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Dieu, le roi et le président

       

 

pasteur Alain Arnoux

 

27 novembre 2018

Autrefois, nous avions des rois. Le roi était le lieutenant (le tenant-lieu) de Dieu dans son royaume. Telle était du moins la pensée universelle. On se représentait Dieu comme on se représentait le roi, et on se représentait le roi comme on se représentait Dieu. Il était lointain, mais pas tout à fait inaccessible, comme on se représentait Dieu. Comme devant Dieu, on s'agenouillait devant lui, et on ne lui présentait jamais le dos. Sa volonté était souveraine et indiscutable, comme celle de Dieu, et on s'y soumettait, même si on ne la comprenait pas, même si elle était dure (et le roi, homme seul devant Dieu, se soumettait à Dieu sans discuter, comme Louis XIV – ça me coûte de l'écrire, tellement j'ai peu de respect pour ce personnage – dans son agonie pleine de grandeur). On pensait qu'il était juste par nature, mais qu'il pouvait être mal représenté ou mal informé, et on ne criait pas devant lui. Comme à Dieu, on lui présentait des suppliques, jamais des revendications, jamais des réclamations, jamais des exigences, jamais des protestations. On cherchait à attirer son attention et ses grâces, mais elles ne dépendaient que de lui et de son bon vouloir, comme on le pensait pour Dieu. Il était inconcevable d'être familier avec lui, de l'insulter, de discuter ses décisions, encore moins de manifester ou de se révolter ; c'était un crime de lèse-majesté, puni des pires peines comme pour Dieu. On ne l'avait pas choisi, on ne l'avait pas fait, il ne devait donc rien à personne, comme Dieu. Si on ne l'aimait pas, du moins on le craignait, comme Dieu. Ce qui n'empêchait pas d'essayer de contourner ses lois, comme celle de Dieu. Il pouvait être fou, inintelligent, très malade, ou dépravé, ou bébé, peu importe : il ne pouvait pas y avoir de bouleversement irrémédiable, puisque il y avait toujours un roi, comme il y avait toujours Dieu (c'est encore le rôle des souverains inertes des monarchies européennes). Tel on voyait Dieu, tel on voyait le roi, et tel on voyait le roi, tel on voyait Dieu. On avait les mêmes relations avec Dieu qu'avec le roi, et avec le roi qu'avec Dieu. C'était vrai pour les protestants (même persécutés) comme pour les catholiques, pour Calvin comme pour Bossuet. Nous avons tous inconsciemment cet héritage, même ceux qui l'ont récusé. Et même si nous n'avons plus de roi, cette religion-là est encore celle de beaucoup de chrétiens face à Dieu.

        Le président de la (cinquième) République a plus de pouvoirs que n'en a jamais eu aucun roi. Mais... il a été élu, et pour un temps. Il ne doit pas décevoir la courte majorité qui a voté pour lui (éventuellement par défaut) ; il est son débiteur. Et à peine est-il élu, que ceux qui n'ont pas voté pour lui le considèrent comme illégitime, incompétent, nuisible, et sur un siège éjectable, ou au minimum comme systématiquement suspect. Il reste l'adversaire de ses concurrents, mais aussi d'une partie de son peuple, quelle que soit sa couleur politique. On fait comme si tout dépendait de lui. On attend de lui qu'il satisfasse, tout de suite, les espoirs et les revendications les plus contradictoires, parce qu'irrationnellement on pense qu'il le peut (c'est un reste de royalisme). Et comme il ne le fait pas, on pense facilement qu'on peut le renvoyer. Au troquet ou autour du repas dominical, chacun-e sait mieux que lui ce qu'il conviendrait de faire pour que tout aille mieux. Et le jeu politique consiste soit à lui forcer la main soit à le condamner à l'impuissance, tout en l'accusant de ne rien faire. Peu importe si une fronde permanente, sourde ou éclatante, risque d'affaiblir la position du pays tout entier face au reste du monde. On ne l'aime pas forcément, mais on ne le craint pas plus. On n'hésite pas à l'insulter, à l'appeler par son prénom ou à le tutoyer. Tous les présidents ont connu cela, même le Général de Gaulle (mais c'est vrai, pas les présidents pots-de-fleurs de la troisième et de la quatrième Républiques). D'où le jeu un peu consternant de tout président, cherchant à plaire, à capter et à mériter les bonnes grâces du peuple (mais qu'est-ce que le peuple?). Ainsi semble être Dieu aujourd'hui pour énormément de gens, même chez les chrétiens pratiquants. On pense qu'on l'a choisi, ou on ne veut pas de celui-là. Il nous doit quelque chose, puisque nous consentons à croire qu'il existe. On sait mieux que lui ce qu'il devrait faire pour que le monde et notre vie aillent mieux. On l'accuse de tout ce qui va mal (et pour certains, ce rôle d'accusé est la seule raison de parler de lui), on lui demande tout et son contraire, on exige tout de lui, mais on le préfère sans pouvoir et sans volonté. On le conteste, on l'apostrophe, et on le récuse. Ses "communicants"cherchent à donner de lui une image séduisante et aimable, à expliquer l'inexplicable, à l'excuser presque en le mettant hors de cause (comme un président "pot-de-fleurs"), à chercher pour lui la grâce du peuple. On ne le craint plus, mais l'aime-t-on pour autant ?

         Ce long développement oiseux pour dire quoi ? D'abord que nous nous faisons toujours des images de Dieu à partir de ce que nous voyons et connaissons, à partir du système politique et de la culture dans lesquels nous vivons, à partir de la mentalité générale de notre temps. Selon les époques, nous nous représentons Dieu comme le roi ou comme le président de la République, et nous nous représentons le roi ou le président de la République comme nous nous imaginons Dieu. Et dans les deux cas, nous nous trompons. Et dans les deux cas, nos relations avec Dieu sont faussées. Je pensais à cela, dimanche au culte, en écoutant le commentaire de l'évangile du jour, dans les remous politiques actuels (et oui, je vais au culte pour écouter, maintenant) : Jean 18 / 33-38. Les dirigeants religieux cherchent à obtenir du gouverneur romain Pilate la condamnation à mort de Jésus en l'accusant de vouloir se faire roi des Juifs, c'est à dire de se poser en ennemi de l'empereur de Rome. À Pilate qui lui demande s'il est roi, Jésus répond : "Mon royaume n'est pas de ce monde... Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour parler de la vérité..." Alors Pilate demande : "Qu'est-ce que la vérité ?" Et Jésus ne répond rien : à Pilate de chercher la réponse à se propre question. La vérité sur Dieu nous échappe toujours. Dieu échappe à toute représentation, à toute comparaison, à toute limitation. Et jamais nous n'aurons fini de méditer sur le monde, sur la vie, et sur l'image de Dieu que donne Jésus de Nazareth ("Quiconque appartient à la vérité – qui la cherche d'un cœur sincère et ne prétend jamais la posséder – écoute ce que je dis", dit Jésus au v. 37). Avant de parler de Dieu, et même avant de lui parler, prenons le temps de méditer sur Jésus de Nazareth et de nous laisser surprendre par lui.





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