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Le protestantisme français


La belle histoire

XVIe-XXIe siècle

 

Patrick Cabanel

directeur d’études à l‘École pratique des hautes études

 

Edition Alcide
160 pages – 35 €

 

Recension Gilles Castelnau


4 avril 2019

C’est un très beau livre d’art que nous propose Patrick Cabanel, le prestigieux historien du protestantisme. De grande taille (24 x 30 cm) sur du beau papier glacé, les textes qui sont partagés en 57 chapitres en sont agréables à lire. Et surtout leurs très nombreuses illustrations, collectionnées dans les nombreux musées protestants de France et de Suisse sont souvent très originales et curieuses.

Patrick Cabanel dans son introduction dit que son intention a été de réaliser l'album d'un musée idéal du protestantisme.
Nul doute que le lecteur conviendra qu’il y a réussi.

Voici quelques unes de ces illustrations ainsi que deux textes à titre d‘exemples.

 

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Au commencement étaient Luther et Melanchton



Lucas Cranach dit le Jeune. Portrait de Martin Luther. 1546

 

 

Guerres d’images



Luther en enfer
. Vers 1700-1730 ( ? )

Luther chevauche un monstre ; escorté par des démons, il fait une entrée triomphale dans la grotte au fond de laquelle se trouve la gueule d’enfer. Un petit démon à chapeau rouge boit à sa santé. Un homme porte un panier plein de livres (les livres du réformateur ?). Un porte-drapeau brandit les mots : « VIVAT MARTINUS LUTHER ». Un démon voltigeant présente un livre ouvert, sur lequel on peut lire : « OMDATHY GODTS WORT HEEFT VERKERT / WORDT HY SOO VERHEEFT » (parce qu’il a détourné la parole de Dieu, il est ainsi détruit)

 

L’invention des temples



Temple de Lyon, nommé Paradis
, attribué à Jean Perrissin

On voit plusieurs scènes : le pasteur porteur d’une longue barbe, la tête couverte, prêche, un livre ou des papiers à la main, un sablier à ses côtés ; au pied de la chaire, des enfants ou écoliers étudient leur catéchisme ; un couple s’apprête à recevoir la bénédiction du mariage, tandis qu’un autre, à gauche, vient faire baptiser un enfant ; les femmes sont assises au centre, les hommes sur les bancs de côté, ou bien dans la galerie, comme il était d’usage, mais la séparation n’est pas encore absolue. A noter la présence d’un chien au cœur de l’espace.

 

Violences urbaines, l’atroce printemps 1562



Massacre de Vassi fait le 1 mars 1562

 

Peindre contre la révocation



Allégorie sur la révocation de l’édit de Nantes
, Louis Chéron

Selon les commentaires laissés par A. André, le roi Midas aux oreilles d’âne serait Louis XIV, entouré de Mme de Maintenon (en rouge), de Pellisson (le doigt levé), du prince de Condé (en Minerve, retenant le bras du roi), de Louvois en chameau à tête de lion.
Sous la comtesse de Marsan (nue, le bras gauche tendu), les trois têtes de fauves seraient celles du cardinal Fürstenberg (le renard rouge), de l’abbé du Chaila (en tigre assoiffé de sang), et du maréchal de Berwick (en hyène), Colbert est à moitié caché derrière la comtesse.
La grenouille blanche est Bossuet ; la harpie jaunâtre et barbue, l’intendant du Poitou Marillac.
L’homme nu aux yeux bandés incarne la brutalité aveugle du maréchal de Boufflers.
Au centre, le monstre à torse d’homme et pieds et doigts de serpent est Basville, l’intendant du Languedoc, enlevant aux huguenots jusqu’à leurs derniers vêtements (le tableau situé au-dessus de lui représente l’orage du fanatisme détruisant la prospérité de la France).
Mais Basville est impuissant comme l’ensemble du groupe royal à l’agressivité surexcitée ; des chaînes brisées gisent au sol et, sous la protection de Mercure, Dieu du voyage et du commerce, et de la Vérité (nue) (selon André, cette femme est la compagne de l’homme), le huguenot, dans une dignité presque sereine, quitte la France, emportant avec lui « la force, l’activité et les bonnes mœurs. »

 

 

Des écoles protestantes à l’école laïque

 

Le lien entre la Réforme et le livre, la lecture, l'école, est bien connu. [...] Le retour à la liberté religieuse a vu la fondation, en 1829, de la Société pour le développement de l'instruction primaire parmi les protestants de France (SEIPP), qui va œuvrer pendant plusieurs dizaines d'années pour la création et le développement d'écoles protestantes privées puis communales. C'est en effet la caractéristique de l'enseignement régi par les lois Guizot (1833) et Falloux (1850) que de reposer sur des écoles publiques confessionnelles.

La SEIPP a créé et soutenu 1100 écoles jusqu'en 1880 - au total, à cette date, le protestantisme français aurait possédé environ 1600 écoles, dont un millier de communales (dont il n'avait plus à prendre en charge les frais de fonctionnement).
Un exemple classique est l'école de filles d'Orthez, dirigée de 1841 à 1886 par Zéline Reclus, l'épouse du pasteur de l'Église libre et mère des frères Redus, les géographes.
Des « écoles modèles » ou « cours normaux », destinés à former instituteurs et institutrices protestants, sont fondés de 1822 à 1841 à Glay (Doubs), Montbéliard, Mens (Isère), Dieulefit (Drôme), Nîmes (Gard), Châtillon-sur-Loire (Loiret) ; un peu plus tard à Courbevoie (550 instituteurs formés de 1846 à 1887) et Boissy-Saint-Léger (635 institutrices formées de 1858 à 1927).

Dans certains départements « mixtes », Drôme, Ardèche, Lozère, les protestants sont surreprésentés dans les premières promotions des écoles normales publiques, ce qui a pu agacer les conseils généraux. L'enseignement secondaire à destination des élites comprend divers établissements privés, pour garçons et pour filles, notamment dans le Sud-Ouest (Sainte-Foy-la-Grande et Nérac), à Paris (école Duplessis-Mornay, École alsacienne après 1870...), à Strasbourg (Gymnase Jean Sturm). Les deux derniers nommés existent toujours. La lame de fond de la laïcisation dans les années 1880 a emporté le système protestant d'enseignement.

La plupart des responsables, des pasteurs et des parents ont accueilli la laïcité avec reconnaissance et confiance : elle soulageait le petit protestantisme de l'effort financier qu'il devait fournir pour soutenir ses écoles, et surtout elle offrait aux enfants, sur tour le territoire, la garantie de neutralité et donc d'égalité véritable.

Parmi les dirigeants de la nouvelle école laïque, dans la garde rapprochée de Jules Ferry, on sait que des protestants ont joué un rôle fondamental. Ferdinand Buisson, ancien théologien libéral, auteur du monumental Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (1877-1884), cette « cathédrale de l'école primaire » (Pierre Nora), dirige l'enseignement primaire de 1879 à 1896, à une époque où ce poste est probablement le premier de France dans l'ascension de la République et de tour un peuple. L’ancien pasteur et théologien libéral Félix Pécaut est inspecteur général et « directeur des études », sur la même période, de la nouvelle École normale supérieure de jeunes filles de Fontenay-aux-Roses, ce « Port-Royal laïque » d'où sortent les directrices et enseignantes des écoles normales destinées à former les institutrices : il devient en quelque sorte la conscience de l'école laïque.

Mme Jules Favre, fille de pasteur, auteure d'ouvrages sur la morale des Anciens, joue le même rôle à l'École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres, qui forme les cadres des nouveaux lycées de jeunes filles. Pauline Kergomard, née Reclus, a la haute main sur les écoles maternelles.
Un converti au protestantisme, Charles Renouvier, donne un fondement philosophique kantien à la morale laïque.
Et ce sont un ancien pasteur, devenu inspecteur général, Jules Steeg, ou la philosophe Mme Coignet (une convertie), qui rédigent quelques-uns des premiers manuels de cette morale.

D'autres protestants, Suzanne Brès, collaboratrice de P. Kergomard, ou Antoine Chalamet, descendant d'un pasteur ardéchois du Désert, ont publié d'autres manuels très répandus. Cette rencontre décisive entre la minorité protestante et la République et l'école laïque propose une forme d'énigme statistique et historique : ou comment, à un moment de crise (de mue) fondatrice, les élites d'un groupe infinitésimal ont pu peser sur le destin national.

 

 

Franc-maçonnerie, l’alliance historique

On connaît peu, en France, les origines protestantes de la franc-maçonnerie. Ce sont pourtant deux pasteurs, le calviniste écossais James Anderson (vers 1678-1739) et l'anglican Jean-Théophile Désaguliers (1683-1744), fils d'un pasteur de La Rochelle réfugié en Angleterre à la veille de la Révocation, qui œuvrent à la fondation, en 1717, de la Grande Loge de Londres et de Westminster, et qui rédigent en 1721 les Constitutions of the Free-Masons, un ouvrage édité en 1723, traduit en plusieurs langues, et tenu pour fondamental jusqu'à nos jours sous le nom de Constitutions d'Anderson.

Le premier chapitre des Devoirs déclare qu'un maçon ne sera jamais « un athée stupide, ni un libertin irréligieux » et qu'il est obligé d'obéir à la loi morale: chacun doit se soumettre à « cette religion en laquelle tous les hommes s'accordent » - l'historien Daniel Ligou évoque un christianisme latitudinaire. Le Grand Orient de France devait préciser ce déisme dans une formule fixée en 1854 seulement : « La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive a pour base l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme ».
JI n'y a rien là qui pouvait blesser les Églises chrétiennes : et dans les pays de culture protestante, surtout en Grande-Bretagne, en Hollande, aux États-Unis, la franc-maçonnerie est restée jusqu'à nos jours spiritualiste, libérale, volontiers interconfessionnelle, et a pignon sur rue (ses temples, monumentaux aux États-Unis, n'ont jamais été cachés à la vue du public et relèvent d'une architecture inconnue en France).

En revanche, dans les pays de culture catholique, et après une première période de coexistence qui a vu des membres du clergé entrer dans les loges, une grave rupture est intervenue entre deux institutions qui se sont livré une guerre sans merci. C'est un trait majeur de la « guerre des deux France », par exemple, que la lutte entre maçons et catholiques autour de l'État, de la loi, de la laïcité.

Rome avait interdit dès 1738 la double appartenance, et la synthèse maurrassienne, au début du XXe siècle, typiquement complotiste, a réuni dans le mythe des « quatre États confédérés » maçons, juifs, protestants et « métèques ».

Le régime de Vichy a cherché à frapper au cœur la maçonnerie, archétype des « sociétés secrètes » détestées. La caricature antimaçonnique s'est déchaînée, n'avant d’égale que la caricature anticléricale issue des rangs maçonniques. Les protestants français ont eu à l'égard de la maçonnerie une attitude doublement sympathique. À l'instar de leurs coreligionnaires européens, ils en appréciaient le spiritualisme.

Des étudiants en théologie au séminaire de Lausanne, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, dont un Antoine Court de Gébelin et un Rabaut Saint-Étienne, se sont fait initier dans l'« Ordre de l'Étoile », un groupement paramaçonnique à l'existence éphémère, et ont pu rapporter les principes maçonniques dans les villes et bourgs où ils ont exercé leur ministère ; les loges de province étaient fondées ou fortement fréquentées par la bourgeoisie protestante française ou étrangère établie dans des villes comme Bordeaux (loge L'Anglaise, 1732), La Rochelle, Marseille. La carte de la France protestante a été en partie celle de la France des loges, de Montauban à Sedan, d'Orthez ou du Mas d'Azil à Valleraugue.

Le phénomène s'est prolongé tout au long du XIXe siècle, et il n'était pas rare de trouver des pasteurs membres des loges, parfois même leurs vénérables. La commission de 9 membres chargée par le Convent (parlement) du Grand Orient, en 1877, de se prononcer sur la suppression des formules de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme, comptait deux pasteurs, François Corbière (Agen) et le Gardois Frédéric Desmans - futurs sous-préfet et député respectivement. C'est Desmons qui prononce le discours au terme duquel le Grand Orient choisit de se « laïciser » et qui en devient l'un des hommes forts : il préside à dix reprises le Conseil de l'Ordre.

Si autant de protestants, au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe, ont adhéré à la franc-maçonnerie, c'est aussi pour une raison plus sociologique et politique : dans bien des villes sans tradition protestante, et où il était difficile à un réformé d'obtenir ses entrées dans la bonne société, la loge offrait un espace de sociabilité, où fonctionnaires, industriels, commerçants protestants pouvaient retrouver des collègues.

Un phénomène comparable a joué pour les juifs, ce qui en retour a accru la surreprésentation des deux minorités dans la maçonnerie, et achevé de la rendre détestable aux yeux de la droite cléricale. Il est vrai que ces groupes ont objectivement coopéré dans l'établissement d'une République laïque... Aujourd'hui encore, les loges continuent à accueillir en leur sein une minorité protestante non négligeable - le monde évangélique, en revanche, est très réticent.



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