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Zachée

du personnage à la personne


 

 

prédication


pasteur René Lamey 

 

 

26 février 2020

La vie ressemble parfois à un théâtre.
Dans les coulisses du théâtre, l’acteur se prépare, il se maquille, il endosse un costume, il répète une dernière fois son rôle, et à la seconde même où il monte en scène, il se passe quelque chose d’étrange, il y a comme un subtil changement : l’acteur entre dans la peau de son personnage, il devient quelqu’un d’autre.

Il y a ainsi des lieux (ici ou ailleurs) ou des moments (lorsque nous sortons de chez nous, par exemple) où, nous aussi, nous endossons un costume, où nous devenons quelqu’un de différent, où nous interprétons un personnage.
On donne le change, on fait croire qu’on est comme ceci ou comme cela... mais est-on vraiment heureux derrière le masque du personnage ? Ne passons-nous pas à côté de la vie en vivant la vie de quelqu’un d’autre ? Comment me retrouver sous mes différents déguisements ? Comment redevenir la personne que je suis ? Comment être soi-même... et le rester ?

Si, par hasard, vous vous posez ces questions, je vous invite à bien écouter...

Luc 19.1-10
Jésus entra dans la ville de Jéricho et la traversa. Or, il y avait là un nommé Zachée. Il était chef des collecteurs d’impôts, et riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était petit.
Alors il courut en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là.
Lorsque Jésus fut parvenu à cet endroit, il leva les yeux et l’interpella :
- Zachée, dépêche-toi de descendre, car c’est chez toi que je dois aller loger aujourd’hui.
Zachée se dépêcha de descendre et reçut Jésus avec joie.
Quand les gens virent cela, il y eut un murmure d’indignation. Ils disaient :
- Voilà qu’il s’en va loger chez ce pécheur !
Mais Zachée se présenta devant le Seigneur et lui dit :
- Ecoute, Maître, je donne la moitié de mes biens aux pauvres et, si j’ai pris trop d’argent à quelqu’un, je lui rends quatre fois plus.
Jésus lui dit alors :
- Aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison, parce que cet homme est, lui aussi, un fils d’Abraham.
Car le Fils de l’homme est venu chercher et amener au salut ce qui était perdu.

L’avez-vous remarqué ? Il y a deux Zachée dans ce sympathique récit.

1) D’abord, il y a « Zachée le personnage », un personnage qu’il s’est fabriqué, et qu’il a amélioré au cours des années ; c’est un personnage qui porte plusieurs costumes.
- d’abord, il y a le costume du chef ; cette position de supériorité lui confère d’indéniables avantages ; il peut commander, il peut embaucher qui il veut, il peut aussi renvoyer qui il veut. Il est le patron. Bon, on le sait bien, et il le sait bien lui aussi, qu’en fait de patron, il est surtout à la solde des Romains, il est un jouet entre leurs mains : alors il compense en traitant ses employés comme des objets et non comme des sujets.

- ensuite il y a le déguisement du collecteur d’impôts : ça lui confère une certaine place dans la belle société de Jéricho. Assis à son péage, Zachée a un grand pouvoir : « Tu payes, tu passes, tu payes pas, tu passes pas ».

De plus, ce travail lui permet d’arrondir ses fins de mois. Comme il n’a pas de supérieur direct au-dessus de lui, il se permet (sans doute) quelques petites entorses par rapport aux taxes ou au taux de change. Quelques pièces d’argent par-ci, quelques piécettes d’or par-là, et le tour est joué.

Pour Zachée, les gens n’étaient pas des hommes ou des femmes avec un visage et un nom, les gens étaient des clients, un point c’est tout. Des clients qu’on pouvait facilement escroquer.

Si cette position de chef lui donne une certaine notoriété et lui apporte certains avantages, elle a aussi ses revers. Il est peut-être bien vu par les Romains, mais nul doute qu’il était certainement mal vu par ses concitoyens : les collecteurs d’impôts (ou toute personne travaillant pour l’ennemi) étaient considérés comme des traîtres à la nation.

Certes, il avait une bonne position, mais elle était critiquée ; certes, il avait de l’argent, mais c’était de l’argent sale.
Zachée, un personnage craint et détesté à la fois, devant lequel on faisait des courbettes, mais dans le dos duquel on crachait sa haine et son mépris. Et quand on pouvait lui jouer un mauvais tour, on ne s’en privait pas, comme en ce jour où les gens de la foule se sont mis spontanément d’accord pour empêcher Zachée de passer et de voir l’illustre personne qui entrait à Jéricho.

Comment Zachée en est-il arrivé à composer un tel rôle ? Le texte nous donne un élément de réponse, certainement insuffisant mais néanmoins assez intéressant et relativement plausible. Au verset 3, il nous est dit : « Zachée était petit  ».
Zachée en a peut-être eu assez des railleries et des sourires moqueurs. « Tiens, voilà le nain qui arrive ! » ou bien « Hé, Zachée, il fait quel temps là en bas ? » ou bien « Faites gaffe les gars quand vous coupez l’herbe, vous risquez de décapiter Zachée ! »

Quand on n’arrive pas à s’imposer par la taille ou par la force ou par l’intelligence, on trouve d’autres moyens ; malheureusement, ce sont souvent des moyens détournés ; les Romains ont été ce moyen ; quand il a entendu qu’ils embauchaient, Zachée s’est précipité...

2) Il y avait pourtant un bon fond dans cet homme (la 3e partie du texte nous le montre bien), mais il n’avait plus accès à cette bonté. Il l’avait refoulée, il l’avait reniée. Il y avait certainement cru, dans son enfance, à cette générosité, à cette compassion, à cette honnêteté. Il avait un cœur bon et juste, le petit Zachée, mais en grandissant, il s’est heurté à la dureté du monde : railleries des uns, mépris des autres. Zachée a fini par croire qu’il ne servait à rien d’être bon et honnête. Il s’est alors confectionné ce personnage ignoble et haïssable.

Ainsi passe-t-on de la personne au personnage. Le personnage rassure, il donne l’illusion aux autres, il permet de dépasser ses peurs, ses complexes et ses failles, il donne un statut, une place. Mais quand le personnage rentre chez lui, quand tombe le costume, quand fond le maquillage, que reste-t-il ? Où est passée la vraie personne ? Où est parti ce que je suis profondément ?

Il n’y a pas de vrai bonheur dans le personnage : il y a juste des petites compensations passagères et secondaires.
Et cela, Zachée le savait. On ne peut pas tuer ce qu’on est vraiment, on ne peut pas étouffer sa vraie nature.

Alors quand Zachée apprend que Jésus de Nazareth arrive à Jéricho, son cœur ne fait qu’un bond. On lui en a raconté des histoires, au poste de péage, sur cet homme, cet homme qui ose être lui-même, cet homme qui croit encore à la bonté, qui parle de justice et de générosité, cet homme qui appelle même à aimer ses ennemis, un homme qui s’élève contre l’oppresseur non pas avec l’épée, mais avec des paroles d’amour.

Une voix crie peut-être dans le cœur de Zachée : « Tu vois, Zachée, cet homme a su rester lui-même ; il ne s’est pas confectionné un costume, il n’a pas renié l’appel qui était au fond de lui, il a osé être ce qu’il est, il a suivi son élan de vie, son élan de foi. »

Voilà pourquoi Zachée se précipite, voilà pourquoi il a envie de voir Jésus. Il se dit que peut-être rien qu’en voyant Jésus, il saura retrouver le courage d’être lui-même et de retrouver son intégrité. Quelque chose s’est remis en marche dans son cœur, et quand ce quelque chose reprend vie, alors il se produit parfois des miracles !

Il court sur ses petites pattes, Zachée, mais la foule fait obstacle. Qu’importe, il trouvera le moyen : maintenant que la vie revient, rien ne pourra l’arrêter, pas même la foule, pas même un arbre...

Il y grimpe, sur cet arbre ; quelques moqueries fusent ici ou là, mais il ne les entend plus, il ne se sent plus blessé par elles.

La suite est extraordinaire : Jésus le voit, Jésus lui parle : « Zachée, c’est chez toi que je veux demeurer aujourd’hui. »
La foule n’est pas contente – la foule est rarement contente. Mais Zachée, lui, il rayonne. Les murs sont tombés, le personnage s’est fissuré, la personne revient à la vie ; d’une certaine façon, on pourrait dire que Zachée vient de naître de nouveau. Il redevient simplement lui-même, il redevient ce qu’il a toujours été ou voulu être, mais qu’il avait rejeté, écrasé, nié, maquillé, oublié.

Zachée redevient Zachée, c’est-à-dire Zachée le juste, Zachée le généreux : ah, si vous aviez pu voir son sourire, sa joie, son enthousiasme ; de cela, il ne nous reste plus que quelques paroles : « Ecoute, Maître, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres et si j’ai pris trop d’argent à quelqu’un, je lui rends quatre fois plus. »

Voilà ce qui arrive quand on laisse à nouveau vivre la personne que l’on est : une joie débordante, une vie généreuse, un sens de la justice et du bien-être des autres, une volonté de partager, un désir d’aimer.

En d’autres termes, dans le langage du Nouveau Testament, voilà les conséquences du salut. Zachée était perdu dans son personnage, Jésus est venu le chercher sur son arbre, le salut est entré dans sa vie.

3) Oui, entre le personnage antipathique et arrogant (et malheureux, aurais-je envie d’ajouter) que l’on rencontrait au bureau des péages, et la personne généreuse qui vous accueille maintenant à bras ouvert chez lui, il n’y a pas « photo », comme on dirait aujourd’hui.

Que s’est-il passé ? Entre le triste personnage qu’il était devenu et la joyeuse personne qu’il est redevenu, il y a eu rencontre et ouverture : rencontre avec Jésus, rencontre marquante, rencontre décisive, rencontre bouleversante, et ouverture, ouverture au salut, c’est-à-dire ouverture à Dieu, ouverture au souffle de Dieu, ouverture la vie de Dieu.
Zachée a enfin pu s’autoriser à être de nouveau lui-même, à vivre en accord avec ses valeurs, et à ne plus dépendre des opinions des autres, des regards des autres, ou mieux, il s’est mis à vivre en étant dépendant d’un seul regard, le regard de Jésus, ce regard qui un jour s’est élevé vers lui, ce regard de confiance et d’acceptation qui lui a donné la possibilité de redevenir lui-même.

La suite, on ne la connait pas : on ne sait pas ce qu’est devenu Zachée. A-t-il démissionné de son poste de contrôleur des impôts, ou a-t-il exercé ce travail avec justice et honnêteté ?

Qu’importe ! Ce qui est important aujourd’hui, c’est ce que vous deviendrez à la suite de ce message, ce que vous choisirez pour votre vie : rester sur la scène du théâtre, bien engoncé dans le personnage, ou bien quitter la scène, se défaire du costume, redevenir – devenir – la personne que vous êtes, laisser le souffle de Dieu balayer les oripeaux et briser les verrous, laisser la vie de Dieu faire jaillir en vous la personne que vous êtes avec tout ce qu’elle est, avec tout ce qu’elle peut devenir, avec tout ce qu’elle peut apporter de beau et de bon !

Pour cela, et pour l’instant, et pour commencer, il n’y a qu’une seule chose à faire : descendre de l’arbre, et laisser Jésus venir habiter dans votre maison, dans votre cœur...

Amen !

Court temps de méditation : mettons-nous quelques instants à la place de Zachée et posons-nous les questions suivantes :
- derrière quel(s) personnage(s) nous cachons-nous ?
- quels costumes mettons-nous, quels masques portons-nous ?
- ne serait pas le moment de prendre la décision de laisser tomber le personnage et de faire apparaître la personne ?...

Silence

Prière : Seigneur, aide-nous à nous débarrasser du personnage. Aide-nous à être un peu plus nous-mêmes. Fais émerger de nous ce qui est bon, ce qui est beau, ce qui est bien, ce qui produit plus de vie et d’amour. Viens habiter notre vie. Amen !


 


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