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Jardin de roses à l'UCA

Ignacio Ellacuría,
Ignacio Martín-Baró,
Segundo Montes,
Juan Ramón Moreno,
Amando López,
Joaquín López
et López, Elba et Celina Ramos,
ont été tués
le 16 novembre 1989
par un peloton militaire

 

Á Ignacio Ellacuría

30 ans après

 

 

José Arregi

 

transmis par Michel Leconte

 

1er décembre 2019

Je te salue, Ignacio Ellacuría Beascoechea (par ta mère bénie), salvadorien de Portugalete (Biscaye), docteur, prophète et martyr. Je te salue et je t'honore avec tes compagnes et tes compagnons de martyre aux premières heures de ce jour-là du 16 novembre 1989. Toi qui, en te brisant, brisas déjà toutes les chaînes, enfin libre de toutes les formes, enfin un avec Tout, toi qui accompagnes nos pas exilés, témoins souffrants de tant de mal commun.

Ils vous tuèrent de nuit pour qu'il n'y eût pas de témoins, mais c'était une nuit de lune et Lucía veillait, comme la sœur libératrice de Moïse le libérateur, comme Marie de Magdala auprès du sépulcre pascal de Jésus. Grâce à elle cela commença à se savoir et maintenant nous le savons tous : les soldats exécutèrent, le gouvernement ordonna, la CIA trama. Les uns marionnettes des autres, tous marionnettes de l'Empire criminel. Nous nous appelons Homo Sapiens au comble de l'inconscience.

Tu fus, vous fûtes renversés face contre terre sur le gazon et criblés de balles dans le dos, parce que l'iniquité ne supporte pas la lumière du regard. Toute la Compagnie de Jésus est témoin de votre martyre, avec une centaine de martyrs de la justice dans les dernières décenies. Cette Université de l'UCA de San Salvador est votre témoin, une Université pour la libération, engagée à suivre votre sillage, à diffuser le savoir qui illumine les esprits et transforme les structures politiques. Et qui en paie le prix.

Ces rosiers blancs et rouges qu'Obdulio, mari d'Elba et père de Celina, planta dans la terre trempée de votre sang sont le témoin. Votre jardinier Obdulio, dont le jugement ne sera dépassé par celui d'aucun tribunal : « Ils les ont tués parce qu'ils disaient la vérité. » Ce jardinet, près duquel j'écris ces lignes, entre l'angoisse et l'espérance est témoin de votre espérance martyre. La terre est témoin.

Ellacu, 30 ans ont passé, et le monde est pire, la civilisation plus malade que jamais. J'exagère ? Toi tu dois le savoir mieux de ce lieu-là, sans lieu ni temps, où TU VIS. Mais ton diagnostic certain et pointu décrit la politique actuelle mieux y compris que celle que tu connus : « A vos ordres, mon Capital ». Un séisme secoue la planète. Un tsunami confus de dangers et de promesses la parcourt. La Terre se contorsionne et crie dans les douleurs de l'enfantement. Les crucifiés qui attendent celui qui les descende de la croix sont plus nombreux.

Et l'Amérique Latine ? Avec 9 % de la population mondiale, elle porte sur elle 30 % de la violence mondiale. Une même clameur, à l'unisson et discordante, se lève en Argentine, au Chili, au Brésil, en Bolivie, en Équateur, en Colombie, au Venezuela, en Haïti (oh ! Haïti !), au Honduras, au Nicaragua, au Mexique : « MAINTENANT ҪA SUFFIT de la politique soumise à l'économie assassine ! » Que vivent leur voix et leur lutte ! Que vivent ta voix et ta lutte, Ellacu, martyr illuminé et entêté de la réalité la plus réelle : la vie et la mort des pauvres !

Dis-nous, prophète : la justice, la démocratie et la paix se lèveront-elles ensemble ? Pourrons-nous « renverser l'histoire, la subvertir et la lancer dans une autre direction », corriger cette irrationnelle « civilisation de la richesse » ou du capital qui nous appauvrit tous, construire une « civilisation de la pauvreté » où les pauvres seront le critère et le sujet ? L'écho de ta voix énergique résonne : « C'est entre vos mains. Levez la tête, comme le dit Jésus, levez-vous, pour que s'approche la libération. Et quand bien même vous ne pourriez pas, cela en vaut la peine. Mais ne vous trompez pas de chemin : "Le chemin de la guerre a déjà donné tout ce qu'il pouvait donner de soi, il faut chercher le chemin de la paix." » Parole d'un prophète qui, cependant, n'a jamais identifié la violence révolutionnaire avec la première violence, la plus assassine, la violence structurelle.

L'espérance de libération, obscure et déterminée, au milieu de tes doutes honorables, tu l'as appelée « Dieu ». Je viens de l'entendre de Jon Sobrino, un autre Basque salvadorien, ton compagnon et ami pendant 15 ans ici à l'UCA : « Ellacuría mit Mgr. Romero en étroite relation avec Dieu. Et Mgr Romero conduisit Ellacuría à parler de Dieu. Dans l'action de Romero, Ellacuría vit Dieu. Un Dieu tout court. »

J'ose ajouter, bien qu'en cela je me contredise : Dieu au-delà des dogmes, des statues et des religions. Pas Dieu raison de l'espérance, mais Fond de la réalité, Souffle irrésistible de vie et de libération. Ton Dieu tout court. Ton Dieu Tout.

 

.

 

Michel Leconte

 

C’est l’université catholique centraméricaine jésuite dans laquelle enseignait Ellacuría quand il a été assassiné le 16 novembre 1989 par un bataillon d’élite de l’armée salvadorienne avec 5 autres prêtres, ainsi que leur cuisinière Elba Julia Ramos et sa fille de 16 ans. Ces soldats, formés aux États Unis, étaient en service commandé.

La guerre s’est intensifiée après l’assassinat de Mgr Oscar Romero, le 24 mars de cette année-là. Trois ans plus tôt, le Père jésuite Rutilio Grande était assassiné par des «escadrons de la mort» d’extrême-droite avec deux compagnons, le 12 mars 1977 à Aguilares.

Pendant les 12 années de guerre civile (1980-1992) et les années précédentes, des prêtres, des religieuses et des personnes liées à l’Eglise catholique ont été assassinés.
Mgr Ricardo Urioste, président de la Fondation Monseñor Romero, a déclaré qu’au moins 16 religieux sont morts violemment durant cette période.
Tous représentent une génération de prêtres et de religieux engagés jusqu’à la mort dans la cause des pauvres et des populations opprimées par la dictature militaire des années 1980.

Pendant les 12 années de guerre civile (1980-1992) et les années précédentes, des prêtres, des religieuses et des personnes liées à l’Eglise catholique ont été assassinés. Mgr Ricardo Urioste, président de la Fondation Monseñor Romero, a déclaré qu’au moins 16 religieux sont morts violemment durant cette période. Tous représentent une génération de prêtres et de religieux engagés jusqu’à la mort dans la cause des pauvres et des populations opprimées par la dictature militaire des années 1980.


Les États-Unis obnubilés par la subversion

A cette époque, le gouvernement des Etats-Unis, obnubilé par la « subversion », apportait au régime salvadorien un soutien militaire, stratégique et financier considérable. Washington menait une politique décidée de « contention du communisme », qui allait entraîner la mort de dizaines de milliers de civils en Amérique centrale. Parmi eux, une foule de chrétiens et de militants, considérés comme subversifs à cause de leur engagement pour la justice.

Avec leur « option préférentielle pour les pauvres », les jésuites assassinés étaient dans la même ligne que celle que défend aujourd’hui le pape François, lui aussi jésuite. Les jésuites s’engageaient alors au Salvador pour une solution négociée de la guerre civile qui ensanglantait le pays.

L’Université catholique centraméricaine « José Simeón Cañas » (UCA), fondée à San Salvador en 1965, devait célébrer ses vingt-cinq ans de vie en 1990. L’équipe de jésuites qui la dirigeait alors était très unie. Elle avait réussi à faire grandir l’Université, qui était devenue l’une des plus importantes d’Amérique centrale.  

Les jésuites assassinés s’étaient distingués par leur action en faveur d’une solution pacifique au conflit armé salvadorien et par leur dénonciation des injustices sociales envers les groupes majoritaires du pays d’Amérique centrale. En raison de leur leadership spirituel en faveur du peuple et de leur voix qui dénonçait les exactions, ils gênaient la puissance politique et militaire de l’époque.

 

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