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Madame la comtesse de Gasparin

Protestantisme radical
genre et pèlerinage au XIXe siècle

 

Michèle Bokobza

 

 

Editions L’Harmattan

290 pages - 30



Recension Gilles Castelnau


.

22 octobre 2018

Michèle Bokobza Kahan est professeur de littérature et culture françaises au département de français de l'Université de Tel-Aviv. Ses recherches portent sur la littérature du 18e siècle, les théories de l'analyse du discours dans la fiction et le discours testimonial religieux. 
Elle s’est intéressée à la comtesse de Gasparin, bourgeoise de Genève, dans la mesure où celle-ci a fait un voyage en Terre sainte et a laissé des notes de voyage et des essais.
Elle traite celles-ci comme elle dirige les thèses universitaires, de manière un peu froide et abstraite (elle nomme toujours la comtesse « De Gasparin » comme un professeur appelle un jeune étudiant).
On peut regretter qu’elle n’ai pas cru devoir citer des pages complètes de sa comtesse, ce qui nous aurait fait pénétrer dans sa spiritualité et son intimité et aurait peut-être mieux montré comment à cette époque et dans ce milieu on pouvait vivre spirituellement le contact avec la Palestine.

En voici néanmoins quelques passages.


Introduction


Le monde de la comtesse de Gasparin

page 41
La thèse fera plus intimement connaissance avec Valérie-Catherine de Gasparin de Genève, issue de familles bourgeoises connues, Boissier-Butini, protestantes de longue date.

Elle vit une sérieuse partie de son enfance dans le manoir de Valeyres-sous-Rances, dans le canton de Vaud, en Suisse. Elle est élevée et éduquée, avec son frère aîné Edmond, par un précepteur, monsieur Valette. Par lui, elle acquiert un savoir très riche dans plusieurs domaines : musique, peinture, cultures et langues vivantes, anciennes. Ses randonnées dans les champs et vignobles environnants sont le guide, la maîtresse-nature de liberté et découverte, porte de l'aventure. En fait, la nature est, pour de Gasparin, non seulement l'œuvre du Seigneur, mais aussi une source de renaissance : « Pour renaître, tout meurt dans la nature ! »


La comtesse Valérie de Gasparin

Cette thèse constituera une étude interdisciplinaire, croisant trois différents champs d'intérêt égal : le Pèlerinage vers la Terre sainte ; le Radicalisme protestant et le Genre. Tableau tridimensionnel s'alimentant de branches multiples venant enrichir une voie qui semblerait être connue par les voyageurs précédents, mais qui ouvre, ici, l'ère d'un mouvement assez révolutionnaire pour un XIXe siècle endormi, suspect aux aspirations féminines.
De Gasparin est un personnage qui correspond à une parfaite image regroupant la religiosité protestante du Réveil, souffle conflictuel en Occident, avec la reviviscence d'une prise de conscience profonde, chargée d’un écrit clair et confiant par ses tracés directs proclamant la liberté de l'esclave, individu victime d'un abus. Elle se soulève contre la soumission forcée. Elle revendique, soutenue par sa croyance assidue au Christ, une amélioration de l'état de l'être humain, et de la femme en particulier, sans hésitation, assumant les critiques. Sûre d’elle, elle est jugée comme « une voix qui s'est purifiée et qui monte dans un éther où jamais jusque-là on ne l’avait entendue. »

 

Le monde de la comtesse de Gasparin


Protestantisme radical


page 56
De Gasparin est née au début du XIXe siècle. Cette période, appelée aussi siècle du rationalisme, précède à celle des Lumières. L'héritage des Lumières se caractérise par l'établissement de diverses règles. Ces dernières prônent un besoin de progrès afin de pouvoir sortir de l'obscurantisme par la culture, un éclairage qui soit aussi bien dans la religion que dans le social, la liberté et le savoir. Elle se caractérise par l'établissement de règles de morale et de religion.

Elle s'assure « d'éclairer » la société vers une meilleure éducation et est en quête de traces de savoirs plus profonds, de cultures anciennes qui mêlent rêves et réalités.
[...]

Le protestantisme du Réveil introduit un véritable progrès social en mettant l'accent sur l'être en tant que facteur de la création divine. Grâce à ce même Réveil, la valeur inestimable de l’individu est consolidée, qui, à son tour, a contribué à l'amélioration du plan social. Cela conduit à des réformes positives.

[...]
Chargée de tous ces soucis, elle compatit en exposant en pensées sa piété pour « les classes pauvres », acte similaire à celui de Jésus. Elle se voit dans l'obligation de remplir son devoir : « Je vais aujourd'hui visiter les pauvres que m'a confiés le comité philanthropique de notre arrondissement », vu les besoins, l'instabilité et l’insécurité qui règnent.

 

 

Voyage au Levant – XIXe siècle


Femme-écrivain travers le désert de Syrie (1847-1848)

page 77
« La femme est composée d'infiniment petits ».

Être à la fois femme et écrivain, et voyager en Orient au XIXe siècle n'est pas approuvé en Occident. Mais de Gasparin assume, chargeant ses observations de pensées et idées embryonnaires.

Être femme, féminine dans le sens le plus tranchant, Valérie l'est et met cela en évidence dans ses écrits. Elle comprend les émotions des femmes et la justification d'expression d'être humain, formule ainsi une reconnaissance par l'éloge du moi individuel, moi la femme.

De Gasparin devient porte-parole légitime de la femme : « Cette femme n'écrit point pour écrire [...] Elle écrit pour entraîner les âmes du côté où elle croit la vérité. » L'Académie française lui octroie le prix Montyon en 1843 pour le livre Mariage au point de vue chrétien.

 

 

Pèlerinage à l’encontre du désert de Syrie (1847-1848)


Saintes Écritures et conduite : l’Évangile et la Bible

page 86
Les Saintes Écritures tracent leur sillon de conduite sur de Gasparin. Tous ses livres respectent l'Évangile et la Bible. Prenant tout au sérieux et de manière responsable, de Gasparin estime profondément les écrits et, en même temps, mêle fougue et ardeur, tout en proclamant dans ses livres des conseils éclaireurs aux âmes faussées ou perdues. La Bible a été l'une des véritables écoles. Tout ce qu'elle fait, entreprend s'accomplit à la lettre, et constitue un acte d'obéissance à la Parole de Dieu.

Son point de vue principal est reflété dans un de ses ouvrages, Mariage au point de vue chrétien. Ce dernier concentre ses visions chrétiennes sur la relation de couple. paru en trois volumes, il a reçu, en 1843, le prix Montyon de l'Académie française. Son époux, Agénor, a les mêmes principes qu'elle sur l'importance des fondements bibliques selon lesquels « tout au début de l'humanité, vous trouvez le couple. »

 

 

Études de voyage au féminin

page 108
Lors de ce pèlerinage, ce n’est pas l'évangélisation sa vraie mission, mais l'élévation personnelle, servir Dieu. Sa demande si explicite (« Tu feras des miracles dans ma pauvre âme ») n'est qu'une supplication de clarification. Deux récits pleins de solennité sont offerts. Celui de la visite de la grotte d'Élie n’est qu'une première étape. Élévation métaphorique, peut-être, mais chargée de sens profonds. Élie s'élève au ciel, elle de même spirituellement. Dans le second, elle s'adresse à Dieu, car elle ressent le vrai, qui n'est autre qu'une préparation à la réalisation de son but, sa mission. Cette traversée du désert est positive, et ce pèlerinage est la rencontre avec sa propre destinée.

 

 

L’Armée du Salut

page 185
Envers ces deux tendances, les corporations monastiques des Diaconesses et l'Armée du Salut, de Gasparin maintient en elle ce qui s’appelle une récusation totale, qu'elle légitime de manière détaillée et approfondie.
[...]
Comme il se doit d'être souligné, malgré leur approche à la Bible, ces deux organisations ont des tendances catholiques, par leur construction et organisation où l’individualité est bafouée, la considération de l'Homme supprimée : « Liberté, volonté, pensée, responsabilité, l'individu : supprimés sur toute la ligne. »

Une soumission au principal dirigeant de l'association se fait ressentir, est exigée, contrairement à ce qui a été souligné par saint Matthieu : « vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, vous me l'avez fait [à moi-même] ». Toute la théorie du mouvement du Réveil de Gasparin est donc balayée.

Bien que les établissements des Diaconesses aient été considérés comme apportant de l'aide et des soins aux pauvres, au regard de Gasparin, ils teintent leur action de dominance envers les femmes y résidant, contre-indiquant les Écritures et la Bible qui, elles, favorisent le mariage et non le célibat, l'aide et non l'oubli personnel en tant qu’être.

 

 

L’Armée du Salut


Première étape


page 206
La hantise de Gasparin pour toute forme de cloître progresse à tel point que, lors de sa visite en Basse-Égypte, la demande d'argent du copte pour bâtir un couvent l'amène à refuser de manière catégorique : « Dites-lui que ni Christ, ni les apôtres de Christ n'ont bâti de couvent. » Pour elle, le couvent n'est autre qu'une cage dorée qui domine les hommes.



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