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Défilé du 14 juillet 1919
Transmis par Christiane Guttnger



14 juillet 1919

 

Jeanine Fischbacher

15 ans

 

Extraits de son agenda intime
transcription par Pierrette faure

 

13 juillet 1919

C'est la Paix
Voilà tout fini nous sommes forts et grands. La cérémonie à Versailles fut magnifique. La revanche de 70. Les poilus fêtés tout cela c'est la Paix. Je ne veux pas écrire un article de journal mais je suis fière d'être Française.

Les illuminations sont belles pour les conditions actuelles. Le Bon Marché est en électricité. Dans les maisons des drapeaux des lampions qui vacillent dans la nuit. Des bandes joyeuses bras dessus-bras dessous chatant la Madelon. Tout le monde est heureux. Le 14 Juillet le retour triomphal des troupes sous l'arc de Triomphe ! Que de gens, mais quelle gloire !


Nous venons de passer une « grande » journée. Le retour des troupes sous l'arc de Triomphe. La décoration de l'avenue des champs-Elysées splendide, des mats blancs enguirlandés de lampes électriques, de banderoles multicolores, des drapeaux. Sous l'arc de Triomphe le Cénotaphe, monument aux morts, en plâtre doré mat, et partout des couleurs vives une impression de joie resplandissante. Au rond-point des Champs-Elysées : 4 grands monuments aux villes matyres. 4 autres placés sur les bassins commémorant les grandes batailles. Puis le mieux. Tous les canons boches qui étaient le long de l'avenue entassés en désordre, 2 énormes tas merveilleux signes de mépris de dégoût, surmontés par 2 coqs en or mat dressés fièrement. La place de la Concorde avec des mats rouges, toujours cordons de lampes banderoles. Autour des réverbères des abats-jours tricolores.

2 jours avant : une foule s'agite déjà regardant les décorations. Des provinciaux débarquent.
La veille : l'avenue est déjà bordée de 2 rangs de spectateurs qui passeront là, la nuit, dans des arbres enroulés dans des couvertures.

Nous nous réveillons à 4 heures. Je partirai avec Mathilde la cuisinière alsacienne qui ne sait pas se débrouiller. Impossible de traverser tant il y a de monde ; enfin devant le pont Alexandre III nous traversons ; dans l'avenue des Champs-Elysées sept à 8 rangs de gens qui attendent, des échelles, des planches sur des tréteaux des camions plats chargés de monde ; des papiers, de la poussière, parterre ; en haut un ciel clair qui annonce une journée splendide, au milieu le chaos de gens qui grelottent car il fait frisquet ce matin.

- Combien pour monter sur cette charrette ? » «
- 60 francs 
- Partons, c'est de la folie.
Voilà ce que l'on entend une foule de gens circule comme nous cherchant un petit coin « d'où on verra ».

Nous descendons jusqu'à la Concorde encombrée de gens qui attendent là serrés comme des harengs saurs.

L'attente terrible pendant 5 heures dans cette foule puante, efforcée de lutter contre ces gens qui vous poussent, vous tirent, vous donnent des coups de coudes.

Enfin on entend : « Les voilà ; les voilà ».
Et voici l'inoubliable procession qui s'avance.

Un détachement de « Cipaux » (gardes municipaux), en grande tenue pantalons de peau blanche et parments rouges. 20 mètres derrière « les chefs ».
Foch qui regarde à droite et à gauche, saluant, droit sur un cheval noir le bâton étoilé à la main.
Joffre affaissé ; vieux sur un cheval blanc, en petite tunique noire, l'air bonasse. Quelques généraux de l'état-major parmi lesquels je remarque PAU avec son crochet.
Castelnau très acclamé.

Et voici l'armée du Nouveau Monde :
Pershing à la machoîre carrée en tête ; et ces troupes d'hommes tous beaux et sains marchant d'une façon irréprochable les baïonettes des fusils faisant comme un ruban étincelant au soleil levant.
Quelle foule criante, des femmes qui ont des poumons assez résistants pour crier sans relâche d'une voix suraigue « Vive les Tommies !! » Les marins avec leurs petits chapeaux ronds sur la tête leurs blouses serrées et petites guêtres courtes et blanches. Crevants !!

Ensuite les bons gros Belges avec leurs habits d'un vilain kaki, engoncés dans leurs capotes longues ; ils ont l'air des petits enfants pauvres. Et tous ces drapeaux éfilochés. Que de cris dans cette foule !
10 minutes d'attente, qui est-ce ! Bien entendu nos bons Anglais ; avec leur flegme extraordinaire il ont un pas si lent que tous les soldats qui vont derrière sont tout le temps obligés de faire du sur-place.
La foule comprend et est ironique.

Un pas bien martelé au loin, les voilà ! Ce sont eux ! Braves Tommies de l'an derniers à Varengeville, trapus ou grands toujours dignes, sanglés dans des vareuses kakies ! Ils ont de magnifiques drapeaux grenats avec des broderies splendides. Les marins ont des chapeaux en pailles relevée tout autour comme ceux des enfants au Luxembourg.

E viva l'Italia !!
Diaz en tête, grès sympathique, puis les hommes cette jolie couleur gris verte de leur costume. C'est très curieux ils portent leurs fusils à bras tendus horizontalement. Des types très inégaux tous laids du reste pour la plupart et bruns, noirs presque.

Puis toutes les autres nations :
Grecs en pantalons courts et à mouchoirs noués sur la tête.
Portugais au casque gondolé.
Serbes à l'air farouche.
Polonais à l'Aigle blanc.
Siamois au chapeau pointu à la figure de marionnette.
Japonais petits et secs.
Roumains avec de belles têtes latines.
Hindous au turban et aux expressions indéchifrables.
Tous ces hommes défilent sous ce même ciel de la Concorde.

Enfin l'armée française elle-même !
Pétain en tête l'air gai et rieur. Puis l'infanterie aux fanions déchiquetés. tous les beaux gars de tous les endroits de France : grands et blonds ceux du Nord. L'oeil allumé ceux du Midi.
Et les trépignements et les cris augmentent quand les nôtres passent, artillerie, cavalerie, infanterie tout cela défile précédé par les généraux ; tous sont glorieux tous sont de noble sang ! Et ceux-là adorables Bicots sortis du soleil pour entrer dans le feu ! Quels grands rires larges ! Les Petits Fusilliers secs et beaux, aux drapeaux surchagés de décorations .
Mais que de femmes qui se trouvent mal c'est ignoble ! A chaque instant on en emporte à l'automobile ambulance de l'autre côté de la place. Un soleil enragé-tiendrai-je seule au milieu de ces gens ?
Ah ! Bah ! Marchons toujours comme eux. Et c'est ainsi qu'ils passent tous suivis par une procession de taulas : un officier est dressé sur chacun d'eux, émergeant à moitié, tenant un fanion à bras tendu.
Les Hurrahs assourdissent !

Enfin c'est fini.
Enfin et Déjà !
La rentrée est affreuse au milieu de cette foule qui oscile lentement dans un sens, dans un autre...
Ouf ! Me voici à la maison raffraichie et éblouie par toute cette gloire qui a défilé !!...

________________

 

Jeanine Fischbacher Écrits relevés des Cahiers qui étaient à Chinon, ou à Neuilly, respect de l'orthographe, même erroné et de la ponctuation
Cahier couvert papier gris-bleu : Au debut collage d'images et dessins enfantins paginé de 3 à 72 + 4 pages en
octobre 1918 - 28 Juin 1919

 

Cénotaphe sous l'Arc de Triomphe

Le cénotaphe de plus de 8 mètres de haut, en stuc sur structure en bois, les ailes de la victoire faites d'ailes d'avion, avait été monté sous l'Arc de triomphe pour la veillée du 13 juillet, puis périlleusement déplacé dans la nuit à l'entrée des Champs-Elysées par le génie, sur des rails, avec un tournant à angle droit, pour laisser place au défilé.
Transmis par Christiane Guttnger

 


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