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Des mots pour dire sa foi

 

 

Michel Barlow

 

Ed. Cabédita

 

96 pages

 

Recension Gilles Castelnau


 

24 octobre 2019

Au culte ou à la messe, on est souvent invité à dire « je crois », déclarant ainsi adhérer individuellement à une certaine formulation de la foi. On dit aussi souvent « nous croyons », ce qui nous constitue en groupe homogène proclamant une pensée qui nous est donnée d’en haut.
D’ailleurs qui peut dire avec assurance qu’il croit ? et d’ailleurs qu’il croit quoi ?
Michel Barlow en bon théologien et en fin psychologue nous fait réfléchir à tout cela sans culpabilisation aucune mais au contraire dans l’esprit apaisé et souriant de ceux qui – tout simplement et sans prétention – vivent de l’Évangile.

Voici quelques passages de ce livre qui nous réjouit, comme... l’auteur le vit lui-même.

 

 

On ne peut être chrétien sans dire sa foi… ne serait-ce qu’à soi-même

 

Mettre sa foi en mots

Pour voir plus clair en soi-même, il est souvent nécessaire de « verbaliser », de mettre des mots sur ses idées, ses sentiments, ses certitudes, mais aussi ses doutes, ses refus, ses colères, ses angoisses, etc. La parole, qu'elle soit orale ou écrite, a une double fonction : de communication, c'est-à-dire de relation avec autrui ; mais aussi d'expression pour soi-même. Après avoir raconté, décrit, analysé ce que l'on a dans la tête et dans le cœur, après l'avoir exprimé (c'est-à-dire étymologiquement poussé en dehors de soi), on se sent mieux ! Souvent, les mots prononcés ou écrits, voire imprimés, sont alors produits non à l'intention d'autrui mais pour soi seul. Ils seront peut-être oubliés, détruits aussitôt que formulés, mais peu importe. Le seul but de l'expression est de libérer le sujet qui s'exprime ! Si certains sentiments ou certaines idées ne sortaient pas de nous, dit à peu près Jean-Jacques Rousseau, ils fermenteraient en nous et nous empoisonneraient, de l'intérieur !

C'est dans cette perspective que je recommandais à mes étudiants d'écrire avec précision leur ressenti, chaque fois qu'ils avaient un chagrin d'amour - ce qui était fréquent ! En mettant en mots et en phrases leur vécu, en racontant leur « aventure » (à tous les sens du mot), en décrivant aussi précisément que possible les émotions et les sentiments qui les traversaient, ils les mettaient comme à l'extérieur d'eux-mêmes : ils s'efforçaient de les exprimer (au sens propre du mot, synonyme d'expulser). C'était la condition nécessaire, mais, hélas, pas toujours, suffisante, pour guérir de leur mal-être actuel - en tout cas cesser de le croire éternel et incurable.

[...]


On entend d'ici les protestations indignées de certains responsables religieux : inviter chaque croyant à réfléchir personnellement au contenu de sa foi, n'est-ce pas faire de la foi un acte individuel, voire subjectif, et à terme, dynamiter l'Église-communauté des croyants ? Tout dépend, en fait, de la façon dont on comprend l'Eglise ! La recherche d'une intelligence personnelle de la foi est étroitement surveillée, voire bannie par une Église qui se considère et se vit comme une société hiérarchisée, impositive et cléricale. Mais c'est tout l'inverse si l'on attend de l'Église qu'elle soit un lieu de rencontre où les croyants sont appelés à confronter leurs lectures personnelles de la Parole de Dieu pour les purifier à la lumière de l'Esprit. En tout cas, cet effort pour trouver l'intelligence de sa foi (ce qui est l'exacte définition de la théologie, quelle que soit la manière dont elle s'exerce) ne peut faire autrement que de s'exprimer, de se formuler même dans la réflexion individuelle et silencieuse


Du devoir d’athéisme du croyant sincère

Avant de dire ce qu'il croit (Celui en qui il croit, sa Parole à laquelle il croit), il importe au croyant sincère d'exprimer ce à quoi il ne croit pas, ce à quoi il refuse fortement de donner sa foi. Toutes les caricatures de Dieu, tous les blasphèmes déguisés sous les oripeaux de la dévotion la plus exaltée... voire sous les habits liturgiques les plus chamarrés !

[...]

Bref, toute confession de foi devrait être accompagnée, ou plutôt devrait être préparée par une confession de non-foi : étape sans nul doute provisoire mais néanmoins indispensable ! Dans un instant, il nous faudra donc préparer l'énoncé de notre Credo (Je crois...) par un préambule à la forme négative Nego (je dis non, je refuse...)

 


Dire collectivement ce qui est le plus personnel à chacun


« Je crois » ou « nous croyons » ?


Dans les nuits somptueusement nazies de Nuremberg, les innombrables figurants, alignés au millimètre près, clamaient eux aussi en chœur « je »... mais ils n'étaient que les clones et les échos du « je » du Führer ! Chaque fois qu'un « je » se fait collectif et indifférencié, on peut redouter que ses locuteurs ne soient le jouet d'une pensée totalitaire : celle du chef qui pense à la place de ses troupes et leur demande, sous peine de mort ou de camp de concentration, de clamer en chœur ses propres idées, puis de les mettre en actes - et sans état d'âme ni cas de conscience s'il vous plaît !

On peut donc s'inquiéter de voir certaines Églises inviter les fidèles à proclamer ou à psalmodier en chœur un Credo collectif et stéréotypé, comme un signe de ponctuation à mi-course de la célébration liturgique ! Le « nous » infiniment varié des fidèles, le vivant kaléidoscope de convictions et d'espérances bariolées qu'ils forment, se verrait alors contraint de parler d'une seule voix, comme si tous étaient unanimes dans leur sentiment croyant : « Oubliez ce que croit chacun d'entre vous, et dites ensemble le même Je crois » ! Il est vrai que, dans la récitation du Credo, toute velléité d'objection de conscience (voire de réaction consciente) est anesthésiée par la récitation « par cœur » (c'est-à-dire mécanique, sous hypnose !) de formules « byzantines » (au sens propre comme au sens figuré !), concoctées il y a des siècles et des siècles par de pieux et subtils jargonneurs

 

 

« Credo » : une confession de foi et de « non-foi »


Qu’est-ce que je dis vraiment, quand je dis « Je crois » ?


Dire « Je crois en Jésus-Christ », ce n'est pas nécessairement être convaincu qu'il est le Fils unique de Dieu venu sur la terre ; qu'il est né miraculeusement d'une vierge ; qu'il est ressuscité des morts et qu'il reviendra à la fin des temps pour juger les vivants et les morts. Si la foi chrétienne est ce qu'on vient d'en dire, il semble bien qu'on puisse être un chrétien fervent mais considérer qu'il y a là des figures de style, des formulations symboliques, plus que des affirmations métaphysiques. Des manières non pas de nous dévoiler le mystère de Dieu, mais de nous inviter à entrer en dialogue avec sa Personne qui est infiniment plus mystérieuse que toute personne humaine - même celles que l'on aime le plus et qu'on prétend le mieux connaître !

Quels que soient les convictions, les certitudes ou les doutes, croire en Jésus-Christ, c'est avant tout faire sien son message, tel que ses premiers disciples l'ont reformulé, en rapportant plus ou moins fidèlement certaines de ses paroles, et en racontant quelques exemples significatifs de son action (même si l'on soupçonne que le récit les a enjolivés). Croire en Jésus-Christ, c'est avant tout faire sien l'idéal humain qu'il a annoncé et mis en œuvre dans son action : la solidarité humaine, la confiance, le progrès de l'humanité... Croire en Jésus-Christ, c'est avant tout reconnaître que cet idéal nous convient et qu'on entend l'adopter, le mettre en œuvre dans sa vie - dans la mesure de ses moyens.

 

Témoignage : la foi est une rencontre

Oui, je crois de tout mon être (et j'en vis), je crois que Jésus n’est pas seulement un rabbi d'autrefois, un maître à penser dont les paroles seraient parvenues jusqu'à nous par la mémoire des humains. Je sens qu'il m'est personnellement présent, par-delà l'espace et le temps. Dans le patois des théologiens on dit qu'il est ressuscité qu’il est présent par son Esprit à l'esprit de tous ceux qui l'aiment. Il est mon interlocuteur, il est mon inspirateur ; son enseignement sa personnalité son exemple, sont l'horizon de ma vie. C'est à lui que je veux ressembler, quoiqu'il ait vécu dans un environnement bien différent de celui qui est le mien ; et bien que je sois très loin d'avoir son courage, son intelligence, sa droiture, sa transparence (la parfaite identité entre ce qu'il est, ce qu'il pense, ce qu'il dit et ce qu'il fait).

 


Non pas « Je crois », mais « Je me réjouis »
(Non credo sed gaudio)

 
Vous qui me lisez, voulez-vous vous réjouir avec moi, parce que Dieu est Dieu ?


Voulez-vous vous réjouir avec moi, parce que le Dieu de Jésus-Christ est un Dieu désarmé qui pleure sur son fils assassiné ? Il n'a jamais voulu son sacrifice et c'est un blasphème de penser que la Croix serait le prix qu'il aurait imaginé pour racheter le péché des hommes. Quelle abomination de faire du Dieu Père et plein d'amour de l'Évangile un boutiquier avare et sadique, un infanticide qui prémédite son forfait par orgueil - même si ce blasphème a été pieusement contresigné par quelques-uns des plus grands saints du calendrier !

Voulez-vous vous réjouir avec moi (jusque dans les larmes) parce que le Dieu de Jésus-Christ est un Dieu désarmé qui pleure avec chacun de ses enfants, chaque fois que celui-ci souffre, dans son cœur ou dans son corps ? En donnant à l'univers et à l'humanité le plus royal des cadeaux, la liberté, le Dieu tendre et désarmé de Jésus-Christ se condamne lui-même aux larmes de l’impuissance devant la méchanceté des hommes et la brutalité de la nature. Son amour ne peut être tout-puissant puisqu’il est libérateur – et c’est l'admirable folie d’amour du Dieu Père.

 


Pour conclure « en points de suspension »…

Dans la constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation, le Concile Vatican II affirmait qu’i !l y a une certaine analogie entre l’écriture de la Parole de Dieu et l’Incarnation de Jésus. De même que le christ est devenu pleinement humain - c'est-à-dire qu'il s'est concrètement inséré dans une famille, un peuple, une société, une histoire à un moment déterminé de leur développement; de même, la Parole de Dieu s'incarne dans l'Écriture sainte (disons la Bible pour faire simple) ; c'est-à-dire qu'elle s'exprime à travers la personnalité des écrivains bibliques, leur histoire personnelle, le contexte social politique culturel qui était le leur, etc.


 


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