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  Libération de la parole

       

 

pasteur Alain Arnoux

 

19 février 2019
  
Quand des femmes osent sortir du silence et raconter ce qu'elles ont subi de la part de prédateurs sexuels, et ce qu'elles ont longtemps gardé secret, par honte, culpabilité inversée et conditionnement culturel, on parle de libération de la parole.
Quand des victimes d'actes pédophiles osent sortir du silence et affronter des institutions soucieuses de protéger leur respectabilité, on parle de libération de la parole. .
Quand des populations qui ne s'exprimaient plus par le vote, ou dont la parole ne franchissait plus le barrage des médias, osent faire entendre leur souffrance, leur humiliation et leur colère de subir et d'être culpabilisées par ceux qui décident et à qui on tend le micro, on parle de libération de la parole.
On peut aussi parler de libération de la parole, de libération par la parole, de parole qui libère, sans forcément tout résoudre, quand quelqu'un peut enfin dire en confiance, à un psy ou à un confesseur ou à quelqu'un d'autre, ce qui le fait souffrir, le hante, l'empêche de vivre vraiment. Libération de la parole, parole qui libère, parole qui guérit ou qui ouvre un chemin de libération et de guérison.

Quand des discours haineux, racistes, antisémites, sexistes, homophobes... se répandent, se multiplient, sous le lâche couvert de l'anonymat, sur réseaux dits sociaux et dans la rue, on parle encore de libération de la parole.
Quand, sur les mêmes réseaux dits sociaux, sur des banderoles et dans la rue, s'épanouissent les insultes les plus basses, les menaces, les calomnies et les soupçons les plus fielleux à l'égard de personnalités politiques, d'intellectuels, de journalistes, on parle aussi de libération de la parole...
Quand réapparaissent au grand jour, sous la plume d'écrivains qui en font fortune, ou dans les vociférations de foules portant brassards, bannières et débris d'anciens uniformes, des haines que l'on croyait avoir mises hors d'état de nuire après les crimes de la deuxième guerre mondiale, on parle aussi de libération de la parole.

On a vu ce que donne la libération de cette parole-là, quand elle devient la loi d'un État, comme dans l'Allemagne nazie ou dans la France de Vichy. Et quand, au nom du « politiquement correct », une cause honorable devient prétexte à dénonciation systématique, à appel à la délation, à insultes, menaces et intimidations pour faire taire ceux qui essaient d'émettre des avis un peu différents, on parle encore de libération de la parole...

Libération de paroles qui refusent à d'autres la liberté de parler, et parfois le droit de vivre. Libération de paroles qui sont souvent en fait des mensonges élaborés par des officines, des infox (des  fake news »), qui profitent de la paresse intellectuelle, de l'absence de repères moraux et spirituels, et de l'inculture de ceux qu'on veut manipuler. Paroles qui sont refus de dialogue, du débat, du partage. Paroles qui enferment ceux qui les répètent comme ceux qu'ils attaquent.

La libération de la parole, cela peut donc aboutir à un mieux dans la société, à une avancée, un progrès, pour un meilleur « vivre ensemble ». Et cela peut signifier une terrible régression, et aboutir à un retour à la barbarie. Ce sont pourtant les mêmes mots libération de la parole qui servent pour désigner les deux choses. Ambivalence, ambiguïté de la parole, de ce don accordé aux humains !

Elle exprime non seulement le discours réfléchi, mais aussi ce qui est au fond du cœur, consciemment ou non. Et quand elle se libère, elle exprime ce qui est enfoui, tu, contenu, retenu par les règles de la société, de l'éducation et du respect des autres, les émotions et les passions, la liberté ou les esclavages intérieurs, le meilleur et le pire.

Dans la Bible, l'apôtre Jacques dit très bien cette ambivalence :

« L'être humain est capable de dompter toutes sortes de bêtes sauvages, d'oiseaux, de reptiles et de poissons... mais personne n'a jamais pu dompter la langue : elle est mauvaise et sans cesse en mouvement, elle est pleine d'un poison mortel. Nous l'utilisons pour louer le Seigneur, notre Père, mais aussi pour maudire les êtres humains que Dieu a créés à sa ressemblance. Des paroles de louange ou de malédiction sortent de la même bouche. Mes frères, il ne faut pas qu'il en soit ainsi. Aucune source ne donne par la même ouverture de l'eau douce et de l'eau amère... une source d'eau salée ne peut pas donner de l'eau douce. » (Jacques 3 / 1-12)

Et Jésus prévient que traiter quelqu'un d'imbécile est comparable à commettre un meurtre (Matthieu 5 / 21-24).

Qui n'est pas libéré des haines, des envies, des rancœurs accumulées par la vie, des préjugés et des passions innés ou acquis, des slogans dont on lui a bourré le crâne, du besoin de détruire les autres pour se sentir quelqu'un... ne peut pas prononcer une parole libre, parce qu'il n'est pas libre. Et sa parole ne peut servir à libérer personne ni à faire progresser une société vers un meilleur « vivre ensemble ».

Jésus de Nazareth était un homme libre, libre à l'égard des préjugés nationaux et religieux de son peuple, libre à l'égard des enseignements congelés et aux traditions de la religion officielle, libre à l'égard de tous les conditionnements qui régissaient les rapports entre générations, entre hommes et femmes, entre juifs conformes et juifs à côté de la loi...

Et c'est pour cela que sa parole peut nous libérer nous aussi. Le monde a besoin de la parole d'hommes et de femmes libérés des passions, des violences et des conditionnements qui le rendent irrespirable. Il a besoin d'une libération de la parole de ceux qui prennent le Christ au sérieux, et qu'ils se libèrent de leur timidité.

Mais il faut peut-être qu'il y ait d'abord une libération de la parole du Christ dans les Églises. Que dans les Églises, la parole du Christ soit libérée de la répétition de doctrines figées, sacralisées, coupées de la vie, dans lesquelles on l'enferme.
Que dans les Églises la parole du Christ cesse d'être confondue avec un moralisme étroit, obsessionnel sur certains aspects de la vie humaine et oublieux du reste, morose, poussiéreux et enfermant.
Que dans les Églises la parole du Christ soit libérée du monopole des « clercs », qu'elle cesse d'être un monologue magistral pour devenir une parole partagée entre tous, portée par tous, pour que les Églises cessent d'être des institutions et soient vraiment des communautés, qu'elles cessent d'être des monuments pour être des mouvements. Libération de la parole... du Christ, dans les Églises, par les Églises, en nous, pour le monde.

Parce que le monde a besoin d'une parole libre, qui vienne d'hommes et de femmes libérés.




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