Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Camisards et Vendéens

deux guerres françaises
deux mémoires vivantes


 

Philippe Joutard
Jean-Clément Martin

 

 

Alcide éditions

144 pages - 19,90



Recension Gilles Castelnau



29 octobre 2018

Début 18e siècle, les Camisards protestants se soulèvent contre l’État catholique. Fin 18e siècle, les Vendéens catholiques se révoltent contre la République qui est acclamée par les protestants.
C’est cette comparaison paradoxale que proposent avec intelligence et érudition les deux historiens auteurs de ce livre clair, vivant et passionnant. Ils l’illustrent de gravures d’époque significatives et de brèves biographies.
Ils nous montrent les analogies et les différences entre ces deux terribles guerres et soulignent la trace qui en demeure dans le souvenir de notre histoire de France.

En voici des passages.

 

.

 

Les Camisards, avant tout, une mémoire

 

La guerre

Les quatre phases de la guerre des Camisards (1702-1710)

Une véritable guerre, marquée par le « Grand Brûlement » des Cévennes

page 32
Devant la solidarité de la population avec les combattants rebelles, Montrevel n'hésite pas à employer des mesures extrêmes. Il déporte d'abord les habitants de deux villages du cœur des Cévennes particulièrement hostiles, Saumane et Mialet. Puis, en octobre 1703, il regroupe les habitants dans des bourgs et procède à l'incendie des maisons. c'est le « Grand brûlement » des Cévennes qui, finalement, ne fait que renforcer l'appui des populations vis-à-vis des révoltés et le nombre des combattants.
Le 14 mars 1704, Cavalier défait un des meilleurs régiments, en plaine, à Martignargues. Montrevel est alors renvoyé et le roi fait appel à l'un des plus prestigieux chefs militaires de l'époque, le maréchal de Villars.
Avant de partir, Montrevel inflige cependant à Cavalier une grave défaite à Nages, à l'ouest de Nîmes. Une partie des troupes rebelles sont détruites et peu après, un adjoint de Montrevel découvre dans des grottes les réserves de la base arrière du chef camisard, désormais durablement affaibli.
Le maréchal de Villars arrive donc dans une conjoncture favorable qu’il sait parfaitement exploiter. Il propose une négociation au chef qui lui paraît le plus important, Jean Cavalier, par l'intermédiaire d'un notable protestant, le baron d'Aigaliers. Il a parfaitement conscience que cette révolte, dans le sud de la France, non loin des côtes méditerranéennes, peut présenter un danger en pleine guerre de Succession d'Espagne, si les alliés la soutiennent.

La diplomatie
Il inaugure ainsi une troisième période de mai à octobre 1704, où intervient essentiellement la diplomatie. Il prend soin de rencontrer en personne le chef camisard avec l'intendant Basville, à Nîmes, le 14 mai 1704, et sait parfaitement utiliser la différence de niveau social. Grisé, le chef camisard oublie le prophétisme et, plus gravement, n'associe pas suffisamment les autres chefs, en particulier Rolland, à cette négociation. Il met ce dernier devant le fait accompli.
[…]

 

De l’actualité à l’histoire : la construction d’un mythe

 

Le retournement de l’écrit et l’évolution de la mémoire

150 ans après les événements, la mémoire écrite bascule avec Napoléon Peyrat et Jules Michelet

page 48
Cette réhabilitation est facilitée par le climat romantique de l'époque mais plus encore par le relais du grand historien Michelet, ami de Peyrat, qui consacre un chapitre entier de son volume 13 de L'histoire de France, paru en 1860, à l'insurrection : « Rien de semblable à l'affaire des Cévennes dans toute l'histoire du monde on a vu une fois le miracle du désespoir. Rien de pareil dans l'ancien Testament. Les puritains ne peuvent se comparer. Ils n’avaient pas assez souffert, ils restèrent d'ennuyeux citateurs de la Bible. Mais, les nôtres la refaisaient. » Dans le panthéon de l'historien, les Camisards sont les précurseurs de la Révolution et les premiers défenseurs français de la Liberté, « La chose fut absolument démocratique et populaire [...] elle fut nationale [...] Nulle part, la France n'est plus grande plus terrible. » L’influence de Michelet est considérable et impacte toute la tradition républicaine.

 

Une mémoire orale si forte et originale qu’elle « camisarde » toute l’histoire des Cévennes

page 50
De 1967 à 1973, j'ai moi-même fait une enquête systématique sur les traditions orales historiques en Cévennes, interrogeant plus de 120 personnes à travers toute la région des combats. Quinze ans plus tard, un ethnologue a recueilli beaucoup de récits dans une des principales vallées, la vallée Française. Or, cette tradition orale est bien différente de l'historiographie. Elle s'inscrit au cœur de la famille, dans un espace connu, le mas et ses terrasses environnantes. La plupart du temps, elle ignore les grands chefs et se réfère aux ancêtres grâce à qui la famille est restée protestante. Elle englobe sous le terme de Camisards la totalité de la résistance protestante, ressentie comme une résistance d’individualités et de familles.

 

La mémoire contemporaine des Camisards

page 61
Il est possible de suggérer une hypothèse : la fascination pour les Camisards n'est-elle pas celle attachée au mythe biblique du combat de David contre Goliath, avec le sentiment, même ici, au-delà des apparences, de la victoire de David ?

 

La guerre de Vendée, une invention révolutionnaire

 

La guerre

Les grands événements

1793

page 67
La France révolutionnaire est en guerre contre le reste de l'Europe qui s'est coalisée suite à l'exécution de Louis XVI. En mars 1793, une vague d'insurrections se développe en réaction à la décision prise par la Convention d'envoyer à la frontière 300 000 soldats pris dans l'ensemble du pays.

 

Quelle guerre ?

Une guerre religieuse

page 76
La révolte de Vendée a été déclenchée par les lois relatives à la constitution civile du clergé. La réaction des fidèles fut de s'opposer, par la force si besoin, au prêtre considéré comme favorable à la Révolution : l'église était fermée à clé et le curé ne pouvait pas célébrer l'office ou quand il le pouvait l'assistance était quasi inexistante ; les avanies étaient de toutes sortes, vitres du presbytère cassées, le chien du curé tué
[...]

Entre 1791 et 1793, nombre de ruraux, hommes et femmes, ont défendu les prêtres réfractaires, en les cachant lorsqu' ils devaient être déportés, en les protégeant lorsqu'ils officiaient dans des chapelles privées ou dans des forêts. C'est ainsi que, peu à peu, la lutte au nom des traditions communautaires et la défense du clergé réfractaire se sont trouvées liées au sort de la royauté qui était la hantise des révolutionnaires. Pout eux, toutes ces résistances ne pouvaient avoir que le retour à l'Ancien Régime comme objectif.

 

La force des traditions et le marqueur protestant

page 79
Il faut souligner que presque tous les chefs placés à la tête des blancs sont arrière-petits-fils des gentilshommes ou des bourgeois protestants convertis au moment de la Révocation ou même « religionnaires opiniâtres », dénoncés après 1685 à l'évêque de Luçon et à l'intendant de Poitiers. Comme l'historien des protestants de la Vendée, le pasteur Romane-Musculus se posait la question, ces nouveaux catholiques, souvent fort pieux, doivent-ils à leur ascendance réformée un esprit de « résistance » alors appliqué à une tout autre cause ? Quelques-uns, fort réalistes, jouissant des biens autrefois confisqués à leurs grands parents ou leurs grands oncles émigrés en Hollande ou en Angleterre, ont-ils craint que leurs biens soient restitués aux réformés rentrant en France comme la Révolution l'avait voulu ? L’assimilation catholique avait été forte, et même à peu près totale dans la noblesse.


Violence en révolution

Colonnes infernales, noyades, fusillades

page 104
La violence des combats est déjà atroce quand, en janvier 1794, le général Turrreau ordonne le lancement des colonnes incendiaires, vite devenues « infernales ». Laissant toute latitude à ses généraux et ses soldats, Turreau autorise des dévastations plus terribles encore : villages incendiés, hommes fusillés, femmes violées, enfants et vieillards torturés, le tout sans ordre ni efficacité d'aucune sorte puisque touchant tout autant des populations favorables à la Révolution ! Certains généraux refusent d'appliquer ces ordres et continuent à mener une guerre contre les hommes armés. Les destructions sont cependant considérables et certaines communes perdent ainsi plusieurs centaines de leurs habitants en l'espace d'une journée. [...]
Les juges des commissions militaires envoient à la mort des milliers de prisonniers. Le pire est atteint à Angers en janvier 1794, lorsque 2 000 femmes sont fusillées pour avoir participé à des messes ou pour être parentes de combattants vendéens - quand ce n'est pas pour avoir refusé de céder aux avances des juges !

À Nantes, le révolutionnaire Carrier délègue ses pouvoirs à des groupes extrémistes rivaux qui, dans l'hiver 1793-1794, fusillent plusieurs milliers de personnes, organisent des expéditions dévastatrices dans les campagnes, et noient sans doute 2 000, peut-être 4 000 hommes et femmes (parmi eux des prêtres, des jeunes gens) dans la Loire, dans des circonstances toujours mal établies. Sur ordre de la Convention, et notamment de Robespierre, Carrier est rappelé à Paris en février 1794.



Retour vers libres opinions
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.