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Larges extraits

 

The Truth of the Christian Fiction : Belief in the Modern Age

 

 

Donald E. Miller

professeur de religion à l'Université de Californie du Sud

 

22 novembre 2007
Nombreux sont les protestants libéraux et les catholiques
que le christianisme laisse désormais perplexes et qui s'éloignent de leur Église. Cette attitude a sans doute plusieurs causes, mais la réflexion théologique y est certainement pour quelque chose.

Les textes du Nouveau Testament sont, bien sûr, à mes yeux, fondateurs de la foi et de la pratique chrétiennes. Mais ils sont néanmoins des « élaborations humaines », créations d'une communauté aux prises avec des problèmes de foi et de compréhension. Je ne pense pas non plus que nos credo et nos formulations liturgiques décrivent Dieu ou la Réalité fondamentale de manière objectivement parfaite. Ce qui n'empêche pas le christianisme d'être vrai.

Le fait de dire que la formulation du christianisme est une élaboration humaine et que cela ne l'empêche pas d'être vrai peut sembler paradoxal. Cette affirmation s'éclaire si l'on opère une distinction entre la « forme » et le « fond ».

Toute expression théologique a forcément une « forme » symbolique ou métaphorique. Ces symboles et ces métaphores sont des « fictions » qui ne peuvent prétendre décrire Dieu exactement mais qui, pourtant désignent en vérité son « fond ». La « forme » a de la valeur lorsqu'elle est transparente et fait apparaître le « fond ». L'erreur des fondamentalistes est de penser que la « forme » est identique au « fond ». Distinguer la forme et le fond permet de reconnaître le rôle de l'homme dans l'élaboration de l'expression religieuse sans le dénigrer.

 

Le processus de chosification

L'esprit humain qui est limité ne peut évidemment jamais parvenir à élaborer une doctrine religieuse qui exprimerait de façon parfaite le Mystère ultime. Mais il peut atteindre la personne de Jésus qui lui était transparent. On appelle chosification le processus - très courant - par lequel un concept religieux est traité comme s'il était identique à la réalité qu'il désigne,  comme si son origine humaine était confondue avec une origine divine.

C'est le cas de la doctrine de l'inspiration de la Bible. Au moment où ils écrivaient, les auteurs de la Bible ne s'imaginaient certainement pas qu'il produisaient une « Écriture sainte ». Ils écrivaient une lettre à des amis, envoyaient des conseils à une Église, rapportaient des événements ou dégageaient la signification de leurs expériences.

C'est à partir de ces remarques qu'il faut comprendre les textes de la Bible ainsi que les credo et les dogmes chrétiens, qui reflètent les préoccupations sociales, politiques et psychologiques de leurs auteurs et des communautés dans lesquelles ils ont pris naissance. Parler de « forme », d' « élaboration humaine » ou de « fiction » n'est pas un dénigrement mais simplement rendre compte de la manière dont les choses se sont passées.

On ne peut parler du Sacré, de l'Absolu qui dépasse notre compréhension humaine qu'avec des symboliques, des métaphores et des mythes. (Un mythe est un récit rédigé de manière à faire prendre conscience du cosmos et du sens de l'existence).

Le culte est aussi fait de symboles concrets et architecturaux : le goût du pain de la sainte cène, celui du vin, l'atmosphère créée par les couleurs des vitraux, les vêtements du prêtre ou du pasteur, tout contribue à élever les pensées au-dessus du monde profane de tous les jours. Notre sommes à la fois chair et esprit et le culte fait appel à tout notre être. Bien entendu la tentation est toujours de chosifier ces symboles, de les idolâtrer en les identifiant à la réalité qu'ils désignent, alors qu'ils ne sont que les produits de notre savoir-faire.

On peut très bien, sans hypocrisie, réciter les credo, communier, apprécier les symboles du bâtiment de l'église, puisque rien de tout cela n'est sacré en soi.

L'importance des « forme » ecclésiales n'est pas qu'elles soient divines mais qu'elles conduisent au sacré, qu'elles désignent, au delà d'elles-mêmes, la Réalité fondamentale dont elles tirent la puissance qu'elles ont à nos yeux.

Trop de gens ignorent cette différence qu'il y a entre les représentations de Dieu et Dieu lui-même. Ils se trompent en croyant perdre la foi lorsqu'ils prennent conscience que les différentes « forme » ont été élaborées par l'esprit humain, alors que ces symboles contiennent effectivement une Réalité qui les dépasse, évidemment infiniment.

Au fond, on ne peut pas se passer du culte, de la vie de l'Église, de leurs symboles et de leurs mythes car on ne peut pas vivre de la vie de Dieu dans l'abstrait. Mais on peut y avoir une pensée adulte.

 

Traduction Gilles Castelnau

 

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