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Lucidité, espérance, fraternité



pasteur Jean-Pierre Rive 

 

 

9 mars 2020

Si l’on veut caractériser le mouvement du Christianisme social, on peut dire, sans que cela soit un jugement sur d’autres mouvements chrétiens, que sa particularité est de prendre au sérieux l’état du monde, tel qu’il se donne dans toutes ses dimensions, sociales, économiques, politiques, et que cette prise au sérieux détermine une manière de dire et manifester l’Evangile, dire et manifester l’Evangile c’est-à-dire annoncer la Seigneurie du Christ sur ce monde et manifester la présence de son royaume dans ce monde.

Ceci peut se décliner selon trois axes, le premier : celui de la lucidité. Si Christ est la lumière du monde et si nous en sommes les témoins, c’est à un effort de lucidité, c’est-à-dire de vérité que nous devons nous attacher. Dans un monde où le mensonge est érigé en art de gouverner, où la duplicité est utilisée pour manipuler l’opinion, le camouflage pour encourager la consommation, un christianisme social, un christianisme intégral et pourquoi ne pas le dire un christianisme politique, doit être avant tout « une exégèse, une herméneutique rigoureuse des réalités de notre monde. »

Ce christianisme doit avant tout être comme une exégèse rigoureuse des réalités.

Une exégèse exigeante affiliée à aucune idéologie, mais à l’écoute de toutes les analyses pour dans un discernement libre sans cesse guidé par la fidélité à celui qui a dit « je suis la vérité », décrypter cette figure de ce monde en train de passer et en proclamer les erreurs, les impasses, les asphyxies, et les prémices de l’éboulement programmé, pour y insuffler les vraies raisons d’espérer.

Car, et c’est le deuxième point dans ce monde masqué, innombrables sont les comportements d’évitement : anesthésies des consciences, illusions trompeuses ramenées à grand frais, réflexes de fuites sur des arches sécuritaires improbables mais mortelles, replis identitaires frauduleux, autant d’espoirs déversés sur le marché des peurs en quête d’assurance tous risques pour éviter la dépression. C’est ainsi que se multiplient les propos aliénants, les religiosités séculières promptes à solliciter les sacrifices pour des lendemains chantant toujours annoncés et promis, mais jamais accomplis ; au cœur de ce monde, il convient donc et c’est aux témoins du christ de l’assumer, par-delà les masques, par-delà les faux espoirs préfabriqués, il convient de ne pas délaisser l’espérance.

C’est le deuxième axe de l’affirmation chrétienne. Espérer. Espérer que la présence du Royaume, par-delà les étouffements, les éboulements, les ensevelissements que se profilent à nos horizons. L’avenir est ouvert, un avenir non seulement promis, mais déjà réalisé, incarné et en cours de révélation : celui d’un royaume de paix, de justice et d’abondance. C’est à ce prix que des imaginaires déverrouillés, délivrés de leurs peurs peuvent être de véritables forces de renouveau, de véritables sources d’accomplissement. La crise que nous traversons, comme une mer de roseaux instable et marécageuse, comme un désert aride et inquiétant est le chemin certainement salutaire pour une terre nouvelle que ceux qui l’habitent peuvent espérer. La tâche des chrétiens, notre tâche est de maintenir coûte que coûte cette flamme.

Le troisième axe est celui de la fraternité, dans ce monde où le sauve qui peut égoïste devient la norme, la fraternité est l’injonction majeure qui nous est adressée pour passer le gué. Dans un monde où l’émancipation des opprimés de toutes sortes s’est souvent traduite en course effrénée pour les sauvetages étriqués et éphémères, sauvetages toujours conquis d’ailleurs au détriment d’autres relégués, assignés dans un statut de perdants. La fraternité est le socle qui humanise la lucidité, qui charge de tendresse l’espérance. La fraternité oubliée par nos institutions, qu’elles soient politiques, économiques et parfois même ecclésiastiques est ce terreau par lequel se consolide un avenir commun, parce qu’une origine commune est affirmée, attestée et confessée dans nos credos. Alors, parce que tous frères et sœurs, il nous faut nous accueillir, et nous réconcilier, la lucidité ne peut plus nous faire peur et l’espérance nous ouvre ses bras. Quoiqu’il arrive, quelle que soit la dureté des chemins et des lendemains, nous sommes assurés de pouvoir tracer ensemble les sillons d’une terre promise déjà donnée.

Sur ce chemin que nous avons à parcourir, chrétiens et non chrétiens, croyants et non croyants, il appartient aux chrétiens, et en particulier à ceux que nous voulons être chrétiens animateurs d’un mouvement qui s’adresse à tout être humain, à tous sans distinction aucune, il appartient aux chrétiens d’être les témoins de celui dont nous portons le nom : le Christ, le Christ Seigneur et serviteur, réelle présence dans l’histoire de ce royaume fraternel, paisible et juste. Le Christ ne nous a pas demandé grand-chose si je puis dire ; en fait deux choses : Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice et puis : Faites ceci en mémoire de moi : une lutte et un combat, une contemplation et une célébration. Dans la continuité avec les pères de l’Eglise, Ambroise de Milan, Jean Chrysostome, et aussi nos pères dans notre foi protestante : Jean Calvin, Tommy Fallot, Wilfred Monod, et Dietrich Bonhoeffer. Il nous faut savoir que là où la célébration s’appauvrit, le combat s’étiole, et là où la lutte s’affadit, la contemplation s’aveugle.

La liturgie qui nous rassemble, service public, c’est-à-dire cette action collective du peuple de l’église, notre sacerdoce universel, la liturgie qui résiste aux enfermements que les pouvoirs lui imposent, est la source de toutes les subversions, de toutes les insurrections pacifiques pour que dès maintenant les signes du royaume continuent d’irriguer une création promise à la joie parfaite et imprenable de tous ceux et de toutes celles qui l’ont habitée, l’habitent et demain l’habiteront.

Cette liturgie ne s’arrête pas aux portes de nos Eglises et de nos temples. Elle est ce ferment qui transfigure toute culture. Elle nous envoie sans relâche pour pratiquer la justice, renverser les puissants, donner la Parole aux pauvres, et glorifier les humbles. Elle est notre « capital », notre petit Livre Rouge, notre feuille de route, elle est l’ordre du Christ qui fidèlement nous tient par la main et nous garde.



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