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La générosité de Dieu


La parabole du vigneron et de ses ouvriers

 

 

prédication


pasteur René Lamey 

 

 

20 février 2020


Matthieu 20.1-16
Voici, en effet, à quoi ressemble le royaume des cieux : un propriétaire sort le matin de bonne heure afin d’embaucher des ouvriers pour travailler dans son vignoble. Il convient avec eux de leur donner comme salaire une pièce d’argent pour la journée, puis il les envoie dans sa vigne.
Vers neuf heures du matin, il sort de nouveau et en aperçoit d’autres qui se tiennent sur la place du marché sans rien faire. Il leur dit :
-  Vous aussi, allez travailler dans ma vigne et je vous paierai correctement.
Ils y vont. Il sort encore vers midi, puis vers trois heures de l’après-midi et, chaque fois, il agit de la même manière. Enfin, étant ressorti à cinq heures du soir, il en trouve encore d’autres sur la place. Il leur dit :
- Pourquoi restez-vous ainsi toute la journée à ne rien faire ?
- C’est que personne ne nous a embauchés.
- Eh bien, vous aussi, allez travailler dans ma vigne !
Le soir, le propriétaire du vignoble dit à son administrateur :
-  Fais venir les ouvriers et donne-leur leur salaire. Tu commenceras par ceux qui ont été engagés les derniers, pour finir par les premiers.
Les ouvriers embauchés à cinq heures du soir se présentent d’abord et touchent chacun une pièce d’argent. Puis vient le tour des premiers engagés : ils s’attendent à recevoir davantage, mais eux aussi touchent chacun une pièce d’argent. Lorsqu’ils la reçoivent, ils murmurent contre le propriétaire :
- Ceux-là sont arrivés les derniers, disent-ils, ils n’ont travaillé qu’une heure, et tu leur as donné autant qu’à nous qui avons travaillé dur toute la journée sous la forte chaleur.
Mais le maître répond à l’un d’eux :
- Mon ami, dit-il, je ne te fais pas le moindre tort. Une pièce d’argent : n’est-ce pas le salaire sur lequel nous étions d’accord ? Prends donc ce qui te revient et rentre chez toi.
Si cela me fait plaisir de donner au dernier arrivé autant qu’à toi, cela me regarde. Ne puis-je pas disposer de mon argent comme je le veux ?
Ou bien, vois-tu d’un mauvais œil que je suis bon ?
Voilà comment les derniers seront les premiers et comment les premiers seront les derniers.

 

Eh bien, dans le contexte actuel de crise économique où certains patrons se comportent de manière indigne envers leurs ouvriers, on verrait bien les premiers embauchés de notre parabole prendre en otage le propriétaire de la vigne en criant sur tous les toits que eux, ils méritent plus que les derniers : « On a travaillé plus, on veut gagner plus ! On étaient là avant, on a droit à plus de privilèges, on était les premiers, et on veut rester les premiers ! » C’est logique, n’est-ce pas ? Eh bien, justement, c’est cette logique que la parabole remet radicalement en question.

La scène du début est habituelle des contrées orientales, d’autant plus que le pays d’Israël traversait une grave crise économique : le nombre des ouvriers de campagne s’était multiplié et chaque matin, sur la place du village, un grand nombre de chômeurs attendait une éventuelle embauche.
Et ce matin-là, c’était Byzance ! la journée commençait bien. Dès le lever du jour, vers 6 h du matin, le patron était là et il embauchait les premiers ouvriers. Et ainsi de suite, à 9 h, à midi, à 15 h, et même encore à 17 h !

Mais si la journée avait commencé sous les meilleurs auspices, elle allait se terminer sur un grave conflit syndical ! A 18 h, le jour décline, tout le monde s’arrête, c’est le moment tant attendu du salaire. Et là, gros scandale : ceux qui avaient travaillé une petite heure sans trop se fatiguer reçoivent autant que ceux qui ont trimés toute la journée sous la forte chaleur ! Tous, du premier au dernier, ou plutôt, du dernier au premier, tous touchent une pièce d’argent, ce qui était, à l’époque, l’équivalent d’une journée de travail.

Protestation immédiate et quasi-instinctive des syndicats et des premiers embauchés (protestation compréhensible ! – nous aurions tous fait pareil, non ? - et magnifique réponse du propriétaire de la vigne :

- Mon ami, dit-il, je ne te fais pas le moindre tort. Une pièce d’argent : n’est-ce pas le salaire sur lequel nous étions d’accord ? Prends donc ce qui te revient et rentre chez toi.
Si cela me fait plaisir de donner au dernier arrivé autant qu’à toi, cela me regarde. Ne puis-je pas disposer de mon argent comme je le veux ?
Ou bien, vois-tu d’un mauvais œil que je suis bon ?

Et Jésus de conclure : Voilà comment les derniers seront les premiers et comment les premiers seront les derniers.
Cette conclusion est fort utile car elle nous permet de sortir du « code du travail », elle nous montre que la pointe de la parabole ne se trouve pas du tout dans un conflit syndical, elle nous indique la manière dont nous devons comprendre cette admirable parabole qui ne laisse personne indifférent – et notamment et justement, ceux qui, à l’écoute de cette charmante histoire, se sentent visés par les paroles de Jésus !

Qui est dans le collimateur de cette parabole ? Qui devrait réfléchir et se mettre en question ?
Les patrons ? Non ! Les ouvriers de la première ? Non ! Les ouvriers de la dernière heure ? Non plus ! Qui alors, qui ? dis-le nous, René !

Deux catégories de personnes sont visées par la parabole…

Quelles personnes, dans le judaïsme de l’époque de Jésus, se croient être les premiers à mériter l’accès au royaume de Dieu ? Quel groupe religieux croit être meilleur que les autres, supérieur au autres ?
Inversement, quelles personnes croient être les dernières à mériter l’accès de Dieu ? A quelles personnes a-t-on seriné à longueur de journée qu’elles n’avaient pas de place dans le royaume de Dieu ?
Qui est jaloux de voir que la récompense est pareille pour tous ?
Qui est heureux de passer illico presto du dernier rang au premier rang ?
Dans le contexte religieux de l’Évangile de Matthieu, ceux qui croient être les premiers de la classe, ceux qui croient avoir droit à une plus grande récompense dans le ciel, ce sont les pharisiens, ce groupe religieux qui séparait la société en deux : les purs et les impurs, les justes et les pécheurs, ceux qui obéissent à la loi de Moïse et ceux qui sont exclus par la loi de Moïse.

Et en effet, tout au long de l’Évangile, on côtoie régulièrement ces hommes qui voient d’un mauvais œil que Jésus accueille avec bonté et à bras ouverts tous ceux qui viennent sincèrement à lui, hommes, femmes, enfants, de toute condition, de toute religion, de toute race, et même de toute nation.
Eux, les pharisiens, ce sont les « premiers » qui se voient relégués au dernier rang. Et ça, ça leur fait mal, ça met à mal leurs convictions étroites et leur religiosité stricte et rigide (entre parenthèses : bien sûr, dans la réalité, tous les pharisiens n’avaient pas cette attitude hautaine et séparatiste ; en quelque sorte, l’Évangile de Matthieu fait de ce groupe l’adversaire-type de Jésus).
Les « derniers », ce sont tous ceux qui par leur vie, par leur handicap ou leur infirmité, par leur maladie, par leur nationalité, par leur origine, par leurs défauts, par leurs faiblesses, par leur pauvreté sont exclues – par les pharisiens – du royaume de Dieu. Toutes ces personnes qui, pour une raison ou une autre, se sentaient indignes, méprisables, ceux qui ne se sentent pas les bienvenus, les voilà toutes invitées à prendre place au premier rang !

Alors, vous le comprenez certainement à présent, la parabole du vigneron et des ouvriers n’a rien à voir avec le code du travail ou les conflits sociaux, elle sert juste de révélateur.
Révélateur de quoi ? D’une part, révélateur de nos propres mentalités de « pharisiens modernes » – car nous aussi, nous pensons parfois être le premiers et les meilleurs... et d’autre part – et c’est là, la pointe de la parabole, l’enseignement fondamental de cette petite histoire – et d’autre part donc, elle est révélateur de la générosité inattendue de Dieu, elle révèle la bonté déconcertante de Dieu, elle nous décrit un Dieu radicalement bon, un Dieu qui ne met pas de barrières entre les hommes et entre les religions, un Dieu qui accueille inconditionnellement tous ceux qui, partout dans le monde, et quelque soit leur religion, se tournent vers lui d’un cœur sincère .

Enfin, elle nous parle d’un Dieu qui ne distribue pas son amour selon les mérites des hommes mais qui offre cet amour à tous, et notamment, à ceux qui n’ont aucun mérite, à ceux qui viennent les mains vides, à ceux qui n’ont aucune médaille de vertu à présenter, à ceux que nous considérons, peut-être, comme étant les « derniers » de la liste...

La parabole du vigneron et des ouvriers est une formidable et décapante invitation à changer de regard, une invitation à changer de cœur, une invitation à s’asseoir humblement au dernier rang, prêt à accueillir avec reconnaissance l’amour de Dieu pour nous tous !

Amen !



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