Libre opinion
Angleterre
« Blood
Sisters »
Soeurs de
sang
Angela
Neustatter
« J'ai commencé
à fumer du crack. Je me sentais puissante et
invincible »
15 juillet 2008
Une adolescente londonienne vient
d'être jugée pour avoir
poignardé une autre adolescente de son âge. La question
des gangs de filles violentes fait les grands titres de la presse
britannique.
Angela Neustatter révèle l'existence de ce monde
inquiétant de jeunes femmes exploitées et
terrorisées.
En voici quelques extraits.
.
[...] A
mesure que son gang se développait, Amy s'efforçait
d'égaler les garçons : « J'étais même être plus
forte qu'eux, plus sauvage, parce que je devais faire mes preuves. Je
me mêlais de tous les actes de violence - et tout ce que
faisaient les garçons, je faisais plus. Comme tout le monde
disait que j'étais mauvaise je le devenais vraiment. Et
j'étais respectée, quoique je me rende compte
aujourd'hui que les garçons me traitaient parfois vraiment
mal ».
Elle cachait les armes des garçons,
elle leur fournissait des alibis, leur procurait leur drogue et
couchait avec eux quand ils voulaient.
« Quand on est vraiment
désespéré, comme nous l'étions pour la
plupart, on accepte n'importe quoi, du moment que cela nous fait un
peu aimer. Les garçons nous traitaient comme des chiennes,
nous faisaient coucher quand ils voulaient, et nous faisions tout ce
qu'ils exigeaient de nous. »
Amy dit qu'elle n'a jamais eu d'amies parmi
les autres filles du gang : « on était en rivalité les
unes avec les autres sur tous les plans et en particulier pour
coucher avec le garçon le plus
fort ».
Elle était quand même
« associée » à un groupe de filles. Elles circulaient en
ville et provoquaient des bagarres avec « les autres filles qui avaient de plus
belles chaussures, de plus jolies boucles d'oreilles ou tout
simplement parce que nous n'aimions pas leur manière de se
tenir avec les garçons ». [...]
Comme les garçons, les filles
entrent dans un gang pour y trouver
une identité et aussi parce que c'est la meilleure
manière de se sentir protégée quand on vit dans
une banlieue difficile. Il y a aussi une forme de
solidarité.
« Les gangs dont j'ai fait
partie me semblaient les seuls lieux au monde où je recevais
un peu de sécurité et de solidarité. Mon besoin
de me sentir désirée et acceptée était
très fort dans un monde où on me traitait de
racaille »
Ceci explique la forte implication de ces
filles dans les gangs, dit
David Wilson, professeur de criminologie à
l'Université de Birmingham. Les jeunes qui ont grandi dans des
situations sociales difficiles et dans la pauvreté
« ne se sentent pas
protégés et soutenus par le monde des adultes et ils se
réfugient donc les uns auprès des
autres ».
The Guardian du 4 juillet 2008
Traduction Gilles
Castelnau
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