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Souvenir de la Cimade


la guerre d'Algérie

 

Mireille Desrez


8 janvier 2019

La Cimade, présente en Algérie depuis le début de la guerre, décide en 1960 de mobiliser une équipe à Médéa, vieille ville romaine au sud d’Alger. Des enfants et leurs parents, chassés des montagnes alentour par l’armée française, se regroupent alors dans des bidonvilles autour de Médéa, alors que la tuberculose fait rage. Ce sont le sous-préfet de Médéa et un médecin militaire français, protestants tous les deux, qui ont attiré l’attention de La Cimade sur le sort de ces enfants.

« J’étais alors jeune infirmière, et je connaissais La Cimade à travers mon engagement scout à la Fédération Française des Eclaireuses, raconte Mireille. 3 ans auparavant, j’étais partie pendant 15 jours dans un camp-école pour cheftaines à Alger, un premier contact très marquant avec le pays et avec la guerre. Quand Jacques Beaumont [secrétaire général de La Cimade à l’époque] m’a proposé le poste, je n’ai pas hésité longtemps... Mes parents ont bien compris mon désir d’engagement humanitaire et m’ont encouragée, tout en me mettant en garde, bien sûr, inquiets des violences quimenaçaient. »

 

Le centre d'accueil de Médéa

Rétrospectivement, Mireille constate qu’en réalité, les équipières Cimade sont protégées par tout le monde : la population, l’administration civile et même l’armée française.

« Nous n’avons jamais eu aucun souci de sécurité. L’administration militaire des hôpitaux s’est avérée très conciliante, non seulement avec nous, mais aussi avec les blessés ou malades que nous amenions. Sur les registres des admissions, on voit encore que tous étaient enregistrés sous les noms de "Mahmoud Cimade" ou "Fatima Cimade", ce qui empêchait les dénonciations ! »

Le centre d’accueil reçoit chaque jour environ 150 enfants : dépistage de la tuberculose, vaccination et nourriture y sont prodigués par Mireille et ses collègues, ainsi qu’une animation et un accompagnement pédagogique.

 

Les enfants du centre de Médéa

Soudées, les équipières vivent ensemble « au milieu de », en HLM parmi les familles algériennes.

« Je garde de mon travail d’équipière un souvenir de très grande liberté. Jacques Beaumont m’avait dit : « Faites ce que vous pensez devoir faire, et nous vous couvrirons »... et c’était vrai. La Cimade m’a toujours fait confiance et suivie dans mes choix ! »

Peu avant la fin de la guerre, on propose à Mireille de diriger une école d’infirmières qui se créerait à Médéa, dans le cadre des orientations du plan de Constantine. « J’étais tout à fait partante, convaincue qu’il valait mieux apprendre à faire plutôt que faire à la place de. J’ai demandé à d’abord suivre la formation nécessaire dans une école de cadre, en France. Entre-temps, l’Indépendance a changé la donne et, quand je suis revenue, j’ai finalement été affectée au Centre d’enseignement paramédical de Constantine, pour former 12 catégories de professionnels de santé algériens. J’ai travaillé encore 5 années avant de passer le relais à un cadre algérien. »

« Cette période de ma vie a été extraordinaire. Ça a été beaucoup de découvertes professionnelles, et aussi beaucoup d’amitiés, à la fois avec l’équipe Cimade et avec les Algériens. Pour certains jeunes algériens, nous étions le premier contact avec des Européens ! Cette ouverture, cette mixité, c’était très important pour nous. Certains de ces contacts durent encore aujourd’hui, avec des enfants du centre de Médéa ou d’anciens élèves du centre de Constantine ! »

Mireille poursuit ensuite sa carrière professionnelle en dehors de La Cimade, notamment à la Croix Rouge Française où elle passera 18 ans à divers postes de direction et d’encadrement. « Je n’étais plus engagée activement à La Cimade, mais je suis restée adhérente et j’ai toujours gardé le contact ! Les manifestations de La Cimade m’ont toujours beaucoup apporté dans ma vie professionnelle et personnelle. »

C’est en 1989 que Mireille prend conscience de l’immense lacune en archives sur la période de la Guerre d’Algérie : la rétrospective effectuée à l’occasion des 50 ans de La Cimade n’en parle pas du tout. « Geneviève Jacques était alors secrétaire générale. Quand nous lui avons demandé les raisons de cette absence, elle nous a répondu qu’il n’y avait pas d’archives sur cette période. » Avec d’autres anciens équipiers d’Algérie, Mireille décide alors de mobiliser les « archives vivantes », leurs mémoires, pour ne pas laisser cette histoire se perdre. « Nous avons organisé un groupe d’anciens équipiers, rue de Grenelle, dans l’ancien siège national. Quelques temps après nous y avons retrouvé de gros sacs de jute contenant les archives Cimade de la période algérienne... Jacques Maury et Geneviève Jacques nous ont demandé de ne pas nous arrêter et de faire l’histoire !... »

L’équipe « Archives – Mémoire – Anciens équipiers » se mobilise toute l’année pour gérer et développer les archives de La Cimade, et répondre aux demandes du mouvement ou de l’externe (étudiants, journalistes, documentaristes...). Le service recherche des bénévoles pour participer à ce travail !

Si vous souhaitez solliciter leur aide ou au contraire proposer la vôtre, écrivez à : archives@lacimade.org

Aller plus loin 

 

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Souvenir de Mireille Desrez

Geneviève Jacques

C’est avec une grande tristesse que nous venons d’apprendre le décès de Mireille Desrez, le 5 janvier 2019 au soir.

Mireille était, et restera dans nos mémoires, une équipière qui a marqué l’histoire de La Cimade par son engagement en Algérie et son travail pour la préservation de la mémoire de l’action de La Cimade pendant la guerre d’Algérie.

En 1959, elle s’engage à Médéa et crée un poste Cimade qui accueille les personnes déplacées dans des « camps de regroupement » et qui s’occupe aussi des femmes et des enfants vivant dans des taudis et des caves. Avec ses compétences de cadre hospitalier et son énergie légendaire, elle met en place un centre pour les familles tuberculeuses et l’équipe Cimade développe des actions de prévention et d’éducation sanitaires. Tout au long de cette guerre, elle restera en Algérie pour assumer des responsabilités d’encadrement et de soutien aux équipes présentes dans différents lieux.

Cette expérience algérienne aura très fortement marqué toute une génération d’équipiers et d’équipières Cimade, et Mireille va organiser des rencontres annuelles pour qu’ils et elles se retrouvent dans l’amitié et rassemblent leurs témoignages pour garder des traces de cette séquence exceptionnelle de l’histoire de La Cimade.

A son initiative et sous sa direction, un petit groupe se constitue avec l’objectif de rassembler tous les documents se référant à cette époque. A l’origine concentré sur la période algérienne, le petit groupe s’élargira et se professionnalisera progressivement pour s’intéresser à l’ensemble des archives de La Cimade. C’est a Mireille que La Cimade doit la création de ce qui est aujourd’hui notre service « archives », et ce n’est pas la moindre de ses contributions. 

Personnalité forte et chaleureuse, Mireille est restée très attachée aux actions et aux engagements de La Cimade jusqu’à que sa santé ne lui permette plus de venir aux assemblées et aux réunions de l’équipe archives.

Son nom s’inscrit aux côtés des grandes figures de l’histoire de La Cimade.
Pour tout cela, nous lui disons un grand merci.  

Les obsèques auront lieu vendredi 11 janvier à 14h au Temple protestant, 10 Rue Danton 94270 Le Kremlin Bicêtre, suivi de l'inhumation à 16 h au Cimetière du Kremlin.



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