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Douze protestants

qui ont fait la France

 


Frédérick Casadesus


Éd. Cerf
223 pages – 18 €

 

recension Gilles Castelnau

 

24 septembre 2019

Frédérick Casadesus est journaliste à l’hebdomadaire Réforme et à la radio Fréquence Protestante. Il consacre l’essentiel de son travail à l’analyse de l’actualité politique et sociale, ainsi qu’à la présentation de la vie musicale.
Il est aussi historien et, de sa plume alerte et sautillante, il nous fait pénétrer dans l’histoire de France de la manière qu’un journaliste de l’époque aurait trouvée juste et vivante.

Parmi tous les acteurs de ces siècles passés, il en a choisi 12 parce qu’ils étaient protestants :

Jean Calvin, Marguerite de Navarre, Henri IV, Théophraste Renaudot, Marie Durand, Germaine de Staël, François Guizot, Georges-Eugène Haussmann, Ferdinand Buisson, Jean Zay, Michel Rocard, Jean-Luc Godard.

Sans aucun prosélytisme et sans sermons ennuyeux, il nous fait partager leurs luttes, leurs espérances et leur particularisme.

Voici des passages de deux d’entre eux :

 

Germaine de Staël


Germaine de Staël était la fille de Jacques Necker, directeur général des Finances et ministre d’État du roi Louis XVI.
Exceptionnelle de beauté suivant les canons de l'intelligence et peut-être un peu raide si l’on retient les critères de la statuaire antique, elle est le fruit formidable de son temps. Parler d'elle aujourd'hui, c'est effacer la postérité misogyne qui l’a réduite au rôle d'égérie. Désormais considérée comme la plus importante figure intellectuelle de son époque, elle nous en impose. Protestante avec ardeur, hostile aux dogmes, attachée de toutes ses forces à la liberté de conscience, indisposée par les boursoufflures de l'art baroque, elle inspirait la peur à Napoléon soi-même.


Avec son premier mari, Louis de Narbonne-Lara, comte, officier de grande envergure qui passe pour le fils caché de Louis XV, elle ne vit pas, comme on pourrait l'imaginer par procuration. Elle s'implique et ne se contente pas de recevoir, au contraire de ce que faisait sa mère. Elle prend la parole. Et de salonnière, un terme dont la sonorité péjorative ne lui va guère, elle se change en femme d'influence. L'officier qui l'aime ne lui apporte-t-il pas la caution d'un lustre Ancien Régime ? Certes. Mais bientôt Germaine distribue les postes, conseille, fait en sorte que tel ou tel de ses fidèles amis politiques atteigne les sphères gouvernementales.


Les Lumières la guident, on doit le redire. Mais ce sont des Lumières inspirées par une foi protestante. Aussi Rousseau peut-il être considéré comme son maître à penser. Le respect de la propriété, l'affirmation d'un droit respectueux de chacun, la reconnaissance d'une religion délestée de ses superstitions, de sa pompe – entendez l'attachement au protestantisme, en lieu et place du catholicisme romain -, tels sont les piliers du projet politique auquel Germaine de Staël veut apporter son influence. Alors qu'il s'appelle République plutôt que Monarchie, pourquoi pas ? Seul compte l'équilibre des pouvoirs.


Confortée dans ses craintes par le jugement paternel, Germaine comprend que Napoléon n’est pas l'homme de l'apaisement. Plus que le système politique, c'est tout l'esprit du chef qui lui est insupportable. On ferait pourtant fausse route en pensant qu'elle campe en opposante radicale. Au contraire, elle cherche par tous les chemins le moyen de la séduire. Las, derrière les discours de Benjamin Constant, les bonapartistes voient la main de Germaine. En 1802, celui-là se trouve exclu du Tribunat. Celle-ci publie Delphine, un roman qui mêle considérations politiques et récit codé. Contre le Concordat, l'auteur n'hésite pas à rappeler sa fidélité protestante.

Elle s'indigne du primat redonné à l’Église romaine et condamne la suppression du divorce. Elle fait dire à l'un de ses personnages :

La religion catholique est la seule qui consacre l'indissolubilité du mariage, mais c'est parce qu'il est dans l'esprit de cette religion d'imposer la douleur à l'homme, sous mille formes différentes, comme le moyen le plus efficace de son perfectionnement moral et religieux.

Il n'en reste pas moins, que Germaine a détesté le rétablissement d'une Eglise conçue comme une force de contrôle social. Un mot révèle assez bien son attachement viscéral au protestantisme :

La religion protestante, beaucoup plus rapprochée du pur esprit de l'Evangile que la religion catholique, ne sert de la douleur ni pour effrayer ni pour enchaîner les esprits.

Bonaparte a peu de goût pour les êtres qui lui résistent, il déteste ceux qu'il ne parvient pas à réduire au silence. En 1803, Germaine de Staël est contrainte à l'exil. Une distance de Paris lui est imposée : quarante lieues.

Se penchant sur le temps passé, la fille de Necker écrira dans Dix années d'exil :

J'ai vu des hommes féroces et des hommes respectables. Il n'y avait rien dans l'effet que Bonaparte produisit sur moi qui put ressembler à l’impression j'avais reçue par eux. J'aperçus très vite que son caractère ne pouvait être défini par les mots dont nous avons coutume de nous servir. Il n'était ni bon ni violent, ni cruel ni doux à la façon de l'humanité ; mais c’était un être qui, n'ayant point de pareil, ne pouvait ressentir ni faire éprouver de sympathie à personne. Il ne hait pas plus qu'il n'aime, car il n'y a que lui pour lui et les hommes n'agissent sur son âme que comme des faits ou comme des choses, jamais comme des semblables.

Commence le jeu de la souris, qui circule en Europe, à chaque fois célébrée. Madame de Staël étudie, pose des questions, rencontre les personnages qui comptent, au premier rang desquels Goethe et Schiller. Exaspéré, Napoléon l'oblige à vivre cloîtrée dans son château de Coppet, avec pour seul divertissement possible de partir pour Genève, à deux pas.

Protestante culturelle ? Sans aucun doute. Germaine de Staël ne fréquente pas les temples et ne lit pas tous les jours un verset de la Bible. Mais elle contribue, par sa défense des libertés - de conscience autant que d'expression - à la diffusion des idées de la Réforme au cœur du territoire national. En elle se marient les principes et l'Histoire. On parle à son sujet, trop souvent peut-être, des liens de l'amour et de la politique. Il faut ajouter la persévérance.

 

 

Ferdinand Buisson

 

Le 6 juillet 1876, il a signé chez Hachette le contrat qui vise à la publication d'un Dictionnaire de pédagogie. L'ambition de l’ouvrage est de réunir en plus d'un millier de pages les connaissances, dans les domaines les plus variés, qu'il conviendrait d'offrir au plus grand nombre. Insistons sur ce point : la défaite de 1870 a provoqué dans les élites un séisme autant qu'une prise de conscience. Le retard accumulé par la France était-il uniquement militaire ? Pour beaucoup, notre pays souffrait de carences dans le secteur éducatif. Il serait excessif d'établir un lien direct entre la cause et ses effets, mais force est de constater que les républicains, qui depuis longtemps plaidaient en faveur d'un enseignement gratuit pour tous, ont trouvé dans la situation de la France en 1870-1871 des arguments qui, s'ils les désolaient sincèrement, confortaient la légitimité de leur combat.

 

Une merveille que ce Dictionnaire, aujourd'hui de nouveau disponible. On y trouve des conseils pour apprendre aux petits la géographie, l'arithmétique ou l’hygiène, des portraits de personnages historiques (et pas toujours les plus célèbres) enfin de judicieuses leçons que l'on semble avoir depuis délaissées. La récréation, ce temps de répit qu'entre deux séquences les enfants connaissent, apparaît comme un espace de liberté surveillée, l'apprentissage du divertissement, de la joie, mâtiné de civisme. Le bonheur d'apprendre est tout entier contenu dans ce Dictionnaire. II constitue la somme d'un savoir encyclopédique, un monument que Ferdinand Buisson voulait offrir à tous les enfants de France.

Que l'on n'aille pas imaginer quelque machine à briser la foi, décrire ce gigantesque recueil en instrument de propagande antireligieuse. Tout au contraire, un article intitulé « Prière », exprime les exigences des auteurs. Ou plutôt de l'auteur, puisque Ferdinand Buisson en personne a rédigé cette notule. Évoquant la prière commune des élèves - n'oublions pas que le livre est paru bien avant la séparation des Eglises et de l'Etat - le philosophe dévoile les deux arguments qui justifient, selon lui, la suppression de cet exercice :

Le premier est le respect de la liberté de conscience et la nécessité pour l'observer d'assurer la neutralité de l'école. [...] L'idée que nous nous faisons de la prière nous semble incompatible avec l'institution des prières scolaires. En entendant réciter les prières comme elles peuvent se réciter à l'école et au collège, l'enfant apprend non à prier, mais à ne pas prier.

Considérer la prière collective comme la négation de la prière pouvait à l'époque passer pour une provocation. Mais c'était aux yeux de Buisson l'exigence - peut-être, pour mieux dire, l'espérance - d'une plus grande vérité, typique de ceux que la Réforme guide. Un peu plus loin encore dans le texte, Ferdinand Buisson se fait plus clair. Il n'est pas question d'exclure ou de détruire la religion, mais de lui donner une autre place :

Certaines parties essentielles de l'éducation n'entrent pas dans le cadre de la vie scolaire, et ce serait un malheur qu'elles disparussent de la vie humaine. Il en est ainsi, à notre avis, principalement de la culture religieuse.

 

La victoire du 11 novembre lui procure une joie profonde mais n'entame en rien ses convictions pacifistes. Il se multiplie dès les années vingt, condamnant l'occupation de la Ruhr par l'arme française, intervenant le plus souvent possible en faveur d'un rapprochement de la France et de l'Allemagne. Il prend la parole au 23e Congrès de la Paix, le 5 octobre 1924, qui se tient à Berlin, réunissant dans un même hommage des figures de la gauche allemande et le souvenir de Jaurès. Couronnement de cette foi, Ferdinand Buisson reçoit le Prix Nobel de la paix, conjointement avec l'historien allemand Ludwig Quidd. Ayant reçu la somme imposante de 400 000 francs, le philosophe choisit d'en léguer la quasi-totalité au ministère de l'Instruction publique. Il s'éteint le 16 février 1932.


 


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