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François Clavairoly

Président de la Fédération protestante de France



éd. Cerf

184 pages – 20 €

 

recension Gilles Castelnau


22 octobre 2019

Le pasteur Clavairoly est Président de la Fédération protestante de France. Mais auparavant il a été pasteur de paroisse et président de Région. Il a participé à des groupes de réflexion œcuménique, avec le judaïsme,des rencontres internes au protestantisme et avec toutes les autrtes religions. Il en a tiré évidemment une importante compréhension des diverses spiritualités et des forces fonctionnant dans la vie du monde.
Il en parle librement en demeurant – en bon protestant – fidèlement enraciné dans la pensée biblique.
Il réfléchit à la laïcité, à l’État, à l’accueil des réfugiés, au réchauffement climatique et à l’écologie, au judaïsme et à l’islam, au fondamentalisme et à toutes les questions qui se posent actuellement en France et dans le monde. Il en discute les enjeux et cherche à y répondre en se laissant conduire par l’esprit qui animait les auteurs bibliques.

En voici quelques passages.

 

 

2

Une Europe sans christianisme


Les Lumières, en effet, ont mis en scène et permis de traverser ce débat entre la foi et la raison, entre fides et ratio. Elles ont contribué à l'élaboration d'une immense conversation européenne et chrétienne qui se fait entendre encore en chacun de nous. Ces sœurs jumelles, ratio et fides, se chamaillent, se font concurrence et en même temps se nourrissent l'une l'autre de leur génie, s'interpellent, se saluent et, se disent leurs vérités. Et il se trouve que laissées libres l'une sans l'autre, elles sont amenées à des extrêmes : ratio devient absolue et fides fondamentaliste. Heureusement, caritas, la petite sœur, la troisième, arrive et tire par la manche ratio en lui disant de sa voix bienveillante : « Ne sois pas absolue, entends l'autre différent », Puis elle tire la manche de fides en lui murmurant à l'oreille : « Ne sois pas fondamentaliste, accepte enfin d'entrer dans le processus intelligent et salvateur de l'interprétation » - processus herméneutique qui sauve la raison et qui laisse place à la foi. Les Lumières ont critiqué l’idée même d'une révélation qui enseignerait des savoirs inaccessibles à la raison. Les Lumières ont critiqué la religion en dénonçant le fait que la religion n'était pas raisonnable, qu'elle était obscure. C'est ici la dénonciation de l'obscurantisme, au motif que de tels contenus religieux ne pourraient pas valoir comme savoirs et ce qui ne vaut pas comme savoir pour les Lumières est de l'ordre de l'irrationnel.

[…]

Le christianisme n'a plus qu'une place à tenir, entre ces figures d'une fides er d'une ratio en excès, et c'est la seule possible, celle que le Christ lui désigne : la place de la petite sœur, la troisième qu'on n'attendait pas - caritas - à l'image de cette personne qui, dans un débat, après avoir longtemps levé la main, dit : « S'il vous plaît, écoutez-moi. J'aimerais que ma voix se fasse entendre »... Il peut s'agir alors d'une voix nouvelle, la voix de l'intelligence au sens le plus étymologique du terme c'est-à-dire celle qui sait lire entre les lignes. L'intelligence de la caritas révélant cette capacité à lire avec bienveillance entre les lignes, c'est-à-dire discerner là où la raison laissée seule devient menaçante pour la liberté et, là où la foi sans rationalité devient violence, sur la conscience.

Seule cette voix de l'intelligence peut permettre de maintenir ou de regagner lorsqu'il est en danger, l'équilibre de nos sociétés, sans passer nécessairement par les dangers repérés par tant de chercheurs, des risques de violences qui s'expriment au travers de radicalisations politiques qui trouvent forme dans telle ou telle religion, ou par certains courants religieux eux-mêmes qui théologiquement se radicalisent.

[...]

J’aime un saint particulier, à cet égard, que je partage avec beaucoup d’autres, Paul Ricœur, mais un saint au sens où il amène étonnamment à comprendre que la foi chrétienne fait le pari radicalement évangélique que l'histoire en Christ ne se décrit ni ne se raconte, ni ne se prêche par le récit des vainqueurs, des winners de la foi, des super chrétiens qui rêvent de conquête comme s'ils avaient oublié l'arc-en-ciel et la croix, mais par ceux qui ont été humiliés, brisés, oubliés, et dont les noms mêmes ne sont connus de personne. Des êtres humains, des personnes innombrables à relever de l'oubli dans lequel l'histoire du monde les a plongés. Les victimes, les enrôlés des troupes de toutes les armées, des chefs de guerre, les victimes des multiples épidémies et des drames, des catastrophes et des conflits, des colonisations et des esclavages, des chantiers et des travaux forcés, des génocides Héréro, arménien, juif et tutsi… Et comme au cœur blessé de cette histoire humaine, les victimes dont les récits hébraïques nous parlent, l'histoire d'Israël, qui par son récit même exige de nous que nous n'oubliions personne.

La foi chrétienne met la focale sur cette histoire-là. Et sans doute avons-nous là une vocation spécifique à faire en sorte que cette histoire ne soit pas oubliée. Par la prédication, par la catéchèse, par la lecture et l'étude de la Bible, nous pouvons voir, comprendre, interpréter, lire et relire l'actualité en essayant de n'oublier aucun des opprimés, aucun des « saints », ces hommes, ces femmes et ces enfants que garde à jamais la mémoire de celui qui n'oublie aucune de ses créatures.

 


3

La vigie de la République


En fait, le protestantisme est fidèle à lui-même lorsqu'il reste à distance du pouvoir tout en l'interpellant de façon critique, en étant libre à son égard, bienveillant et critique. Ce sont ces termes que j'aime utiliser pour ce qui est du protestantisme français : il est bienveillant à l'égard du pouvoir quand il est légitime, mais en même temps critique.
C'est ce qui a permis, par exemple, au protestantisme de traverser des épreuves terribles comme la guerre de 14-18 ou la Deuxième Guerre mondiale, la période de la guerre d'Algérie ou, plus près de nous, toutes les crises qu'ont connu les pays qui ont vu leur population se réfugier en France et où le droit d'asile a dû être réaffirmé, là-bas et ici, contre la tentation du pays de se refermer sur lui-même.
Lors du conflit de la Première Guerre mondiale, la tentation du protestantisme en Allemagne, mais en France aussi, aura été notamment celle du nationalisme, c'est-à-dire la propension à décider d'emboîter le pas par la prédication chrétienne aux discours politiques des chefs de guerre, et il a résisté.
Dans les années trente et lors de la Deuxième Guerre mondiale, le protestantisme a malheureusement, en Allemagne, et pour une grande part, succombé à cette tentation. En France, les choses seront complexes même si cette situation restera sensiblement différente.
Retenons seulement cette phrase du pasteur Roland de Pury qui dira ceci : « L'Eglise est le maquis du monde en attendant le grand débarquement du royaume ». Cette idée que l'Eglise n'est pas, n'est jamais complètement installée dans la société, cette vision selon laquelle elle est même dans le maquis du monde et qu'elle attend, qu'elle espère, comme le prophète attend ou espère l'aurore, le matin, la délivrance, est si belle et si intrigante ! Le grand débarquement, évidemment, faisait ici référence au débarquement des alliés en même temps qu'au grand débarquement du royaume de Dieu.
Cette tension permanente, cette fragilité, cet engagement en même temps que cette distance critique vont être vécus douloureusement dans cette période difficile et obscure où le président Boegner restant en place et assumant ses responsabilités, prononcera aussi des paroles fortes et décisives et engagera des actes quant au sauvetage des Juifs. Difficile injonction d'être à la fois fidèle à la loi des hommes et fidèle à l'Évangile !

[...]

Sur les questions d'éthique, le protestantisme participe donc avec d'autres à la discussion, à la construction de la loi, quand elle est nécessaire, et elle l'est assez souvent. Les questions d'éthiques et de bioéthique se traduisent en effet par des réponses communes que sont les textes de loi. Les critères sont, pour nous comme pour beaucoup, ceux de l'attention au plus vulnérable, au plus fragile, ici l'enfant ou la femme, la personne âgée et dépendante, la personne en situation de détresse morale, en situation de dépendance de la société, du corps médical.

Dans un mouvement d'étude et de recherche qui ne le qualifie pas comme expert mais comme partenaire, le christianisme protestant est une voix en débat parmi d'autres. C'est bien lorsqu'il voudrait que sa lecture soit la seule vraie qu'il quitterait le protestantisme, qu'il quitterait sa propre maison. Lorsqu'il penserait que sa lecture exclurait d'autres lectures et qu'il ne supporterait plus le débat ni la contradiction. Il quitterait les terres du protestantisme, s'éloignerait de son rapport herméneutique aux textes, à ce qui fait sa tension interne et son identité programmatique, il deviendrait autre chose, une forme de catholicisme inversé qui prétendrait par cette vision non interrogative de l'éthique, dérouler, apporter « une » réponse, regrettant de ne pas pouvoir l’imposer, forcément.

 


4

Théologie de l’exil, théologie de la terre

L’œcuménisme, impératif écologique

Lorsque, sur un autre registre, celui de l'aide sociale, le président du C.A.S.P. (Centre d'action sociale protestant) interpelle le ministre de l'Intérieur sur la difficulté du maintien des dotations publiques devant l'urgence sociale, lorsque la Cimade intervient pour rappeler que la France doit faire un effort supplémentaire au sujet des réfugiés, lorsque l'Armée du Salut parle des écarts entre pauvres et riches et qu'elle n'arrive plus à accueillir les personnes trop nombreuses qui sont dans la détresse, lorsque la fondation John Bost déploie ses projets sur le handicap, le protestantisme ne fait pas simplement son devoir.
Il fait résonner une espérance et veut anticiper, par ses gestes, ce qui doit être : il désigne ce qui doit être ; or, ce qui doit être, c'est une société qui ne peut se satisfaire de l'existant, qui ne doit jamais baisser les bras devant les obstacles qu'elle rencontre. Désignation d'un avenir, d'un futur à construire ensemble, dans la justice, dans le droit, dans la diversité, la pluralité et le respect de chacun.


 

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