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Oscar Cullmann

  Un docteur de l’Église
1902 - 1999


 

Matthieu Arnold

professeur à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg


Édition Olivétan
136 pages - 14 €


recension Gilles Catelnau



10 juin 2019

Au milieu du XXe siècle, Oscar Cullmann qui était professeur de théologie à Bâle, à Strasbourg et à Paris, a été au centre de la réflexion de l’orthodoxie théologique de France. Certes la dogmatique de Karl Barth était l’incontournable référence mais on se reportait à Cullmann pour sa justification scripturaire et il faisait foi.

Matthieu Arnold nous le présente avec une très grande clarté et son livre intéressera tous ceux qui ont besoin de préciser leurs idées sur cette période qu’on vécue les plus âgés d’entre nous.

L’opposition entre la lecture orthodoxe de la Bible et la démythologisation libérale de Rudolf Bultmann – moins connue en France qu’en Allemagne - est largement présentée et nous en donnons ici plusieurs citations.
Les questions du baptême des petits enfants – que récusait Karl Barth -, la légitimité de la prière de demande, l’immortalité de l’âme ou la résurrection des morts, la lutte antinazie et l’engagement pour ou contre le communisme, l’explosion de l’œcuménisme avec le concile de Vatican II sont présentés de manière claire et très intéressante.

En voici des passages :

 

L’interprète du Nouveau Testament

 

L’eschatologie :
l’existence chrétienne entre le « déjà » et le « pas encore »

Parlant du Christ comme de l’ « événement central », ou du « centre » du temps, Oscar Cullmann ne veut pas dire qu'il sépare le temps en deux moitiés égales ; il entend signifier simplement que Jésus a introduit une coupure décisive, raison pour laquelle l’espérance chrétienne se distingue de la juive dont le poids porte tout entier sur le futur ; en Jésus-Christ, la phase finale de l'histoire du salut a déjà commencé, même si son plein accomplissement est encore à venir :

Pour le judaïsme, [...] le salut est placé dans l'avenir. [...] Au point de vue chronologique, l'élément nouveau apporté par le Christ à la foi du christianisme primitif est que depuis Pâques, le centre n'est plus situé, pour le croyant, dans l'avenir. Cette vérité est d'une portée immense. [...] Le centre du temps n'est plus l'apparition future du Messie mais un fait historique, déjà accompli dans le passé: la vie et l'œuvre du Christ. L’attente subsiste [...], comme dans le judaïsme. On continue d'attendre de l'avenir ce que les Israélites en attendaient [i. e., les miracles de l'ère messianique] ; mais là n’est plus le centre de 'histoire du salut ; ce centre est situé dès lors dans un événement historique accompli. Il est atteint, mais la fin est encore à venir. » (Christ et le Temps, p.57 et 59)

Oscar Cullmann, qui a rédigé sa thèse durant la Seconde Guerre mondiale, illustre son propos par une comparaison très parlante à son époque, et qui est demeurée célèbre : « Ainsi, pour prendre une image, dans une guerre, la bataille décisive peut avoir été livrée Au cours de l'une des premières phases de la campagne, et pourtant les hostilités se poursuivent encore longtemps. Bien que la portée décisive de cette bataille ne soit peut-être pas reconnue par tout le monde, elle signifie néanmoins déjà la victoire. Pourtant, la guerre doit être poursuivie pendant un temps indéfini jusqu'au "Victory Day". Telle est exactement la situation où le Nouveau Testament, une fois reconnue la division nouvelle du temps, a la conviction de se trouver : la révélation est précisément le fait de proclamer que la mort sur la croix, suivie de la résurrection, est la bataille décisive déjà gagnée. » (Ibid., p. 59)

Tout au long de son ouvrage, Cullmann s’emploie à montrer que l’espérance placée dans le futur est constitutive de la pensée du Nouveau Testament et donc de la pensée chrétienne, mais qu’elle prend sa source dans des « faits déjà accomplis pour notre salut », notamment la Croix. L’existence chrétienne est tendue entre le 'déjà' de la résurrection du christ et le 'pas encore', l'achèvement dans lequel « Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts rendra aussi la vie à nos corps mortels, par son Esprit » (Rm 8.11). Cette tension est l'élément spécifique du Nouveau Testament et de la foi chrétienne.

 

Une alternative à la théologie existentiale de Rudolf Bultmann

Pout Bultmann, ce ne sont pas seulement certains éléments du Nouveau Testament, tels que les miracles ou l’Ascension, qui sont mythologiques, mais l'ensemble de son discours ; on ne saurait donc reprendre tels quels ses énoncés, qui sont inintelligibles à l'homme contemporain : « On ne peut pas utiliser la lumière électrique et les appareils de radio, réclamer en cas de maladie des moyens médicaux et modernes, et en même temps croire au monde des esprits et des miracles du Nouveau Testament. » Toute la conception du monde du Nouveau Testament – sans même parler de l’Ancien - est mythique : le monde à plusieurs niveaux, depuis l'enfer jusqu'au ciel en passant par la terre ; l'intervention, dans ce monde, de puissances qui lui sont extérieures. De même, le message du Nouveau Testament est exprimé sous la forme de mythes : l'incarnation de Dieu en Jésus, la mort expiatrice de ce dernier, sa résurrection ou encore son retour à la fin des temps. « Si donc le message néotestamentaire doit conserver sa valeur, conclut Bultmann, il n'y a pas d’autre issue que de le démythiser. »

Cette conclusion montre tout ce qui sépare Bultmann de l’ancienne critique libérale, qui se donnait pour seule tâche d'éliminer le mythe pour en extraire des affirmations éthiques pérennes. Or, le mythe ayant, selon Bultmann, marqué de son empreinte la Bible tout entière, le supprimer reviendrait à renoncer aux Écritures. La démythisation (on parle aussi de 'démythologisation') ne consiste donc pas seulement à critiquer le langage mythique qui s’exprime dans la Bible, mais à l'interpréter pour retrouver derrière ce langage, la véritable intention du mythe.

[…]

Pour Cullmann, la démythologisation telle que l’opère Bultmann ne consiste pas en « une simple transposition du message chrétien dans notre langage moderne mais il s'agit d'une foi radicalement différente dans son essence même ». En effet, les catégories temporelles employées par les auteurs de la Bible ne sont pas un simple cadre ou un langage que l'homme du XXe siècle pourrait remplacer par un idiome plus adéquat, mais elles font partie de l’essence de la foi chrétienne, qui scandalisait déjà l'homme de l’antiquité.

[…]

Ainsi, en croyant débarrasser le message du Nouveau Testament de son cadre mythique, qui ne serait qu'un simple mode d'expression, Bultmann le viderait en fait de son contenu, l'histoire du salut, qui fait partie de sa substance même.

[…]


Qu'un événement historique qui s'insère dans l'histoire banale ait ainsi une portée décisive pour le salut du monde : voilà ce que l'apôtre Paul appelle la ‘folie’ de la croix. [...J que le salut soit une histoire, voilà la 'folie' pour la pensée grecque comme pour la pensée moderne. (Études de Théologie biblique, p. 138-139)

[...]

Oscar Cullmann estime aussi que, dans le message du Nouveau Testament, Bultmann s'intéresse à l'élément subjectif au détriment de l'élément objectif :

« La foi démythologisée dans la mort du Christ n'est donc pas une foi dans l'événement unique, mais dans l'invitation qu'il nous adresse à concevoir notre existence d'une manière nouvelle. Ce n'est pas la conviction que l'événement de Golgotha nous a effectivement placés dans une situation nouvelle, mais qu'il nous invite à reconsidérer notre existence. » (Ibid., p.137)

[…]

À maintes reprises, il lui a fallu préciser qu'il ne rejetait pas toute « démythisation » (il ne s’agit pas, par exemple, de prendre au pied de la lettre le récit des origines ou la manière dont Paul décrit la résurrection à la fin des temps), mais seulement celle qui touchait au noyau de la Bible et lui enlevait sa valeur historique

 

 

Le Nouveau Testament et la vie spirituelle du chrétien

 

Immortalité de l’âme ou résurrection des morts ?


Si la vie doit sortir de cette mort, cela n'est possible que par un « nouvel acte créateur de Dieu […], qui rappelle à la vie non seulement une partie de l'homme mais l'homme tout entier, tout ce que Dieu a créé, tout ce que la mort a détruit. » La résurrection est à la mesure de l'horreur inspirée par la mort, et comparée à elle, l'immortalité de l'âme est bien fade : « l’immortalité, ce n'est au fond qu’une affirmation négative : l'âme ne meurt pas (elle continue simplement à vivre). Résurrection, c'est une affirmation positive : l'homme entier, qui est réellement mort, est rappelé à la vie par un nouvel acte créateur de Dieu. Quelque chose d'inouï se passe ! En tant que nouvel acte créateur, qui concerne l'univers tout entier, cette résurrection ne peut pas survenir au moment de la mort individuelle de chacun, mais seulement à la fin des temps. Par cette affirmation, Cullmann s’oppose explicitement à Barth, selon lequel d'après Paul, la transformation du corps charnel a lieu pour chacun au moment de sa mort.

[...]


« La différence [avec la doctrine de l'immortalité de l'âme] demeure radicale : l'état des morts reste un état imparfait, comme le dit saint Paul, de sommeil, d'attente de la résurrection de toute la création, de la résurrection du corps ; et d'autre part la mort reste l'Ennemie qui, tout en étant vaincue, doit encore être détruite. Si les morts, même dans cet état-là, vivent déjà auprès du Christ, cela ne correspond nullement à l'essence, à la nature de l'âme, mais c'est la conséquence d'une intervention divine agissant du dehors par la mort et la résurrection du Christ, par le Saint-Esprit qui doit avoir ressuscité l'homme intérieur par sa puissance miraculeuse déjà durant sa vie terrestre, avant la mort. » (Immortalité, p. 169)

 


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