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Jésus

l’homme qui préférait les femmes


 

Christine Pedotti

 

 

Editions Albin Michel

190 pages - 17,50



Recension Gilles Castelnau


.

19 octobre 2018

Écrivaine, journaliste et éditrice, Christine Pedotti est une intellectuelle catholique, directrice de Témoignage chrétien, connue notamment pour avoir fondé avec Anne Soupa le Comité de la jupe et la Conférence des baptisé-es de France, respectivement pour la défense des droits des femmes et des laïcs dans l'Église. Elle est une lectrice attentive et fidèle des Évangiles. Elle ne fait pas œuvre de théologienne dans ce livre, elle ne propose pas d’essais difficiles obligeant à étudier de manière scolaire ou universitaire les textes anciens.
Tout simplement et avec beaucoup de simplicité, dans un langage clair et agréable, elle raconte les histoires de femmes rencontrées dans les Évangiles Elle en recherche l’ambiance et le naturel des dialogues et des situations. Elle en fait ressortir l’originalité. Ainsi la petite veuve de Jérusalem, la femme au parfum, la Samaritaine, la femme courbée...
Les personnes peu au fait des récits bibliques seront surprises et intéressées.
Christine Pedotti nous présente des textes des Évangiles permettant de poser la question du mariage éventuel de Jésus, de sa relation avec Marie Madeleine, la place de Marie sa mère…
Il est clair qu’elle s’essaye à une lecture féministe des Évangiles et elle y réussit très bien, sans déraper ni trahir les textes.
En voici d’ailleurs quelques passages.

 

 

Du mariage ou du célibat de Jésus

[...]
page 46
Comment un jeune juif pieux et connaissant bien la loi religieuse a-t-il pu se soustraire à l’obligation de se marier et d’avoir une descendance ? La question est si sérieuse que certains spécialistes du monde juif du 1er siècle n'hésitent pas à envisager que Jésus ait pu se marier à l’âge où cela se faisait alors, vers dix-huit ans.

Les textes en notre possession ne faisant aucune allusion à une épouse ou une famille de Jésus, hormis celle dont il est issu, on explique ce silence par un veuvage précoce. L'hypothèse est à la fois romanesque et romantique. Le jeune Jésus aurait convolé à l’âge qui convient aux hommes juifs et pieux. On le suppose bien entendu très épris de son épouse qui, pour leur malheur, non seulement ne lui aurait pas donné de descendance, mais aurait succombé à une maladie - de fait, la mortalité à l'époque permet d'envisager Ile décès d'une jeune femme comme statistiquement crédible. Le jeune époux, devenu veuf, aurait été longtemps inconsolable. Cette épreuve lui aurait donné cette riche expérience humaine, ce charisme et cette empathie à l'égard de toute personne fragile, souffrante ou blessée que montrent les textes évangéliques.

C'est un bien joli scénario, mais il faut immédiatement dire que rien, absolument rien ne vient corroborer une telle hypothèse. On aura beau scruter les textes, il n'y a pas le moindre indice du moindre lien conjugal. La famille de Jésus, sa mère, ses frères, ses sœurs, sans être ni très présents ni très actifs dans les récits évangéliques, est citée à de multiples reprises dans des textes issus de sources distinctes, mais de lien matrimonial, nulle trace.
[...]

Le cas Marie Madeleine
[...]
page 49
Cependant, dans un texte dit « apocryphe », qui donc n'a pas été retenu par la communauté croyante, l'évangile selon Philippe, on trouve la mention suivante : « Le Seigneur aimait Marie plus que les autres disciples et l'embrassait souvent sur la bouche. Voilà de quoi enflammer les imaginations : enfin, on tiendrait la preuve de ce qu'on soupçonnait. Sauf que c'est aller beaucoup trop vite en besogne. Ce texte découvert en Égypte en 1945 est réputé avoir été écrit au IVe siècle de notre ère, et il est d'inspiration fortement gnostique, c'est-à-dire marqué par un fort dualisme corps/esprit et une vision péjorative des choses charnelles. Tous ces éléments plaident pour que la lecture qui doit en être faite ne soit pas littérale, mais symbolique. Dans ce cadre mental et spirituel, le baiser sur la bouche signifie la transmission du souffle, de l'esprit, bref, une communication d'âme à âme - c'est ainsi que Dieu parle à Moïse sur la montagne, de bouche à bouche. L'auteur de ce texte et ceux qui l'ont lu, loin de vouloir attester une relation charnelle de Jésus avec Marie de Magdala, tout au contraire établissaient leur proximité spirituelle. Outre l'évangile de Philippe, les autres textes apocryphes qui font état d'une relation que nous pourrions qualifier d' « amoureuse » entre Marie de Magdala et Jésus, l'évangile de Thomas et celui de Marie Madeleine, appartiennent tous à ce même courant gnostique; ces textes doivent être lus dans leur contexte culturel.

 

Les femmes préférées et oubliées

Femmes disparues, effacées, oubliées

page 167
La figure de Marie, la mère de Jésus, une femme mère et vierge, c'est-à-dire sans « danger » du point de vue sexuel, se substitue à Marie Madeleine. À partir du XIIe siècle, à la suite de Bernard de Clairvaux, la piété mariale s'amplifie en Occident. C'est Marie la Vierge qui se voit donner le titre de « nouvelle Ève » et la figure de la Pietà s'impose à partir du XIIIe siècle ; la mère éplorée remplace dans la représentation chrétienne l'image féminine et aimante de Marie Madeleine. La dimension d'apostolat féminin est entièrement gommée, comme le montre encore aujourd'hui la liturgie catholique.
Ainsi, chaque année, au matin de Pâques, les chrétiens relisent l'évangile de Jean dans lequel Pierre et Jean courent au tombeau. Or, étrangement, l'extrait retenu par la liturgie s'arrête sur l'étonnement des deux disciples : « En effet, ils ne savaient pas encore que, d'après l'Écriture, il devait ressusciter d'entre les morts. » Marie Madeleine est présente au début du texte lorsqu'elle découvre le tombeau vide et va avertir Pierre, mais le récit de sa rencontre avec Jésus et l'ordre d'aller annoncer la nouvelle aux disciples ne sont pas lus au matin de la grande fête de la Résurrection. Cette partie du texte n'est donnée à entendre que lors de la messe de semaine du mardi suivant Pâques, alors que bien sûr il n'y a plus grand monde dans les églises. La liturgie semble toujours considérer que cette rencontre de Jésus et de Marie de Magdala est une sorte de détail, une fioriture ajoutée au texte principal ; comme si ce qui comptait vraiment, c'était la course des deux disciples et non la confiance que Jésus fait à cette femme.

Le « cas Marie Madeleine » est sans doute l'illustration la plus évidente de l'implacable mouvement d'effacement des femmes qui a commencé très tôt dans l'histoire des premières communautés croyantes et qui perdure encore aujourd'hui. Doit-on l'imputer au modèle culturel patriarcal et masculiniste dominant dans la culture antique ? Certainement. Mais on demeure troublé de voir la puissance libératrice que Jésus a fait jaillir se briser sur un tel mur d'incompréhension et de déni. Le plus dérangeant étant de constater qu'aujourd'hui ce mur résiste envers et contre tout. Celles qui maintenant lisent les évangiles voient Jésus agir, parler, aimer, toucher, libérer les femmes. Il est légitime qu'elles s'interrogent : combien de temps faudra-t-il encore pour que les institutions qui portent ces textes en tirent les conclusions qui s'imposent et fassent enfin justice aux femmes comme Jésus lui-même l'a fait ?

 

 

Annexe

Des femmes prêtres ?
Ce qu’en dit l’Église catholique

[…]
page 179

On peut d'ailleurs raisonner par l'absurde : si le choix que Jésus a fait des Douze doit guider le choix du clergé, pourquoi ordonne-t-on des dizaines de prêtres et d'évêques au lieu de s'en tenir à douze (onze autour de Pierre), sous une forme ou sous une autre ? Pourquoi, alors que Jésus n'a choisi que des hommes juifs, choisit-on aujourd'hui des hommes qui ne le sont pas ? Pourquoi dans le choix, en effet restrictif, de douze hommes juifs ne retient-on que le mot « hommes » et non « douze » ou « juifs » ?

La faiblesse de ce raisonnement appuyé sur le choix des Douze par Jésus lui-même étant assez évidente, un dernier argument, prétendument décisif, est brandi : Jésus lui-même étant un homme, il faut que les prêtres qui agissent en figure du Christ le soient aussi afin qu'ils lui « ressemblent ». On est tenté ici de se laisser aller à l'ironie : les honorables vieillards dans leurs atours de pourpre et de dentelle qui trottinent dans les couloirs du Vatican prétendent-ils figurer de façon « ressemblante » le charpentier trentenaire qui courait les chemins de Galilée ?
[...]
En cette grave matière, il serait plus honnête d'affirmer que le choix exclusif d'un clergé masculin remonte à une très antique tradition et que pour cette très vénérable raison il faut examiner tout changement avec prudence, faire preuve de respect, prendre son temps, peser les choses... et peut-être en profiter pour réinterroger la figure du prêtre et le rôle du clergé. Lorsqu'une institution rencontre des difficultés à recruter son personnel d'encadrement telles qu'en connait l'Église catholique dans tous les pays où l'émancipation des femmes est acquise, il serait sans doute opportun d'ouvrir le débat plutôt que de vouloir le refermer par un argument d'autorité.



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