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Des nouvelles de la mort

 


Antoine Nouis

pasteur de l’Église protestante unie

 

Ed. Olivétan/Salvator

176 pages – 17,50 €

 

2 novembre 2019

Antoine Nouis a présidé durant son long ministère plus de 500 cérémonies funèbres, enterrements et incinérations. Il rencontrait les familles en deuil, préparait avec elles leur participation à la célébration, partageait leur peine et… écoutait leur histoire.
Il nous fait ici le récit de 15 de ces moments. Il écrit de manière tellement simple et claire, dans un style paisible et compréhensif que l’on tourne les pages avec intérêt et sympathie, comme on le ferait d’un roman : Le rêve de Vincent, La réussite de Denis, La sagesse de grand-mère etc.

Pour aller plus loin, dans une seconde partie, en 15 chapitres complémentaires, il propose des réflexions théologiques sur chacun des « cas » qu’il vient de présenter.

Nul doute qu’en ces jours de la Toussaint – et dans tous les autres jours - où nos pensées se tournent vers la mort ou vers le sens de la vie, ces pages si profondes nous ouvriront au monde apaisé où le Souffle de vie nous rend plus humains.

En voici quelques passages :

 



Préface
La mort dans la vie


Didier Sicard

ancien président du Comité consultatif national d’éthique,
rédacteur du rapport Sicard sur la fin de vie

 

La mort est le moment le plus important de la vie, celui qui lui donne toute sa place, tout son sens. Soudain, lorsqu'elle est là, tout semble dérisoire. Les hiérarchies quotidiennes s'inversent. L’être humain confronté à la mort de l'autre découvre simultanément sa solitude intérieure, sa fragilité et le besoin vital, essentiel de suspendre pour un temps son activité routinière. Le sens de sa vie bascule. Comment surmonter cette brisure soudaine de l'âme qui se conjugue avec le « pour toujours » ?
[...]
C'est un moment étrange de vérité que le lecteur passe à lire ces pages dénuées de pathos, de message ou de morale. Peut-être une lecture plus utile qu'on ne le pense pour notre société plus fascinée par les promesses fantasmatiques et médiatiques de l'immortalité que par la conscience sereine de notre destin commun. Un moment de rayonnement inattendu à découvrir, que chacun éprouvera comme une part de lumière.

 

 

Le rêve de Vincent

Une pas assez constante pensée de la mort n’a donné pas assez de prix au plus petit instant de ta vie (André Gide)


Le lendemain, lorsque le réveil sonne à six heures, Vincent se lève, mais au lieu d'enfiler son jogging pour son footing matinal, il reste assis devant une tasse de café. Il pense à la nuit et au rêve qu'il a fait. Il est troublé car il sait trop bien comment l'interpréter.
[...]
Assis en face de sa femme, il la regarde boire sa tasse de café. Il ne la voit pas, il la contemple. Décoiffée et pas maquillée, elle n'est pas sous son meilleur jour mais il la trouve très belle avec le regard particulier des myopes quand ils n'ont pas leurs lunettes. Il trouve incroyable qu'elle soit toujours là, fidèle, présente, aimante, alors que lui... avec son travail...
[...]
Au pied de son immeuble, il croise la gardienne avec qui il entame une conversation, Il prend des nouvelles de sa famille et s'inquiète de sa charge de travail, car il sait qu'elle fait des heures de ménage supplémentaires depuis que ses enfants sont étudiants. Quand il la quitte, elle est étonnée, car c’est la première fois qu’il lui adresse la parole au-delà des quelques mots requis par la courtoisie.
[...]
Quand la fille de Vincent rentre à la maison vers sept heures et demie, elle est étonnée de ne pas voir la jeune étudiante. Un peu inquiète, elle va dans la chambre de ses enfants et trouve son père allongé sur le tapis en train de faire une partie de Monopoly avec Nathan et Emma. Son père qu'elle n'a pas vu depuis trois mois parce que la dernière fois qu'elle est allée chez eux, il était à l'étranger. Là, en train de jouer, alors qu’il ne quitte jamais son bureau avant vingt-et-une heure ! Elle se demande si elle doit se réjouir ou s'inquiéter, mais dans son regard elle voit une lumière qui lui fait penser qu'elle n'a rien à craindre.
Il lui explique que ça faisait trop longtemps qu'il n'avait pas joué au Monopoly.
[...]
Le dîner se passe dans une ambiance joyeuse. Emma et Nathan racontent leur journée et Vincent parle des bêtises qu'il faisait quand il avait leur âge... des bêtises que même sa femme ignorait ! À la fin du repas, il va coucher les enfants. Il leur promet de venir plus souvent, car il compte bien prendre sa revanche au Monopoly.
[...]
A la sortie de la chambre, sa femme et sa fille ont les yeux braqués sur lui, en attente d'une explication. Il s'assied, se sert un verre de vin, prend un temps de silence, et raconte.
[...]
Dans la nuit... le ton de sa voix baisse et ses yeux s'embrument... il a fait un rêve. Il a rêvé de son père qui est mort il y a une dizaine d'années. Il était derrière une barrière de feu et l'appelait. Comme Vincent avait peur de franchir la barrière, son père lui a tendu la main pour l'attirer à lui, et... il s'est réveillé.
Après une telle vision, comment se rendormir ? Il s'est levé et s'est mis à réfléchir au sens de son rêve. Il avoue aux deux femmes qu'il aime le plus au monde qu'il a entendu qu'il allait mourir. Devant le visage effondré de sa femme et de sa fille, il précise : « Peut-être pas aujourd'hui, ni la semaine prochaine, peut-être dans un mois, dans vingt ans ou même plus. Le temps importe peu, j'ai juste intégré le fait que j'étais mortel. J'ai surtout entendu que je devais considérer chaque journée comme étant la plus importante, la plus précieuse. Aujourd'hui était la première journée de ma vie d'homme qui sait qu'il va mourir un jour. Et je l'ai trouvée très belle ! »



La sagesse de Grand-Mère

Tâchons d’entrer dans la mort les yeux ouverts (Marguerite Yourcenar)

- Dis Grand-Mère, c'est vrai que tu vas bientôt mourir ?
- Ça veut dire quoi bientôt pour toi ?
- Dans pas trop longtemps !
- Oui, je vais mourir dans pas trop longtemps.
- Je serai triste.
- Ça veut dire que tu m'aimes.
- Mais c'est triste d'être triste.
- Moi non plus, je n'aime pas être triste.
[...]

- Pourquoi faut-il mourir ?
- Pour nous rappeler que chaque jour est important,
- Quel rapport ?

- Si tu avais devant toi un milliard de jours, chacun d'entre eux ne vaudrait pas grand-chose ; mais s'il ne te restait qu'un seul jour à vivre, ce jour serait très important. Tous les matins, il faut se lever en se disant que ce jour est le jour le plus important de sa vie. Que ferais-tu si tu étais comme un papillon et que tu n'avais que ce jour ?
- Je n'irais pas à l'école.
- Qu'est-ce que tu ferais ?
- Je jouerais avec mes amis.
- Où sont tes amis ?
- À l'école, mais peut-être que si c'était le dernier jour de ma vie, leurs parents leur permettraient de rester avec moi.
- Moi, si j'étais toi, j'irais quand même à l'école.
- Ça ne servirait à rien !
- L’école, ça peut être intéressant, on découvre le monde, on apprend à réfléchir, on se fait des amis.
- C'est pour ça que tu as été maîtresse ?
- J'ai aimé aider les enfants à grandir. Je sais que tu n'aimes pas trop l'école, alors je vais te donner un conseil : même à l'école, il faut considérer chaque journée comme étant la plus importante de ta vie.
- Je préfère quand même venir te voir et parler avec toi. C'est mieux que l'école

[...]

- Tu as déjà été triste ?
- Oui
- Très triste ?
- Une fois particulièrement. C'était il y a longtemps, très
longtemps, avant la naissance de ta maman, elle avait une grande sœur qui est morte.
- Elle est morte comment ?
- Un accident. Une voiture roulait trop vite. Le conducteur a perdu le contrôle du véhicule qui a échoué sur le trottoir.
- Tu as pleuré ?
- Beaucoup.
- Tu as été consolée.
- Ça a mis du temps, mais on peut dire que j'ai été consolée
- Alors tu n'es plus triste.
- Triste non, mélancolique parfois. Mais maintenant, c’est de l’histoire ancienne.

[...]

- Tu l'as oubliée ?
- Jamais je ne l'oublierai. Quand je mourrai, elle sera là, quelque part dans mon cœur. Je n'y pense pas tous les jours, mais je me demande parfois ce qu'elle serait devenue si elle avait vécu

[...]

- Qu'est-ce que tu as fait pour oublier ?
- Je ne l'ai jamais oubliée, mais j'ai décidé de reprendre des études pour devenir institutrice afin de m'occuper d'enfants, et puis ta maman est arrivée.
- Elle a remplacé ta fille qui était morte ?
- Elle ne l'a pas remplacée, car chaque enfant est unique, mais elle m'a obligée à me tourner vers la vie et cela m'a aidée à guérir mes souvenirs.
- Quand tu mourras, je serai triste.
- C'est le prix de l'amour. On est triste parce qu'on aime.
- Je pleurerai.
- Sans doute... et puis, avec le temps, tu seras consolé, car tu dois vivre, Parfois, tu penseras à moi, à nos conversations, et je serai un peu vivante dans ton cœur.

 

 

Les ravages de l’imaginaire

L’entreprise de Pierre

Dans un souci légitime, on a la tentation de vouloir protéger les enfants. On leur épargne la vue du défunt, on hésite à leur demander de participer à la cérémonie, on les dispense de cimetière. Cela part d'un bon sentiment, mais c'est aussi une façon de nier leur peine. Eux aussi on le droit de dire au revoir à celui ou celle qu'ils aimaient. Eux aussi ont le droit de pleurer et de sentir la communion qui émane d'une famille qui partage la même épreuve.
Lytta Basset a pointé les résultats de l'occultation de la mort : « Le pire, c'est l'imagination. Seule la réalité peut lui imposer des limites. Mais quand elle n'est pas dite ? On sait aujourd'hui que les petits enfants à qui on la cache s'en remettront mal, ou pas du tout: leur imaginaire fera des ravages.
Aussi tragique soit-il, le réel rassure : on sait à quoi s'en tenir ; c'est cela et pas autre chose ; on va faire avec. Le réel, on peut le regarder en face, l'imaginaire jamais : c'est un fantôme qui n'en finit pas de s'effilocher et de renaître de ses lambeaux. »


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