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Résurrection


Isabelle Pierron

pasteur de l'Église protestante unie


29 mars 2019

Un homme injustement mis à mort
L'abandon des amis disciples
Le retournement des foules
La lâcheté du procurateur romain
Une croix
Un grand silence
Un tombeau ouvert et vide.

Deux mille ans après nous sommes là, réunis, pour écouter, accueillir Encore et encore sa parole.

Que s'est-il passé ?
Que faut-il comprendre, croire, vivre ?

Comprendre un événement qui a été vécu il y a plus de deux mille ans est difficile. Nous ne sommes pas dans le même contexte historique, social, religieux. Et de nombreuses interprétations et traditions ont éclairé ou obscurci l'événement.

Il y a néanmoins quelques points de réflexions qui peuvent nous éclairer et donner du sens à ce que nous avons tant de mal à comprendre. Une de ces sources de compréhension est le judaïsme.

Oui, la première chose que nous ne devons jamais oublier est que Jésus est juif, enfant du peuple juif, et que sa vie toute entière est marquée, inspirée par sa foi.

Les disciples qui ont témoigné de Jésus, de sa vie, de son enseignement sont aussi issus du judaïsme. Il n'est donc pas possible d'interpréter les événements de la vie de Jésus en omettant ces racines. De nombreux contre sens naissent de la prétention à faire de Jésus un chrétien. Or, il n'en est rien.

Jésus, dans sa vie et son enseignement, a redonné à l'Amour Autre, l'Amour tout-Autre, que nous appelons maladroitement Dieu, sa juste place, sa place entière au centre de la vie des humains que nous sommes. Pour ce faire, il fallait déloger la loi que les puissants religieux avaient mis au cœur de la relation entre les humains et l'Eternel. Aux yeux de Jésus, la loi est nécessaire pour le vivre ensemble des humains. Et il la laisse à sa juste place. Au centre de chacune de nos vies, dit Jésus, il y a la source de l'Amour, (Dieu) l'Esprit d'Amour qui habite en chacun, parce que donné pour la Vie. Cet Esprit d'Amour est l'inspiration de notre amour pour les autres.

Délogeant la loi du centre des relations humain-Eternel, Jésus a aussi bouleversé le système religieux de son temps et mis en cause l'organisation rituelle du temple, des sacrifices, le service des religieux. Cette remise en cause n'a pas été accueillie par les puissants religieux qui ont éliminé Jésus afin de poursuivre dans leurs voies. Jésus ne correspondait en rien à leur attente du Messie glorieux, libérateur politique et puissant religieux lui aussi. Pas plus que les chefs religieux ne s'attendent à être remis en question.
Ajoutons l'abandon des disciples, les trahisons et les reniements, les retournements de la foule qui rejette Celui qu'elle a suivi... Nous avons ici toute l'humanité, dans sa diversité, qui dit non.
C'est ainsi que la croix a été dressée par les hommes, peu à peu, à la suite des faits et gestes de Jésus qui bousculaient les traditions. Nous pouvons dire que la croix est le NON des humains à un nouveau regard sur eux mêmes et sur la vie, un regard dénué de condamnation et d'exclusion, un regard de miséricorde qui redonne confiance, un regard qui accueille l'autre dans son entier sans le réduire à une parole ou un acte, bon ou mauvais.

Jésus nous invite à vivre autrement, à aimer autrement, à pardonner, à accueillir sans limite parce que nous sommes aimés, accueillis, pardonnés sans limite par cet Amour Tout-Autre qui nous précède, nous dépasse, nous transcende. Jésus nous invite à aimer -pas forcément comme nous avons été ou sommes aimés par nos proches - mais à aimer les autres comme lui nous aime. ce n'est pas pareil ! L'enseignement de Jésus nous prend à contre-pied, nous bouleverse en profondeur, nous invite à nous convertir, à changer. Autant de choix que nous hésitons à faire.

Mais car il y a toujours un "mais" avec l'Eternel qui ne renonce pas,
Mais .... quand la croix dit non à cette invitation, le tombeau ouvert et vide dit OUI.
Oui, le geste de l'Eternel après le geste des humains avec La Croix.

Pourquoi, pourquoi donc ce tombeau vide, symbole de résurrection ? Essayons de ne pas "voir" la résurrection dans la résurrection de la chair, des corps. Essayons de rester au niveau spirituel, symbolique du sens de la résurrection.

Alors encore plongeons dans l'histoire du judaïsme. Aux origines du peuple hébreu, la relation avec l'Eternel a été construite sur un besoin humain : l'attente vive, le profond besoin de justice, que nous autres humains considérons comme une juste rétribution : les justes sont récompensés, les autres punis. Or au 6ème siècle, temps de l'épreuve de l'Exil à Babylone, et au 2ème siècle avant JC, temps des guerres avec les Séleucides, la doctrine de la rétribution a été sérieusement mise à mal et remise en question. Pas de juste rétribution ici-bas ! Des siècles après, nous le savons bien nous aussi : les justes, les fidèles, les croyants ne sont pas forcément récompensés par la vie ici-bas.

Est née alors l'idée d'une justice des fins dernières qui sauverait le juste : les justes seraient alors réveillés de la mort pour la vie éternelle.

Oui, l'idée de "vie éternelle" et de "résurrection" est née il y a longtemps. Idée de la justice divine pour les justes qui n'ont pas été reconnu juste ou récompensés dans leur vie sur terre.

Notons aussi que dans la Bible, le terme "résurrection" n'existe pas, c'est un mot latin quand la Bible est écrite en hébreu et en grec. Il nous faut entendre ce mot comme re-susciter, re-créer, re-vivre, dans le sens de l'hébreu et du grec : réveiller, relever. Ajoutons encore que dans le judaïsme, la mort est "sommeil" jusqu'au jugement dernier comme le dit Jésus à ses disciples au tombeau de Lazare. Il est donc compréhensible d'être "réveillé" de la mort, relevé. Ainsi au jugement dernier, est promise la mort définitive pour ceux qui ne sont pas réveillés er relevés pour une vie dite éternelle.

Ainsi à l'époque de Jésus, le courant pharisien croyait à une résurrection des justes aux fins dernières tandis que le courant sadducéen n'y croyait pas. Les évangiles nous parlent de cette différence au sein même du judaïsme dans la querelle qui prend Jésus à parti sur ce qui se passera au-delà de la mort.

Cette querelle met en évidence une de nos questions : après la mort, que se passe-t-il ? Comment serai-je en tant que ressuscité ? Un corps, un esprit ? Cette question est humaine, oui, mais elle n'appartient pas à la Bible, curieusement. Jamais la Bible ne parle de l'au-delà en ces termes. Ni enfer, ni paradis, ni purgatoire. Pour Jésus, jamais un mot sur ce sujet. La seule chose qui l'intéresse c'est la vie ici et maintenant.

Pourtant Jésus parle de "vie éternelle", il dit aussi dans les annonces de la passion qu'il va être "relevé". Alors comment comprendre tout ceci ?

Au milieu de toutes nos questions sur la "résurrection", il en est une première sans doute : mais que fait l'Eternel ? Que fait-il avec Jésus, pour Jésus ? Pourquoi a-t-il laissé la croix être dressée ? Oui, qu'a fait l'Eternel ? J'ose dire aussi : Que fait l'Eternel dans notre vie, aujourd'hui ?

Rappelons-nous que Jésus nomme l'Eternel "Père" parce que source de la Vie et de l'Amour qui fait vivre. A Gethsémané, Jésus, saisi violemment par l'injustice de sa mort décidée par les humains, a toute une nuit questionné, écouté, prié l'Eternel jusqu'à accepter de mourir afin de ne pas renier la révélation de cet Amour qu'il a accomplie dans la fidélité. Fidèle à l'Eternel, fidèle à lui-même, fidèle à l'humanité toute entière, Jésus a traversé la mort afin qu'aujourd'hui son message nous parvienne.

Pour les disciples, après la mort de Jésus, toujours dans l'incompréhension et la peur de l'événement, il est apparu, dans la foi, nécessaire que justice soit rendue à leur maître. Mais à leurs yeux il n'était pas possible d'attendre les fins dernières, temps que nul ne connaît. Il fallait que Justice soit rendue à jésus ici et maintenant afin que sa parole reste et devienne parole de vie pour chacun ici et maintenant. Attendre les fins dernières c'était laisser l'enseignement de Jésus enfermé dans le tombeau, avec lui.

Impossible pour les disciples qui ont interprété, dans la foi, certains signes relevés dan sales évangiles. Cette justice est aux mains de l'Eternel qui, dans le langage biblique, a roulé la pierre immense, trop lourde aux humains, du tombeau, a ouvert le tombeau, chose inouïe, et a relevé Jésus de la mort, geste unique. Le geste divin rend justice à Jésus en le délivrant de cette mort injuste qui l'enfermait dans un tombeau afin d'effacer sa parole. Le geste divin, au contraire, met en lumière la révélation par Jésus de l'Amour Autre. Ensemble, Jésus et l'Eternel ont accompli le projet divin : Que l'Amour soit vie et grâce pour chacun. Ce qui signifie, à travers les siècles des siècles, que l'Amour dépasse la mort. Non que l'amour empêche la mort, mais l'amour seul ouvre les tombeaux qui nous tiennent enfermés hors de la vie.

En effet, ce n'est pas un hasard si le tombeau est ouvert au moment de la fête juive de Pessah qui est mémoire de la libération d'Egypte, pays d'esclavage. L'œuvre de l'Eternel se poursuit dans le temps des humains et s'accomplit une fois encore avec Jésus.

Que justice soit rendue à Jésus est, j'ose dire, légitime pour ses disciples qui croient en la justice divine. Ce qui est, par contre, surprenant est que justice soit rendue à Jésus trois jours après sa mort. Plusieurs pistes de compréhension là encore Les chiffres sont symboliques dans la bIble et le chiffre "trois" est souvent lié à l'Eternel. Jésus lui-même pensait que les fins dernières étaient proches et qu'il reviendrait très vite après sa mort. Mais aussi et surtout, n'y a-t-il pas là le message essentiel que, Jésus étant justifié par l'Eternel, son enseignement ou la révélation de l'Amour Tout-Autre, est juste lui aussi, vrai et bon à accueillir pleinement dans nos vies ? La justification de Jésus, après l'injustice de sa mort sur la croix, est comme la signature de l'Eternel sur la vie de Jésus, vie donnée pour que l'humanité connaisse cet Amour qui rend justice.

Ainsi nous pouvons comprendre la résurrection comme l'amour qui justifie au cœur même des injustices. C'est pourquoi il n'est pas possible de comprendre la résurrection sans prendre en compte la croix et toutes les injustices de la vie. En d'autres mots, ne sont relevés que les crucifiés et les blessés de la vie, par la vie, par les humains.

C'est pourquoi la résurrection de Jésus, ici et maintenant et non pas aux fins dernières, nous donne à comprendre
Que chacun de nous est relevé de l'injustice qui le fait tomber, vaciller,
Que chacun de nous est sorti des tombeaux qui le retiennent de vivre pleinement en vérité
Que l'Amour Tout-Autre s'il est accueilli répare toutes les blessures infligées par l'humain

N'est ce pas ce que Jésus dit à Marthe et Marie, sœurs de Lazare : "Celui qui croît en moi a la vie éternelle" ? Croire que nous sommes relevés, re-suscités, re-créés par cet Amour, c'est entrer dans l'éternité de cet Amour qui nous dépasse, nous transcende, nous fait vivre et qui demeure en nous.

C'est ainsi aussi que la résurrection de Jésus est le chemin ouvert à tous sans exception. Ce chemin est donné, à chacun de décider de le prendre, à chacun de choisir de le suivre.

Ce chemin ouvert à tous change notre manière de croire. En effet, l'Amour éternel ne nous empêche pas de souffrir, d'être blessé, trahi, injustement traité. Cet Amour éternel traverse chaque difficulté avec nous, et nous relève à chaque fois que nous tombons. N'est ce pas ce que chaque parent fait avec son enfant ? N'est ce pas ce que l'ami fait avec l'ami dans l'épreuve ? N'est ce pas ce que l'aimé fait avec l'aimée blessée par une épreuve ?

Parce que l'Amour éternel est Esprit, il nous inspire et nous conduit à "le" mettre en pratique. Nous sommes ainsi chacun conduit à être des "agents" ou de anges de résurrection les uns pour les autres, quand nous consolons, écoutons, aidons, ceux et celles qui ont besoin d'être relevés dans l'épreuve.

Cessons de mettre la résurrection dans l'au-delà. Elle est geste d'amour ici et maintenant, à la portée de tous ceux et celles qui croient être relevés par l'Amour éternel.

Être relevé c'est vivre pleinement aujourd'hui.

 


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