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Athéisme

 

Gretta Vosper

pasteur de l'Église unie du Canada

 

 

traduction Gilles Castelnau

13 juillet 2019

Le mot « croyant » désigne des attitudes différentes et de même le mot « athée » couvre un large éventail de définitions selon ceux qui l’utilisent.

 

Les théologiens

Ils peuvent donner au mot « athéisme » le sens de récuser l’idée que le dieu que l’on nomme Dieu soit un être et qu’il soit surnaturel. Ils peuvent admettre une idée de Dieu mais non d’un Dieu intervenant dans les affaires du monde – soit directement, soit en changeant l’esprit des hommes afin qu’ils modifient leur attitude.

Dans mon premier livre, je me suis identifiée comme « non-théiste » (voir sur ce site). Mais je me suis rendue compte que certains « non-théistes » conservaient néanmoins l’idée que Dieu intervient et dans mon second livre je me suis qualifiée de « non-théiste théologique » pour signifier que je ne croyais pas qu’il y a un dieu là-bas qui ferait des choses.

Au bout de dix ans de ministère, malgré tout - et longtemps avant que j’écrive mon premier livre et que je sois identifiée comme athée – j’ai pris conscience que si je continuais à utiliser le mot « dieu », ma conception était incompréhensible pour les autres. Ma conception de dieu est celle d’une relation comme l’exprime la confession de foi de l’Église unie par les mots « Union d’Amour ». Je ne crois pas en un être mais je crois en la grande puissance de la communion humaine et au « dieu » qui en émane lorsque cette communion se réalise. Le « puissance de dieu » est la puissance présente à l’intérieur d’une relation humaine et non à l’extérieur.
Je n’utilise donc désormais plus le mot « dieu » car je veux avant tout être comprise.

 

Les humanistes

Ils se disent souvent « athées » pour bien montrer qu’ils ne se réfèrent pas à des doctrines religieuses mais à une vue scientifique de l’univers. Le mot humaniste est proche de séculier. La différence est qu’une pensée séculière peut admettre des croyances religieuses mais en les distinguant radicalement des conceptions scientifiques.
Les humanistes d’autrefois ont souvent utilisé ce terme pour se dire les plus avancés de toutes les sortes de vie de la planète. Mais ceux que je rencontre aujourd’hui ne sont pas aussi prétentieux et voient plutôt l’humanité comme faisant partie du grand flot de la vie.

 

Les athées

Les athées se partagent eux-mêmes en « radicaux » et « modérés ». Ils sont nombreux – Richard Dawkins lui-même (voir sur ce site) - à refuser de se dire « radicaux » car cela signifierait, pensent-ils, qu’ils « savent » de façon certaine qu’il n’y a pas de dieu. Dawkins dit que même ceux qui se disent croyants sont en fait des « athées modérés » car même s’ils sont fortement croyants, ils ne peuvent pas « savoir » si Dieu existe.

Je suis bien certaine que les croyants ne voient pas les choses ainsi, mais Dawkins prend l’avantage sur eux dans la mesure où la responsabilité de la preuve repose sur les croyants et elle est évidemment impossible à fournir.
Je suis personnellement une athée « modérée » : je ne trouve dans le monde aucune preuve de l’existence de Dieu. Mais, comme Dawkins, je ne me dis pas à « athée radicale » à cause justement de l’impossibilité de « savoir » de fait qu’il n’y a pas de dieu.

 

Définitions émotionnelles

Toutes ces définitions sont évidemment dans un style rationnel. Mais je pense que la manière de parler la plus commune est celle de l’émotion.
Pour diverses raisons – peur, colère, prétention – le terme d’ « athée » est souvent utilisé de manière péjorative. Je me suis publiquement déclarée athée longtemps après avoir écrit dans mes livres que je ne croyais pas en un dieu surnaturel, en un être capable d’intervenir dans les affaires humaines, mis c’est cette déclaration qui a provoqué une réaction violente dans l’opinion publique.

Même des collègues, pourtant habitués à la réflexion théologique, ont donné à mes paroles un sens tout à fait négatif, disant notamment que j’étais hostile à la religion. Ils passent à côté de mes idées les plus importantes et de ce que nous réalisons dans la paroisse de West Hill : nous nous attachons au cœur du message du christianisme libéral qui est : aimez-vous les uns les autres. Et nous nous efforçons de le faire sans langage religieux, en pensant à ceux qui veulent bien vivre d’amour mais sans parler de naissance miraculeuse, de la Bible Parole de Dieu, de Jésus sauveur du monde etc.

En refusant tout langage religieux nous accueillons d’une part les croyants qui peuvent s’en passer et aussi tous les autres, y compris les croyants d’autres religions.
Il ne faudrait pas que les réactions émotionnelles au mot « athée » détournent quiconque de notre recherche.
Mon choix de me dire athée est un acte de solidarité à l’égard de tous les hommes du monde qui encourent la mort pour la liberté d’expression. Certains sont assassinés au Bangladesh par des fanatiques religieux et sont, dans d’autres pays, emprisonnés pour leur position athée ou simplement humaniste.
Dans ma propre Église, la bigoterie qui s’est manifestée lorsque j’ai employé le mot d’athéisme, me renforce dans ma solidarité envers ceux qui se disent athées. Je n’arrêterai pas de lutter contre ces attitudes émotionnelles et en faveur d’une position plus respectueuse et rationnelle.

 

 

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