Libres opinions
Dieu et notre
vie
1 Rois 19.3-8
Élie prit peur et s'enfuit pour
sauver sa vie. Il entra dans le
désert et après une journée de marche, il se
réfugia sous un genêt et demanda la mort, en
disant :
- C'est fini ! Maintenant,
Éternel, reprends ma vie, car je ne réussis pas mieux
que mes pères.
Il se coucha et s'endormit sous le
genêt.
Et voici, un ange le toucha, et lui dit
:
- Lève-toi et mange.
Il regarda, et il y avait près de lui
une galette cuite sur des pierres chauffées et une cruche
d'eau. Il mangea, but et se recoucha.
L'ange de l'Éternel vint une seconde
fois, le toucha, et dit :
- Lève-toi et mange, car le chemin
est trop long pour toi.
Il se leva, mangea et but et avec la force
que lui donna cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante
nuits jusqu'à la montagne de Dieu, à Horeb.
Gilles
Castelnau
26 novembre 2007
Le prophète Élie, tout
prophète qu'il était, voyait son
ministère à Jérusalem complètement
ruiné par le roi Achab et la reine Jézabel qui,
disciples du Dieu Baal, le menaçaient de mort. Jugeant que sa
vie ne valait plus d'être vécue, épuisé
dans le désert, il demandait la mort couché sous un
genêt.
Et nous, de quoi aurions-nous besoin pour que notre vie ait du
sens et vaille d'être vécue ?
On dit que parmi les stands d'un certain marché, il en est
un, tenu par un ange qui vend « tout ce dont on a
besoin ». Les clients se pressaient :
- Je désire réussir dans ma profession,
mon couple, mes enfants, mes parents, mon église. Un truc pour
m'arrêter de fumer, de boire. Pour arrêter d'être
si égoïste, si négatif, agressif...
Et effectivement l'ange donne des graines, dans de petits
sachets :
- Semez-les, arrosez-les, occupez-vous en. Elles
poussent très bien.
Mais il ne donne que les graines. Il faut les faire pousser
soi-même.
En effet, notre vie n'est pas sans
nous.
Il ne sert à rien de consulter les horoscopes, les
voyantes, les prévisions de l'INSEE : Rien n'est
programmé, rien n'est écrit d'avance, il n'y a pas de
destin, il ne faut jamais dire :
- mekhtoub, c'était écrit.
La question qu'Élie aurait pu se
poser dans le désert, sous son genêt,
est :
- Que peut faire Dieu de ma vie ?
Tout dépend si nous concevons un Dieu intervenant de
l'extérieur ou de l'intérieur de notre être.
Cela dépend tellement que nos conversations avec nos
enfants, nos parents, nos voisins, tous nos contemporains ne seront
pas du tout les mêmes si nous optons pour la première ou
pour la seconde possibilité.
Dieu
extérieur
C'est la conception selon
laquelle Dieu est extérieur au monde, à
l'homme. On lui donne les titres de Tout-puissant créateur, de
Père, de Seigneur comme on disait sous l'Ancien
régime. On dit de Jésus qu'il est le Fils unique de Dieu.
C'est la certitude que notre religion est la vraie.
Que nous apporte une religion objectivement « vraie » ?
.
Puisqu'on
connaît le vrai Dieu, le vrai Christ, on sait comment il
convient de le prier. On sait comment solliciter des exaucements
surnaturels. C'est la vertu d'espérance.
.
On sait se conduire d'une
manière qui lui plait, faire le bien et éviter le mal.
On connaît les commandements de l'Ancien Testament et les
enseignements de Jésus dans les évangiles. C'est
l'attitude de foi
.
On connaît sa
miséricorde pour le prochain comme pour nous-même. Sa
« grâce » qui
est le regard de bienveillance qu'il jette toujours sur nous et sur
nos prochains. C'est l'amour.
.
On sait dire : « que ta volonté soit
faite », et penser que ce sera bon.
Mais ces belles choses sont
aussi très culpabilisantes. Nombreux parmi nous
sont ceux qui appréhendent l'idée qu'un Dieu
tout-puissant soit, depuis son ciel, témoin de toutes leurs
pensées, de toutes leurs actions.
J'ai souvent remarqué que l'on craignait le magnifique
Psaume 139 où Dieu fait penser à un
inquiétant big brother :
Éternel ! tu me
sondes et tu me connais,
Tu sais quand je m'assieds et quand je me lève,
Tu pénètres de loin ma pensée ;
Tu sais quand je marche et quand je me couche,
Et tu pénètres toutes mes voies.
Car la parole n'est pas sur ma langue,
Que déjà, ô Éternel, tu la connais
entièrement.
Tu m'entoures par derrière et par devant,
Et tu mets ta main sur moi.
Où irais-je loin de ton esprit,
Et où fuirais-je loin de ta face ?
Si je monte aux cieux, tu y es ;
Si je me couche au séjour des morts, t'y voilà.
Si je prends les ailes de l'aurore,
Et que j'aille habiter à l'extrémité de la
mer,
Là aussi ta main me conduira,
Et ta droite me saisira.
Si je dis : Les ténèbres me couvriront,
La nuit devient lumière autour de moi ;
Même les ténèbres ne sont pas obscures pour
toi.
Mais ces belles choses excluent
nos prochains des autres religions. Un jour où je
disais la belle parole de Jean :
Dieu a tant aimé le monde
qu'il a donné son Fils unique
afin que quiconque croit en lui ne périsse pas
mais qu'il ait la vie éternelle » (3.16)
une dame m'a dit : alors mon mari qui
est juif n'aura donc pas la vie éternelle ?
. Et justement les musulmans
polémiquent :
- Dieu n'a pas de fils !
(Ce qui est vrai : Dieu n'a pas de fils comme nous en avons
nous-mêmes).
Ils disent aussi que Mahomet, par son « voyage nocturne » a
reçu une plus grande gloire que quiconque. N'est-il pas
écrit :
Gloire à celui qui a fait
voyager de nuit son serviteur de la Mosquée sacrée (La
Mecque) à la Mosquée lointaine (El Aqsa).
Et Mohammed a rencontré dans les ciels successifs Adam,
Jean-Baptiste et Jésus, Joseph, Énoch, Aaron,
Moïse et Abraham.
Et si nous rétorquons que la gloire de Jésus,
manifestée par les anges lors de sa naissance et de son
tombeau vide à sa résurrection est très
supérieure, nous sommes lancés dans le genre de
polémiques puérile des enfants dans les cours de
récréation :
- Mon grand frère est plus
fort que le tien !
.
Les Bouddhistes sourient et répondent que rien
de tout cela n'a d'importance ! Lorsque le Bouddha fit ses trois
rencontres fondatrices, d'un vieillard, d'un malade et d'un mort il ne trouva la paix que dans la
méditation sous l'arbre Bodhi où il fut
illuminé de l'« éveil ».
. Les agnostiques et les athées sont
réticents devant les affirmations doctrinales. On a
beau leur dire que nous ne les prenons pas à la lettre, que la
Naissance miraculeuse de
Jésus, son Ascension, sa
Résurrection corporelle ne sont que des images qui
désignent des réalités profondes, ils se
bloquent et jettent le bébé avec l'eau du bain.
Mais remarquons que l'ange n'est pas venu dire à
Élie : « C'est toi qui
as raison, c'est bien Yahvé qui est le vrai Dieu et non
Baal.. ». Il lui a la nourriture du pain et de
l'eau qui signifiait la force de se lever et de marcher, le courage
de vivre. Il témoignait de la présence
intérieure de Dieu en lui, en nous.
Dieu
intérieur
C'est la conception selon
laquelle Dieu est intérieur au monde, à
nous. Les théologiens disent : le saint Esprit. Ce n'est pas le Dieu de la Justice et de la Loi, ni
même le Dieu d'Amour. C'est
le Dieu de la Vie.
Paul Tillich disait :
Dieu est en nous, il n'est
pas sans nous, mais il est plus que nous.
Jésus-Christ était pleinement ouvert à cette
Présence créatrice de vie. Loin de catéchiser
ceux qu'il rencontrait et de leur enseigner la nature du vrai Dieu,
il leur révélait ce dynamisme créateur qui fait
marcher les paralysés et réhabilite les
prostituées.
.
Courage d'affronter la vie et ses
épreuves, ce qui est tout autre chose que
d'attendre passivement une intervention surnaturelle du Dieu du ciel.
C'est la vertu d'espérance.
.
On est capable de vivre si l'on croit
à la Présence créatrice de Dieu est en nous,. On
peut se lever et marcher, comme Élie l'a fait « quarante jours et quarante nuits
jusqu'à la montagne de Dieu ». C'est
l'attitude de foi
.
Esprit de
fraternité universelle, puisque évidemment,
les autres hommes, des autres Églises, des autres religions ou
même sans religion, reçoivent le même élan
vital que nous, qui monte de très profond et dépasse
notre entendement et nos espérances.
Esprit
d'écologie, puisque évidemment, les animaux et
tout ce qui respire dans la nature en est également redevable,
selon qu'il est écrit : Que tout ce
qui respire loue l'Éternel Psaume 150. C'est
l'amour.
Dieu n'est pas sans nous.
Élie a pu, dit l'histoire, « marcher quarante jours et quarante nuits
jusqu'à la montagne de Dieu » mais il a
d'abord fallu qu'il se lève et se mette en marche ! Comme
les Hébreux ont quitté l'Égypte et
traversé la mer Rouge. Comme le paralysé a « pris son lit et est rentré chez
lui » Luc 5.26
Cette parole n'est pas celle de l'espoir d'un miracle venu des
cieux.
Mais il est plus que nous.
Ce dynamisme créateur est plus que nous.
« il peut faire, par la puissance
qui agit en nous infiniment au delà de tout ce que nous
demandons ou pensons »
Éphésiens 3.20. Jamais Élie n'aurait
cru pouvoir« marcher quarante
jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de
Dieu ».
Il y a en nous plus que nous ne pensons. Un homme vaut plus qu'il
ne croit.
Ce dynamisme créateur et cette joie de vivre englobe les
autres êtres, nature, cosmos. Il nous entraîne dans le
grand fleuve de la vie que Dieu anime et où nous ne sommes pas
seuls.
Un animal a plus d'importance qu'on ne dit.
Tant il est vrai que nous pouvons, sur
ces bases, dialoguer avec nos enfants, nos parents, nos
contemporains de toutes les spiritualités car tout le monde
est évidemment concerné au plus haut point par le
désir universel de vivre.
Élie, avec la force que lui donna cette nourriture se
leva et « marcha quarante jours et
quarante nuits jusqu'à la montagne de
Dieu ».
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