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L'inter-dit de Gn


Isabelle Pierron

pasteur de l'Église protestante unie


29 mars 2019

Il faut cesser de parler de péché et de chute de l’humain en lisant les premiers chapitres de la Bible Ces mots n’existent pas dans le vocabulaire biblique hébraïque Alors débarrassons nous en ....

Il y a aussi de nombreuses interprétations des textes bibliques Comme toute interprétation il y a subjectivité, et orientation en fonction des connaissances de l’interprète, et de ses choix

De nombreuses interprétations accusent Eve et donc les femmes, oublient le silence ou l’absence d’Adam. Ces lectures traditionnelles sont à remettre vivement en question. Chacun sait que l’homme et la femme n’ont pas la même conscience ou appréhension de nombreuses choses de la vie

Les lectures traditionnelles sont profondément marquées par les sociétés patriarcales du contexte biblique et vivement marquées par les philosophes grecs des 4 siècles avant Jésus qui ont violemment réduit la femme à peu de choses.

Ces premiers chapitres parlent de nous, chacun de nous, de notre humanité Les questions : qui suis-je ? Doù je viens ? Ou vais je ? Sont importantes

Essayons de les interpréter avec de nouveaux regards Celui de la foi en l’Eternel qui ne rejette pas la moitié de l’humanité Celui de la femme d’aujourd’hui qui sort doucement du carcan masculin Celui du lecteur qui croît que les auteurs bibliques ne sont pas seulement hommes, mais témoins inspirés d’un dieu nouveau

Quand Gn 2 nous dit que l’adamah, mâle et femelle, devient vivant c’est après le don du souffle Ce qui signifie que nous ne sommes pas que corps, que terre, que poussière L’auteur biblique nous dit que notre vie vient d’un ailleurs, qu’il nous est donné À nous de le recevoir pour vivre selon la Bible : avec l’autre, pour l’autre, parmi les autres

La vie ne nous est-elle pas donnée ? Avez vous choisi les talents qui sont les vôtres ? La couleur de vos yeux, votre taille et votre intelligence ? Non, tout cela a été donné à chacun d’entre nous D’où la nécessité de l’humilité et de la reconnaissance .... surtout si nous sommes gâtés !

Revenons à la Bible Une parole est donnée à l’Adamah, alors même qu’il est encore mâle et femelle sans distinction. Cette parole est un un « inter-dit » qui n’a pas le sens d’aujourd’hui ... un « inter-dit » ici c’est la parole d’un JE à un TU Ce Je est le donateur du souffle, le Ruarh, l’Esprit que nous appelons à tort dieu, puisque Dieu est un mot qui vient du grec théosophique et qui n’a rien à voir avec le 1er Testament

Entre parenthèse, nous ne devrions jamais traduire les noms de l’Eternel Il en a beaucoup en fonction de ce qu’il fait Pour le rabbin Delphine Horwiller l’Eternel ne se définit que par ses actes en faveur de l’humanité : le libérateur, le Juste, le miséricordieux etc ...

Cet « inter-dit » est une parole donnée par l’un à l’autre. Si nous faisons le pari que l’Eternel est le libérateur, le Juste, le Bon, cette « inter-dit » est bon à recevoir Quel est-il ? Je suis moi et tu es toi, je ne suis pas toi, tu n’es pas moi

Je suis Autre que toi et tu n’es pas moi, tu ne seras pas moi Accepte cette limite, cette fragilité Ne te laisse pas berner par la convoitise et la jalousie

Je suis Esprit, souffle, rouah, toi tu es glébeux, adamah, poussière

Cette parole du Souffle met en avant que l’humain va ressentir un manque Ce manque peut devenir désir de vie ou de mort À lui de choisir

Adam et Eve sont ici égaux : ils mangent tous les deux du fruit qui n’est pas pour eux Eve par curiosité, Adam par paresse ou lâcheté Chacun devant le Souffle dira : ce n’est pas moi, c’est l’autre,

Difficulté d’assumer ses actes : la responsabilité : répondre de ses actes Difficulté d’assumer ses erreurs, de s’être trompé Facilité à se décharger sur autrui Ici le fauteur de trouble est la voix du serpent, cet autre qui, dans la Bible, est l’ennemi de l’Eternel et brouille le chemin vers Lui

Une manière de parler de ce mauvais esprit pour les auteurs bibliques Ce mauvais esprit est la petite voix humaine de la convoitise, de la jalousie qui veut nous faire croire que nous sommes le TOUT de notre vie, que nous n’avons pas besoin des autres ni de leurs dons

Le récit continue en donnant d’autres récits explicatifs

Plusieurs explications Dont une assez négative et une plus positive pour ... Eve...

Il est écrit que Eve pense avoir fait un homme-CaIn avec l’Eternel La femme ici se prend pour une égale du JE qui lui a parlé puisqu’elle a mangé la « différence », elle est maintenant comme LUI, Donc elle a un enfant/homme avec lui Où est passé Adam ? Évacué, oublié par Eve ? Inexistant dans le couple, la paternité ? Se sent pas capable de lutter avec l’Eternel aux yeux d’Eve ?

Est ce que Eve a choisi l’Eternel comme père pour Caïn par absence d’Adam dans la paternité et le couple ou est-elle parie dans cette voie seulement par convoitise ?

Un des traits du judaïsme apparaît ici : dans le judaïsme, on est juif par sa mère car on est sur que d’elle ... ce qui met en doute la fidélité des femmes envers leur conjoint

N’oublions pas que les auteurs bibliques sont TOUS des masculins, qui vivent dans une société patriarcale de domination des femmes, réduites au service de la maternité et de la domesticité.

Si nous poursuivons Nous entendons Eve dire à Caïn : je t’ai fait fait avec l’Eternel et j’ai ajouté Abel Elle ne dit pas ... ton frère Et elle ajoute ... Quelque chose donc manque à Caïn....

Ou bien le récit biblique nous dit ceci, très différent : Eve quand elle conçoit son enfant, associe l’Eternel à cette conception pour que cet enfant soit aussi fils de l’Éternel et reçoive son souffle, qu’elle va appeler Abel Ce qui donne à entendre que les femmes ont conscience de ne pas donner la vie, seule, mais de la transmettre, de la porter, au nom d’un Autre. L’enfant recevra un corps et un esprit, don de la vie, dons que la femme porteuse ne choisit pas.

Caïn va donc vivre en croyant, selon les dires de sa mère, que l’Eternel est son père Adam là encore est absent Alors quand le moment de l’offrande arrive, Caïn veut TOUT le regard de l’Éternel pour lui, il n’accepte pas le partage, la cohabitation avec Abel devant l’Eternel

Si l’auteur biblique insiste en disant : l’Eternel voit l’offrande d’Abel, cela peut avoir plusieurs sens Caïn aveuglé par la jalousie ne voit que ce regard et oublie de voir que l’Eternel le regarde aussi,

C’est le propre de la jalousie d’aveugler le jaloux sur le réel de sa vie Le jaloux vit dans le mensonge qu’il construit sur lui et sur les autres Comme il veut tout, il ne voit que ce qui est donné aux autres et donc pas à lui Le jaloux ne se contente pas dans son aveuglement de refuser l’autre, les autres, il refuse aussi les dons Puisqu’il croît être TOUT, il n’a pas de manque, il n’a pas besoin des autres ni des dons

Caïn ici refuse de voir qu’il a reçu Abel comme souffle dans sa vie Le récit tente de nous faire comprendre que nous vivons de chair et d’esprit Et que cet esprit vient d’ailleurs Le jaloux n’en veut pas, il n’en a pas besoin

Il vit le moment de l’offrande de manière très terre à terre Aveuglé par la jalousie il compare les offrandes matérielles En oublie le geste et sa signification : dire merci à l’Eternel Caïn ne veut pas de cet autre qui lui soufflerai une autre manière de penser, de croire, de vivre Il veut tout savoir, tout avoir, tout contrôler, tout maîtriser

Et comme tous les jaloux enfermés dans leur aveuglement Caïn n’entend pas, n’écoute pas autre chose que lui-même Quand l’Eternel lui parle, Caïn ne répond pas.

A-t-il seulement écouté la parole de l’Eternel, « l’inter-dit » : tu n’es pas obligé d’agir ainsi, tu peux me parler et te confier à moi, dire ce qui ne va pas, tu n’es pas seul, je suis là, je t’ai vu donné ton offrande, je t’ai vu te mettre en colère contre Abel, je t’invite à changer de voie, d’état d’esprit. Écoute-moi, parle-moi

Mais Caïn aveuglé par la jalousie et sa colère, n’entend rien, ne veut rien entendre d’un Autre que lui-même, il sait ce qu’il veut. Point

Il va effacer Abel de sa vie, il va effacer sa vie spirituelle de sa vie, il n’en veut pas, n’a besoin de rien, surtout pas de quelque chose qui n’est pas lui et qui n évident pas de lui.

CaIn s’enferme en lui-même dans le refus de l’Eternel et d’Abel Abel n’est-elle pas ainsi la trace de la présence divine en nous ? Qu’en faisons-nous ? L’écoutons nous ? La suivons-nous ? Nous retrouvons ici Dt 30 : devant toi la vie et la mort, choisis la vie et tu vivras

Acceptons nous de vivre avec cet Abel en nous ? Cette part du divin qui nous aide à grandir en humanité, dans nos fragilités, nos manques ?

L’ultime question est-elle : en tant qu’homme et en tant que femme, en tant qu’être humain, puis je accepter de ne pas être le tout de ma vie, le tout de l’autre et vivre ainsi ?

 

 


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