Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français




Heureux !

       

 

pasteur Alain Arnoux

 

25 janvier 2019

       Rien n'est jamais définitivement acquis. Ni les « avantages sociaux » arrachés de haute lutte dans le passé, que les syndicats classiques sentent toujours menacés. Ni la paix. Ni la démocratie. Ni les libertés. Ni le bien-être matériel. Ni les progrès de la civilité dans les relations humaines. Ni le sens de la solidarité à l'égard des plus fragiles. Ni le souci de la vérité... Tout est à la merci (et il suffit parfois de peu de choses) du jeu des intérêts des puissances financières et économiques, des bouleversements politiques, des passions nationales, religieuses et ethniques, ou encore de l'action de minorités déterminées et audacieuses, de la passivité ou de la pusillanimité du plus grand nombre, de l'effet de foule, des manipulations d'images, de l'habileté de démagogues à exploiter les amertumes, les frustrations et les humiliations réelles et légitimes des « petites gens » qui font beaucoup d'efforts chaque jour pour tenir leur place dans ce monde. On a déjà vu des démocraties s'effondrer ainsi. Ce que nous appelons les progrès matériel, social, moral, ou tout simplement la civilisation, n'est pas une marche continue et inexorable. La barbarie n'est jamais très loin sous la couche de vie civilisée de l'humanité, tout comme le noyau en fusion de notre planète n'est pas très loin sous la croûte et le manteau terrestres où nous vivons.

       Nous vivons un temps d'incertitudes. Les équilibres difficilement atteints après la deuxième guerre mondiale et après la guerre froide sont fragilisés par les transformations de l'économie, l'arrogance de l'argent et de la corruption, par les modifications climatiques, la misère persistante et même aggravée dans les pays qui n'arrivent pas à "émerger", les migrations de populations, par la montée en puissance et le cynisme de dirigeants politiques autocrates, la mise en cause sournoise de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme votée après la guerre. Cela touche la planète entière, pas seulement notre pays ou l'Europe. Nous vivons aussi un temps d'exaspération, où toute parole est suspectée, dévaluée, récusée avant d'être honnêtement examinée, où le cri remplace le discours et le slogan la réflexion, et où l'on a peur de parler tant on craint d'accentuer les divisions, dans la pensée fallacieuse que le silence finira par apporter l'apaisement. Je n'avais donc plus envie de parler, ni d'écrire.

       Et puis, les listes de lecture quotidienne de la Bible m'ont replacé, une fois de plus, devant le texte hyper connu des « Béatitudes » dans l'évangile selon Matthieu (5 / 1-12), ces paroles de Jésus de Nazareth qui ouvrent le « Sermon sur la montagne » et dont chaque phrase commence par le mot « Heureux », que l'on peut traduire aussi par « Debout » ou... « En marche » (Aïe ! Mais c'est Chouraqui qui traduit ainsi en 1985). Contrairement à ce qu'on pense souvent, ce ne sont pas des paroles qui encouragent à la résignation ou au repli sur soi, mais au sursaut, au redressement, à la mobilisation. Voici comment je les comprends :

       « Heureux ! Debout ! En marche ! », ceux qui veulent que le monde change, ceux qui veulent que tout change. Les riches, les repus, les profiteurs, les satisfaits, les dominants souhaitent que rien ne change. Les pauvres, eux, désirent que le monde change. Ceux qui ont un « esprit de pauvres », ceux que l'Esprit change en « pauvres », aussi. Et aussi ceux qui pleurent de voir ce qu'ils voient. Et aussi ceux qui ont faim et soif de justice, c'est-à-dire qui désirent ce que Dieu veut. Et ceux qui ont compris que l'agressivité, la violence, l'insensibilité, les calculs tordus sont ce qui perd le monde, et ce qui ne peut en aucun cas l'améliorer : « ceux qui sont doux, ceux qui ont de la compassion (ou de la miséricorde), ceux qui ont le cœur pur, ceux qui créent la paix ». « Heureux ! Debout ! En marche ! » car ils sont en accord avec le Dieu de Jésus. C'est bien une injonction à se mobiliser.

       Mais il n'est pas naturel d'avoir la pauvreté à cœur, d'être paisible et apaisant, pacifique et pacificateur, d'avoir le cœur dénué de tout calcul, d'avoir de la compassion, de se dépouiller de toute moyen de dominer les autres, de se refuser la violence intérieure, la violence de parole, la violence d'action... en gros, de ressembler au Christ et à son Père. « Heureux ! Debout ! En marche ! » : le bonheur n'est pas compatible avec la rancœur, la jalousie, la rapacité, la haine, la violence intérieure et dirigée vers autrui, c'est évident. C'est donc aussi un appel à la transformation intérieure, à se laisser transformer par l'Esprit de Dieu, et c'est un appel à se mettre constamment à la disposition de l'Esprit, car nous nous reprenons sans cesse. Ceux qui prennent le Christ au sérieux le savent, et le font. Ils n'attendent pas que le reste du monde change, ils commencent par eux-mêmes. Et comme ils ont compris que le monde ne peut réellement changer en mieux que par la transformation intérieure de l'être humain, ils appellent aussi les autres à ce changement radical, à cette révolution bien plus radicale que toutes les autres. Cela les préserve de toute propagande.

       Cette sagesse-là est sans doute trop évidente et trop simple pour être acceptée. Et elle met forcément ceux qui prennent le Christ au sérieux en porte à faux avec toutes les causes, tous les partis, tous les mouvements auxquels ils peuvent se joindre. Cela ne peut attirer sur eux que suspicion, incompréhension, et même rejet et violence. Cela les met dans la même position que le Christ lui-même. C'est pourquoi les deux dernières béatitudes proclament « heureux » ceux qui sont haïs, dénigrés, persécutés parce qu'ils vivent dans le même esprit que lui, en communion avec lui. Jésus de Nazareth ne nous « dore pas la pilule ». Et nous appelle à faire face

        Mais quand même ! Dans ce monde de tumulte, de cris, de violence par seulement verbale, mais intérieure, sociale, physique... dans ce monde exaspéré de tous côtés, c'est un « sacré » message que celui qui commence par le mot « Heureux ! », sans que ce mot appelle le malheur sur les autres.



Retour vers Alain Arnoux
Retour vers libres opinions

Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.