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       Manifestation en Algérie ©dr

Protestants en Algérie

la répression en suspens


À l’approche de l’élection présidentielle du 12 décembre et des incertitudes en découlant,
les protestants d’Algérie entament une semaine de jeûne et de prière

 

Marie Lefebvre-Billiez

 

article publié dans l'hebdomadaire protestant Réforme
le 5 décembre 2019

 

 

7 décembre 2019

La mobilisation internationale paye. Enfin !
Elle était devenue indispensable après le pic de fermeture de lieux de culte protestants en Algérie. Grâce à l’engagement du Parlement européen il y a un mois, « plus aucune église n’a été fermée », certifie Youssef Ourahmane, le vice-président de l’Église protestante d’Algérie. « Les violences policières ont cessé : quand des pasteurs sont convoqués à la gendarmerie ou à la police, ils sont bien traités », ajoute-t-il. Est-ce suffisant ? Certainement pas, car les églises fermées le restent. Ce sont près de 4 000 fidèles qui sont encore privés de leur lieu de culte.

La pression des eurodéputés s’est concrétisée par une résolution de l’Assemblée de Strasbourg du 26 novembre dernier. Dans ce texte, on y déplore « les arrestations arbitraires et illégales, les détentions, les intimidations et les attaques de journalistes, syndicalistes, avocats, étudiants et manifestants pacifiques du Hirak ». Les élus européens ont enfin fait part de leur inquiétude pour « la liberté de culte des chrétiens et des ahmadis  ». « C’est une très bonne chose  ! se réjouit Karima Dirèche, historienne, et chercheuse au CNRS. On aurait aimé une telle prise de position dans les années 1990, quand l’Algérie a été dévastée par la violence pendant une décennie. » Et de renchérir  : « Ça va faire un bien fou à l’opinion algérienne, à tous ces manifestants mobilisés depuis neuf mois. » Pour Fatiha Kaoues, chercheuse au Groupe sociétés, religions, laïcités  du CNRS, « cette résolution stigmatise tous les graves manquements aux droits de l’homme constatés dans le pays ces derniers mois. »


Protestants en ligne de mire

Pour cette sociologue, les évacuations et les fermetures d’églises protestantes s’inscrivent dans le contexte spécifique du Hirak, surtout à l’approche de l’élection présidentielle prévue le 12 décembre prochain. Elle y décèle « une surveillance accrue des lieux de culte, dans l’objectif d’y repérer tous leurs membres impliqués dans le mouvement de contestation. Le message implicite adressé aux responsables d’églises est sans ambiguïté : à eux de faire le “ménage” dans leurs rangs pour espérer poursuivre tranquillement leurs activités. »

Mais les protestants sont-ils présents dans le Hirak ? « Chaque chrétien est libre de s’impliquer ou non au niveau politique, répond Youssef Ourahmane. Au sein de l’Église, nous n’autorisons pas le débat politique. Mais les chrétiens sont libres de participer aux marches pour la paix chaque vendredi. Ceux qui le font marchent comme tout le monde, en tant qu’Algériens. Notre espérance  ? Qu’un gouvernement choisi démocratiquement change radicalement la donne, y compris au niveau de la liberté de religion et d’expression. Mais ça, c’est l’espérance de 40 millions d’Algériens  ! »

Les évangéliques seraient-ils, en partie, responsables de leur persécution en raison de leur prosélytisme ? Les deux chercheuses n’y croient pas. « Ils ne sont ni agressifs ni prosélytes, estime Karima Dirèche. Ils ont un côté posé, avec un affichage tranquille et assumé d’être à la fois chrétiens et algériens. » Ce faisant, « ils viennent perturber la norme religieuse d’uniformisation », apportant « leur pierre à l’édifice de la pluralité ». Ils sont à des années-lumière des élites et de leur « logiciel obsolète nationaliste, arabiste, islamique, sans oxygène ». « Dans un contexte général de harcèlement et d’arrestations, les évangéliques sont une cible facile, complète Karima Dirèche. Ils paient le prix des violences policières au même titre que tous les Algériens. Dans un sens, cela pourrait jouer en leur faveur » car cela prouve leur « algérianité », malgré leur sortie de l’Oumma musulmane.


La lutte continue

Néanmoins, le combat pour les droits religieux est loin d’être gagné. Le gouvernement a cessé, temporairement, de sévir non pas par conviction mais par opportunité. « Les autorités algériennes maintiennent les églises dans un statut précaire pour se donner la possibilité de sévir au cas où elles gêneraient leurs intérêts, alerte Fatiha Kaoues. Les pressions diplomatiques peuvent aider les chrétiens algériens dans leurs négociations avec un pouvoir qui répugne à se voir ainsi montré du doigt sur la scène diplomatique internationale. »

En attendant, l’Église protestante d’Algérie n’est pas restée les bras croisés. Le 25 novembre dernier, la veille du vote de la résolution du Parlement européen, elle a organisé une conférence de presse pour dénoncer les agissements de l’exécutif. Une conférence qui s’est tenue dans les locaux de la Ligue algérienne pour les droits de l’homme à Bejaïa, ville de petite kabylie très impliquée dans le Hirak. Par ailleurs, l’Église protestante d’Algérie a tenu son assemblée générale le 3 décembre. Dès le lendemain, les protestants algériens, craignant que l’élection du 12 décembre ne finisse en émeutes sanglantes, ont entamé une semaine intensive de jeûne et de prière. « Voici notre épée, nous n’en avons pas d’autre », conclut Youssef Ourahmane.




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