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La maison du rêve

 

pasteur Serge Soulié

 

blog

 

Ed. la Barre Franche
240 pages, 17 €

 

Recension Gilles Castelnau


22 avril 2019

Le pasteur Serge Soulié nous fait part de son expérience très vivante de pasteur-animateur de la Maison du Rêve. Indépendante mais en parallèle avec la paroisse protestante d’Aulnay en Région Parisienne, elle a représenté, dans les années 1970, une vie d’Église nouvelle et extrêmement intéressante. C’était l’époque ou l’État construisait des « villes nouvelles » (Marne-la-Vallée, Sant-Quentin-en-Yvelines...), où l’on s’interrogeait dans la mouvance de Mai 68, sur la manière dont l’Évangile pouvait s’incarner dans le monde moderne et inconnu qui surgissait.

La question qui se posait dépassait celle de la seule organisation du ministère des pasteurs et de la structure de l’Église : la Présence divine anime-t-elle, au-delà des seuls fidèles, tous les hommes et les femmes de bonne volonté, quelle que soit la manière dont ils vivent et expriment leur spiritualité ? Ne risque-t-on pas de voir l’Église se réduire à une peau de chagrin dans les décennies qui arrivent si l’on se borne à satisfaire, le dimanche, par un culte traditionnel les besoins d’une poignée de fidèles conservateurs ?

Serge Soulié montre d’abord les diverses facettes de ces questions fondamentales dans un dialogue religieux avec son frère sous le titre : « Un Dieu sans religion, pourquoi pas ? ». Puis il décrit dans une seconde partie la vie réelle qu’il a vécue à « la Maison du Rêve ».

En voici quelques passages qui montreront l’actualité de ces questions, encore brûlante aujourd’hui, alors que la Maison du Rêve est désormais fermée.

 

 

Livre I

Un Dieu sans religion, pourquoi pas ?

Avant-propos

Pour exister, les religions laissent croire qu'elles sont le dépositaire exclusif de la question du divin, elles seraient les seules à pouvoir affirmer que Dieu existe. Elles se comportent comme si elles étaient les seules habilitées à parler de lui.
L’expérience me conduit à penser que les religions occultent la réalité de Dieu par leur manière de s'adresser à lui comme celle d'en parler. Elles font écran à la réalité du divin tout en le transformant selon leur propre croyance et à leur convenance. Elles pensent savoir ce que Dieu veut, ce qu'il est, ce qu'il ressent et ce qu'il prévoit de faire. Elles disent connaître la teneur de ses jugements, le définissent selon leurs critères, n'hésitent pas à se substituer à lui.

 

 

La religion de demain

Renvoyer à Dieu l'inexpliqué, l'incompréhensible ou la chose espérée ne sera pas possible. La cause de toutes les causes sera à chercher au cœur du réel. Il n'y aura plus lieu d'allumer des cierges. Le Dieu de la religion renouvelée, n'entendra pas les prières et les suppliques qui lui sont adressées. Il ne sauvera ni ne condamnera. Il sera un espace habité par l'univers tout entier. Dieu sera l'âme du monde.

Dans la religion renouvelée, Moïse, Jésus-Christ, comme Mahomet ou Bouddha ne seront pas des Dieux mais des hommes pleins de Dieu qui conduisent à Dieu, chacun à sa manière, à l'exception du Bouddha puisqu'il n'y a pas de Dieu dans le bouddhisme. Ils seront les témoins de l'humanité pleine et entière voulue. par Dieu. Ils susciteront le désir d'acquérir une telle humanité. Ils seront témoins que c'est dans la réalité de tous les jours que nous trouvons Dieu. Ils entraîneront l’humain à voir en l'autre un frère à aimer, comme ils aimeront Dieu. Ils sont trop grands, comme l'affirme Nietzsche, pour être copiés. Ils sont inimitables. Ils ne peuvent qu’être bénis, loués et admirés, d'une admiration féconde bien loin de la fascination comme de la vénération.
Bien au contraire, ils rendent actifs, mettent en route et permettent à chacun de devenir ce qu'il est. « Deviens ce que tu es » dit le Zarathoustra de Nietzsche. Ces hommes, perçus comme les fondateurs des grandes religions, permettent à chacun de trouver sa voie. Ils favorisent la singularité, au détriment de la norme imposée par les religions qui n’ont pas su être fidèles à leurs fondateurs.

[...]

Pour clore ces entretiens je dirai que là où la religion dit aujourd'hui « ayez confiance en Dieu », la religion renouvelée dira : « ayez confiance en la vie ». Ceci suppose que Dieu soit la Vie comme il est l'Amour, et non un personnage imaginé extérieur au monde. Avoir confiance en la vie, c'est l'accepter telle qu'elle se présente, non pour la subir et ne rien changer, mais pour y agir de l'intérieur, y compris lorsque la situation est difficile.

[...]

La vision de Dieu, telle que la propose Spinoza, n'autorise pas une prière de demande, Dieu n’étant pas un être qui puisse distribuer des réponses. Tout est déjà donné dans la nature, autrement dit en Dieu, demander ne sert à rie, l'exaucement ou non exaucement sont déjà contenus dans la nature. La demande est vaine. J’ai assisté à un culte où le pasteur, avant de commencer l’intercession, a précisé qu'il ne s'agissait pas de demander à Dieu quelque chose, mais de s'ouvrir, par cette prière, à tout ce qui se passait dans le monde, afin de nous engager quand c'est possible. J'ai trouvé cela très malin et pertinent.

 


Ce que le protestantisme m’a apporté

Il m a fallu atteindre la cinquantaine pour oser dire non à ce Dieu théiste, dictant sa loi, campé dans un super personnage, situé au-dessus de nos têtes pour mieux nous contraindre, nous obliger et nous punir, un Dieu demandant supplications et louanges, pour enfin oser découvrir un Dieu situé en tout et partout, m'enveloppant depuis tout ce qui existe, un Dieu qui ne demande rien, un Dieu que je comparerai volontiers à l'air respiré, indispensable à la vie, un air qu'il est possible de renouveler et rafraichir. Un air qu'ii n'est nullement besoin d'implorer pour qu'il entretienne le souffle, autrement dit la vie, un air qui ne vous abandonne jamais pourvu que vous le laissiez entrer.

 

 

 

Livre II

La Maison du Rêve

Les quatre actes

Naissance
Notre première démarche fut de demander au secrétaire général de la mission populaire des conseils pour mettre en place cette présence protestante. Son propos fut radical. Il nous dit en substance :
« vous n'êtes pas des radars à protestants. Votre but n'est pas de chercher à rassembler les protestants présents ici, encore moins d'en faire de nouveaux. Votre but premier est d'entrer en contact avec tous ceux pour qui la réalité de la vie est dure. Vous évaluerez alors les besoins les plus criants, et vous chercherez des solutions, en mettant dans le coup ceux qui voudront travailler avec vous, qu'ils soient croyants ou pas. Débarrassez-vous de tout esprit de prosélytisme. Être témoin de l'Évangile, ce n'est pas ramener des gens à sa religion, c'est les aider à se débarrasser de leurs chaînes : l'ignorance, les dépendances, les conflits familiaux... Regardez le Christ, il ne cherche pas à ramener ceux qu'il rencontre à la synagogue, il les libère de leurs maux pour qu’il retrouvent la liberté et puissent faire leur choix. »

 

L’église autrement

Le premier point est de transformer les lieux de rencontre en lieux de vie. Dans certains cas le point de départ peut être le temple. Ceci demande des aménagements considérables. Ces lieux doivent en effet comporter une grande salle polyvalente, vitrée et ouverte sur l'extérieur, plusieurs petites salles, un salon, et une cuisine pour la convivialité ; et des bureaux de travail et d'accueil.

[...]

Ces lieux de vie doivent, de par leurs activités, intéresser tout le monde, croyants ou pas. Les protestants pourraient être les premiers intéressés, ils ont là un rôle important à jouer malgré leur petit nombre, à condition bien sûr qu'ils viennent là, non comme protestants donateurs, mais parce qu'ils ont des choses à y découvrir. Le centre des activités ne sera ni le culte, ni les études bibliques ni la réunion de prière mais tout simplement les questions qui se posent individuellement et collectivement. Au moment où j'écris, et à la suite des gilets jaunes, on s'interrogerait sur la démocratie, le référendum, la distribution des richesses, il y a de quoi faire.

Les connaissances de chacun seraient partagées. Il ne s'agit pas de faire venir des « pontes » sur ces sujets comme nous le faisons d'habitude mais plus simplement d’ouvrir les portes et permettre à chacun de prendre la parole. Imaginons que ces lieux de vie deviennent des ronds-points ! nous serions alors en route vers le renouvellement de l'Eglise, à condition toutefois que les propos malséants, parfois dangereux, entendus sur les ronds-points puissent disparaitre, par la formation des uns et des autres à travers des échanges, des informations sérieuses et des actions revendicatives ciblées et cadrées comme nous l'avions fait à la Maison du Rêve concernant le droit à l'avortement et l'abolition de la peine de mort.

Les activités dans ce lieu de vie doivent être très variées et couvrir les champs de la réflexion, de la créativité, de l'engagement, de la spiritualité. A ce sujet, ce sont les questions élémentaires qui doivent être reposées : qu'est-ce que Dieu, existe-t-il ? Où allons-nous après la mort, la prière est-elle utile ? Dans ce lieu de vie, les gens devraient pouvoir y être écoutés et entendus, y compris lorsqu'ils n’ont pas envie de parler

[...]


La question n'est pas de savoir comment l'Église protestante pourrait redevenir vivante, mais comment l'esprit de la Réforme pourrait animer tout notre peuple, et pas seulement celui qui se réclame du protestantisme. Dans une période entièrement régentée par l'Église, où dogmes, doctrines et rites faisaient loi, la Réforme a ramené chacun à la réalité de la vie. L’économie comme la vie sociale, culturelle et politique s'en sont trouvées dynamisées. Dans ses paroles et gestes, Jésus n’a-t-il pas fait passer la réalité de la vie avant les préoccupations religieuses ? N'est-il pas à l’origine d'une transformation générale de la société ?

[...]


Oser laisser de côté nos croyances et nos confessions de foi. Nous pensons qu'elles sont le fondement de l'Église, telle la conception de Dieu sous forme trinitaire par exemple, ou encore l'idée selon laquelle la Bible est une référence exclusive. Celle-ci est certes fondamentale, et nous devons faire passer sa lumière sur les événements de la vie. Pour autant elle ne dicte pas ce que doivent être nos faits et gestes, qui ne peuvent que s'adapter à la situation du moment.

 


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