suffisant. Pour Emmanuel Kant, les aspects particuliers des cultes comme les prières, les confessions de foi, les offrandes, l’eucharistie et autres traditions n’ont pour but que de constituer une communauté et lier ses membres. L’essentiel est inscrit naturellement dans le cœur de l’humain sans autre révélation. Cet essentiel pourrait se résumer par « aime Dieu et aime ton prochain comme toi-même. »

La question se pose alors : les religions peuvent-elles faire passer au second plan tout ce qui les caractérise pour se concentrer sur ce message de l’amour dont toutes se réclament, chrétiennes ou non, sans pour autant le placer en première préoccupation comme en témoigne l’histoire depuis leur commencement. Aujourd’hui l’expression catholique mise en avant « faire église » montre combien l’existence de l’église est la préoccupation première. Il n’y a pas d’église invisible, d’église hors de l’église. Cette position est d’autant plus surprenante pour les lecteurs des Evangiles que Jésus n’entraine pas vers une institution, la synagogue. Il se préoccupe de rendre à chacun sa liberté en guérissant les malades, enseignant les foules comme les religieux et remettant chacun à sa juste place. Il s’adresse à Dieu partout où il se trouve. Il n’y a plus de lieu désigné sacré comme en témoigne symboliquement la déchirure, depuis le haut jusqu’en bas, du voile du temple.

La valorisation des identités religieuses au détriment du message d’amour qui se veut au cœur des religions, fait, me semble-t-il, obstacle à la transcendance inventée par le monothéisme et laisse s’installer à nouveaux les dieux idoles vers lesquels les humains se tourne dès qu’apparaissent des difficultés. Moise a connu cette situation avec le veau d’or alors que le peuple était sur la voie de la libération. Toute religion est susceptible de devenir idole elle-même. Elle fabrique alors des intransigeants bien loin du Dieu Vivant qui est la Vie. C’est ce Dieu que, comme Emmanuel Kant, la plupart des humains voudraient découvrir par-delà les traditions religieuses.


 


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