Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Appel d'Abraham

Genèse 12/1-9  -  Marc 3/13-19

 

Isabelle Pierron

pasteur de l'Église protestante unie


29 mars 2019

Genèse 12/1-9
L'Eternel dit à Abram: Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. 2 Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. 3 Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. 4 Abram partit, comme l'Eternel le lui avait dit, et Lot partit avec lui. Abram était âgé de soixante-quinze ans, lorsqu'il sortit de Charan. 5 Abram prit Saraï, sa femme, et Lot, fils de son frère, avec tous les biens qu'ils possédaient et les serviteurs qu'ils avaient acquis à Charan. Ils partirent pour aller dans le pays de Canaan, et ils arrivèrent au pays de Canaan. 6 Abram parcourut le pays jusqu'au lieu nommé Sichem, jusqu'aux chênes de Moré. Les Cananéens étaient alors dans le pays. 7 L'Eternel apparut à Abram, et dit: Je donnerai ce pays à ta postérité. Et Abram bâtit là un autel à l'Eternel, qui lui était apparu. 8 Il se transporta de là vers la montagne, à l'orient de Béthel, et il dressa ses tentes, ayant Béthel à l'occident et Aï à l'orient. Il bâtit encore là un autel à l'Eternel, et il invoqua le nom de l'Eternel. 9 Abram continua ses marches, en s'avançant vers le midi.

Marc 3/13-19
Il monta ensuite sur la montagne ; il appela ceux qu'il voulut, et ils vinrent auprès de lui. 14 Il en établit douze, pour les avoir avec lui, 15 et pour les envoyer prêcher avec le pouvoir de chasser les démons. 16 Voici les douze qu'il établit : Simon, qu'il nomma Pierre ; 17 Jacques, fils de Zébédée, et Jean, frère de Jacques, auxquels il donna le nom de Boanergès, qui signifie fils du tonnerre ; 18 André ; Philippe ; Barthélemy ; Matthieu ; Thomas ; Jacques, fils d'Alphée ; Thaddée ; Simon le Cananite ; 19 et Judas Iscariot, celui qui livra Jésus.

 

Vous connaissez ces récits : appel d’Abraham, appel des disciples. Dieu ou Jésus appelle celui ou celui-là. L’appelé obéit et quitte tout. L’appelé a quelque chose à faire, sans doute, mais nous ne savons plus très bien quoi... Nous avons oublié....
Sans doute parce qu’au fond de nous, nous ne nous sentons pas appelés, nous jalousons un peu, beaucoup, passionnément ceux qui sont appelés. Certainement parce que nous ne comprenons pas.
Etudions plus avant cette parole de l’Eternel dans Gn 12.

En premier lieu, il s’agit d’une parole de l’Eternel. Parole libre, que Dieu choisit d’adresser à celui-là et pas à un autre. Et soyons clair tout de suite, cette parole s’adresse à quelqu’un qui n’est ni un héros, ni un super homme plein de mérites ou d’œuvres à faire valoir. Non, cet homme est un nomade parmi d’autres, un païen qui plus est, quelqu’un que personne ne connaît. Un anonyme.

Comme le peuple choisi alors qu’il n’est qu’un groupe de familles esclaves, Comme Moïse qui n’est qu’un petit berger perdu dans les montagnes, Comme les prophètes qui sont des humains quelconques, Comme Marie, humble fille d’Israël, comme les disciples, simples pécheurs ou collecteurs d’impôts. Celui, celle que Dieu choisit est un anonyme parmi d’autres. Cela pourrait être nous.

La deuxième chose fondamentale pour comprendre cette parole divine est de bien la lire : dans ces deux versets, il y a 5 fois le mot bénir ou bénédiction. Croyez-vous que cela soit un hasard ?

La parole de Dieu est bénédiction, parole bonne, bien dire. Quoiqu’il en coûte à nos oreilles.
Et la foi n’est-ce pas de croire à cette parole de bénédiction malgré notre incompréhension ?

Curieuse parole de bénédiction, il est vrai puisque la parole divine commence par un ordre, un ordre de rupture : va, quitte ton pays, ta famille. L’appelé qui ne s’appelle pas encore Abraham « Père d’une multitude » mais Abram « le père est grand » est invité à quitter son père justement pour vivre. Prendre de la distance, mettre de la distance entre soi et ses géniteurs pour vivre. La distance comme source de vie, la rupture comme occasion de vie nouvelle.

Dieu ne se contente pas de faire rupture. Parce qu’il est Dieu il indique le chemin à prendre, et non seulement il l’indique mais il promet que c’est lui qui le fera voir : Abram a entendu que Dieu serait là sur le chemin. Dieu envoie et sa présence est promesse sur le chemin.

A propos de promesse, nous sommes toujours tentés de lire le verset 2 : je te bénirai...comme une récompense tellement nous pensons que tous nos actes méritent une récompenses. Ici Abram serait béni parce qu’il aurait obéi. Or Abram n’a pas encore obéi que Dieu le bénit ! Le mode d’action de Dieu c’est qu’il donne tout dès le départ.
Quand Dieu donne l’ordre de partir, l’ordre est lui-même bénédiction, le chemin à suivre est bénédiction, la présence de Dieu est bénédiction. Déjà donnée, déjà efficace, déjà accueillie. Et ‘lélu devient lui-même bénédiction, bénédiction pour les autres, car Dieu l’a décidé ainsi.

Et vous vous étonnez encore qu’Abram se mette en route sans discuter, sans objecter, sans peur ni discussion ? L’attitude d’Abram n’est pas sans nous surprendre, nous qui ne quittons rien, qui ne prenons pas de risque sans avoir tout calculer à l’avance, sans nous être assuré de tout, qui nous méfions même de ceux que Dieu nous envoie ! Abram lui est dans la foi, dans la confiance, il croît sur parole ce que Dieu lui dit et il part. Nous, nous sommes encore au bord de la foi. Nous hésitons à plonger corps et âme, nous avons peur.

La peur empêche la foi, puisque la peur empêche d’avoir confiance. Or La confiance c’est justement croire même si je ne comprends pas tout, croire que la parole de Dieu ne peut que être bonne pour moi, même si elle m’invite à la rupture, à l’aventure. La confiance en Dieu, la foi, c’est croire en Dieu plus qu’en nous-même.

Revenons à la parole que Dieu adresse à Abraham. Si Dieu choisit Abram ce n’est pas parce qu’il est plein de mérites, c’est pour être envoyé au monde, aux familles de la terre. Dans l’élection d’une personne, d’un peuple, il y a toujours articulation avec l’humanité. Celui qui est choisi est choisi en vue d’un service pour le monde. Etre choisi n’est jamais un privilège, toujours une responsabilité, jamais pour des mérites toujours pour un service.

Et cette articulation est signifiée ainsi : je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai ceux qui te mépriseront.
Dieu comme à son habitude choisit des êtres humains, individu ou peuple, pour annoncer sa Bonne Nouvelle pour tous. Ceux qui reçoivent l’envoyé, seront bénis puisqu’ils seront du même coup au bénéfice de la parole divine : recevant l’envoyé, ils reçoivent le message de l’amour et du pardon. Ceux qui ne reçoivent pas l’envoyé, n’entendent pas le message de grâce. Ils s’excluent eux-mêmes de la bénédiction divine.

Cela ne vous rappelle rien ? Jésus l’envoyé de Dieu, l’élu, le choisi, mort sur la croix parce que quelques puissants ne l’ont pas reconnu comme étant bénédiction de Dieu.

Nous pouvons reprendre tout ceci avec le récit de Marc : Jésus va sur la montagne : avant d’appeler, il se met en présence de Dieu. Il appelle ceux qu’il voulait : ainsi Jésus a la même liberté pour choisir celui-ci ou celui-là.
Il en établit quelques-uns : il donna une place, une mission à remplir à certains, pas aux autres.

Les élus sont choisis pour être avec lui, pour se tenir en sa présence, même fidélité que celle que Dieu promet à Abraham. On n’est jamais élu tout seul, livré à soi- même. Celui qui choisit ne se lave pas les mains de ses actes, il reste en présence de l’élu.

La mission : annoncer aux autres, à tous les autres la Bonne Nouvelle. Toujours élu en vue d’une mission, d’un service. Et jamais élu pour soi-même. Même obéissance des disciples, sans un mot, ils obéissent. La parole de Jésus a la même autorité que celle de Dieu : parole de bénédiction. C’est cela même qui définit l’autorité : une parole qui fait grandir, qui est bonne pour moi.

La parole divine fait autorité sur ces appelés et elle les met en route dans l’instant. Eux aussi, ils quittent tout : travail, famille, région. Eux aussi, sont d’obscures humains qui nous ressemblent, ni meilleurs, ni pires.

Abram, les disciples, des élus, des uniques par excellence, des bénis mais des bénis pour tous. Autour de ces individus choisis, à part, va se jouer le destin de toutes les familles de la terre.

S’agit-il de reconnaître l’autorité de ces élus ou d’adopter leur croyance ?
La parole de Dieu dit seulement : les hommes devront bénir. Et elle dit aussi que les hommes pourront maudire. C’est donc une possibilité. Même si les hommes ne comprennent pas quand maudissant l’envoyé élu, ils maudissent en même temps Dieu qui l’a envoyé.

Les humains que nous sommes sommes toujours tentés de dire devant un élu, une élue : pourquoi pas moi ou pourquoi pas un autre, ou pourquoi pas nous tous ? C’est le scandale de l’élection divine, acte souverainement libre de Dieu, liberté que nous récusons quand nous méprisons l’envoyé. Nous refusons l’altérité qui fait que l’autre est toujours autre, différent, à une autre place, avec une autre mission.

L’autre scandale c’est qu’aucune condition ne soit posée à l’élu : est-ce juste ? Abraham, les disciples, les prophètes, tous ces humains comme nous, pas meilleurs, pas pires. Alors pourquoi eux ?

Nous comprenons que c’est la jalousie qui nous empêche de bénir celui que Dieu nous envoie. Alors nous sommes aussi jaloux de Dieu et de sa liberté d’agir. Méprisant l’élu, nous rejetons le choix de Dieu et Dieu lui-même. Or la foi, n’est-ce pas de croire que le don de Dieu n’a pas de cause en nous. L’amour n’a pas de cause. Il est libre de se donner à qui il choisit.

Essayons de creuser notre réflexion sur cette méthode de Dieu. Si Dieu choisit l’élection de quelques-uns c’est que cela doit être bon pour nous. Inventons une autre manière de faire : Dieu dit à tous les hommes : j’aime tous les hommes. Ce genre de message passe inaperçu, personne n’entend, personne ne bouge.

Inventons autre chose : Dieu dit à quelqu’un : J’aime tous les hommes, dis-le leur. Ce message n’est pas suffisant : sur quoi l’envoyé s’appuiera-t-il pour donner cette information, et suffit-il d’apprendre que nous sommes aînés pour le croire ?

Ce que Dieu fait c’est qu’avec Abram, Dieu dit à un individu : Je t’aime en sorte que je te prends en charge et je veux que tous les hommes le sachent et que le sachant ils te bénissent.

C’est scandaleux, Dieu demande l’impossible. L’histoire de Caîn et d’Abel le montre. Pourtant c’est absolument à travers une vie que passe tout message et toute vérité. La crédibilité de toute expérience n’échappe pas à cette affirmation « en toi », en toi seront bénies les familles de la terre.

L’appel d’Abraham et de tant d’autres, nous laisse entendre qu’un homme tellement aimé par Dieu saura en témoigner et se faire aimer des hommes. N’est-ce pas le pari de Dieu avec Jésus, l’élu par excellence ?

Epreuve pour celui qui est choisi, puisque son élection qui est bénédiction de Dieu peut devenir épreuve de jalousie. L’amour de Dieu se joue dans nos différences, nous n’avons pas la même place à tenir, nous n’avons pas la même mission, nous n’avons pas à témoigner des mêmes expériences.

Epreuve aussi pour ceux et celles qui ont à bénir ou maudire l’envoyé, l’élu. Sauront- ils s’arracher à l’orgueil qui aveugle pour accueillir une parole qui fait rupture.

Wolfram, au moment de prendre ton poste de futur pasteur, dans les Vosges, tu as compris que cet appel que Dieu t’adresse est à la fois une bénédiction et une épreuve. N’oublie pas que l’épreuve est elle-même bénédiction puisqu’elle est le creuset où la présence de Dieu se révèle au plus fort.

Et vous tous, ne croyez pas trop vite que si vous échappez à telle ou telle élection c’est que vous ne valez rien ! Aux yeux de Dieu, l’élection n’est pas exclusion ! L’élection est toujours une responsabilité.

Celui qui est élu doit se tenir dans la fidélité à celui qui le choisit. Ceux à qui l’élu est envoyé doivent le bénir pour être bénis à leur tour. Il en va de la responsabilité, des choix de chacun. Et de la souveraine liberté de Dieu.

 


Retour vers libres opinions
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

   

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.