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Par-delà le silence

quand Dieu se tait




Gérard Delteil

doyen honoraire de la Faculté protestante de théologie de Montpellier


Éditions Olivétan

208 pages – 15 €

 

recension Gilles Castelnau

2 octobre 2018

Le pasteur Gérard Delteil nous fait partager la grande expérience qu’il a constamment enrichie durant son long ministère par ses lectures, ses réflexions, ses prédications, ses cercles d’études... Il est un homme de foi, d’approfondissement, de méditation de la Bible et du cœur des hommes.

Sous le titre général du Silence de Dieu, il nous dit toutes les questions soulevées par la vie telle qu’elle est, et les réponses, hésitantes, fragmentaires, toniques et encourageantes qu’il trouve dans la Bible. Ah ! sa lecture du livre de Job ! et celle du Cantique des Cantiques !
Il intercalle aussi ses chapitres de brefs interludes de penseurs contemporains.

En voici quelques paragraphes.

 

Prélude
Entre violence et silence

Le mal

page 21

Mais le souci de combattre le mal, de l'éliminer, conduit le plus souvent à projeter le mal sur l’autre, le différent, celui qui pense, croit ou vit différemment. Cette différence est ressentie comme une menace. D'où la tentation d'éradiquer le mal par élimination de l'autre : c'est le phénomène du bouc émissaire, expression dont l'origine se situe dans la tradition biblique : bouc sur qui est transféré tout le péché du peuple, et qui est expulsé au loin au désert (Lévitique 16.20-22). Que l'on songe aux multiples désignations qui stigmatisent l’autre dans le registre religieux : hérétique, renégat, apostat, idolâtre, infidèle, impie, blasphémateur, mécréant, etc.

Cette projection du mal sur la figure de l’autre va légitimer la violence comme une mesure protectrice, purificatrice, ou éradicatrice. Contre les ennemis de la foi, le combat prend la dimension d'une cause sacrée, d'une guerre sainte. Vision qui est à la racine de toutes les croisades d'hier et d'aujourd'hui.

Cette conception est souvent présente dans le Premier Testament. L'historiographie d'Israël en contient de nombreux exemples. Tout le livre de Josué, en particulier, semble participer de cette perspective. Lu dans sa littéralité, le récit raconte comment Yhwh mobilise son peuple, les tribus d'Israël, en vue de la conquête et de l'occupation d'un autre pays, la terre promise. Cette prise de possession du territoire s'accompagne de l'extermination généralisée des habitants, une forme de génocide, dans lequel guerre et liturgie sont étroitement entremêlées.

Or les recherches récentes attestent que ce récit est une fiction, une construction littéraire qui ne correspond pas à des événements historiques réels. Comment comprendre alors cette représentation ? Replacés dans le contexte dont ils sont issus, et dans lequel ils ont été rédigés, ces textes apparaissent comme une littérature de résistance, les rédacteurs israélites retournant contre l'envahisseur assyrien ses propres méthodes de propagande, afin de contester sa domination et sa légitimité. En soulignant que les autres peuples n'ont aucun droit à l'occupation de Canaan, ils visent en fait les Assyriens qui occupaient alors le pays. Et ils affirment la supériorité de Yhwh sur les dieux de l'Assyrie.

Ajoutons que d'autres traditions bibliques témoignent de vues théologiques différentes, et attestent à l'inverse une coexistence pacifique entre les tribus israélites et les populations environnantes. Mais qui ne mesure combien, pris à la lettre, des récits comme ceux de Josué peuvent dramatiquement alimenter aujourd'hui er légitimer les projets annexionnistes de colons israéliens s'implantant en Cisjordanie et expulsant les palestiniens de leur terre ?

 

Dans l'éblouissement de la vie

page 83

La grâce, c'est peut-être cette capacité de vibrer avec l'existence, d'acquiescer à la vie dans l'étonnement de ce qu'elle nous apporte, même là où les forces diminuent et où l'espace se rétrécit. La terre nous est donnée à aimer. L’existence peut prendre alors les accents d'un chant de reconnaissance, d'un hymne à la vie en dépit des incertitudes et des difficultés.

La grâce de Dieu n'est pas ce qui répond au péché mais ce qui répond au néant, écrit Olivier Abel. Elle ne vient pas couronner la nature dans ce qu'elle aurait d'imparfait, elle est au commencement. Le fait que Dieu ait créé le monde est une grâce. Toute apparition d'une existence, si jùgace soit-elle, à la face du monde, est déjà une grâce.

À la lumière de ce don originaire, le silence de Dieu peut être perçu tout autrement que comme une question ou un scandale (tel qu'il l'était pour Job), mais comme une approbation secrète donnée à notre vie. Que nulle Parole d'En-Haut ne fasse irruption peut être vécu comme la liberté offerte à la vie de se déployer dans la graritude et à la parole humaine de s'échanger dans la reconnaissance mutuelle.

 

 

Présence dans l'absence

 

L'absence comme la trace d'une présence

page 127

Marc, plus fortememnt, plus sobrement que tous le autres, me dit l’absence comme la trace d’une présence. Son récit est tissé de silences : le silence de Jésus pendqnt so procès, sous les outrges des soldats ; son silence sur la croix jusqu'à l'ultime cri. Le silence des femmes au matin de Pâques. Tout se dit entre ces silences, comme quelque chose qui se chuchoterait à mi-voix.

D'un bout à l'autre de l'évangile est posée la question : qui est-il ? L'identité de Jésus est la grande interrogation en débat. La réponse, nous l'avons vu, n'est jamais donnée. Ou bien, à peine donnée, la question est aussitôt relancée. La réponse reste en suspens. Le lecteur pourrait s'attendre à ce que cette réponse naisse enfin de la parole de Pâques. Mais les femmes s'enfuient, et ne disent rien à personne.

Il faut remonter plus haut. C'est devant la mort que surgit la réponse. Quand l'absence est la plus totale. Quand tout est fini, quand tout est perdu. Et dans la bouche de qui ? de l'ennemi romain, du centurion, responsable de l'exécution.

Le centurion qui se tenait face à lui, voyant qu'il avait ainsi expiré, dit : en vérité cet homme était fils de Dieu (Marc 15.39). Mais qu'a-t-il vu ? Un corps défiguré, inerte. Il n'a entendu qu'un cri de désarroi ou de révolte. Il n'a vu que l'absence. Et la nuit. Dans cette nuit, il discerne le Fils, la présence même de Dieu. Et cet étranger devient comme la voix de la communauté primitive, la voix de sa confession de foi : en vérité, il était Fils de Dieu. Il y a même comme un brin d'ironie : c'est le représentant du pouvoir de Rome, de l'empereur romain maître de l'univers, qui reconnaît dans ce supplicié, dénué de tout pouvoir, la présence même de Dieu.

Peut-on mieux dire que l'Évangile est le renversement de toutes nos images de Dieu ? Nous associons presque toujours Dieu à quelque pouvoir surnaturel, à quelque pouvoir au-dessus de tous les pouvoirs, qui nous ferait échapper à notre condition humaine. Le rêve religieux de tous les temps, c'est d'échapper à nos limites, à notre finitude, c'est un rêve de toute-puissance. Mais ici Dieu se dit dans la faiblesse, non dans la puissance. Dans la nuit, non dans la clarté. Dans la peur et la révolte, non dans l'apaisement. C'est dans l'absence que se donne présence. La mort de Jésus exorcise toute image de Dieu qui ne serait pas celle d'un amour allant jusqu'à l’extrême du don. La théologie chrétienne, dit en substance Martin Luther, n'a pas son origine sur les hauteurs, mais tout en bas, au plus bas des profondeurs. Elle s'arrête à cette figure du crucifié. Parce qu'ici Dieu se dévoile comme celui qui assume l'indicible de la souffrance humaine, toute cet: souffrance qui n'a pas de sens, qui n'aura jamais de sens,

 

Croire quand Dieu se tait

Une foi en dépît de

la prière possible

page 150

Cette attitude aspire à trouver ses modes d'expression. Peut-être sera-ce la musique, le chant ou le poème. Beaucoup de sensations passent par la musique que les mots ne sauraient traduire. Peut-être sera-ce un langage intérieur, méditation, contemplation. Prier, c'est causer, écrivait André Dumas. Par où il entendait l'intimité d'une relation, la spontanéité d'une communication toujours inachevée. Le silence de Dieu va opérer ici comme une ascèse : il va nous débarrasser des bavardages et des effusions, et nous reconduire à l'essentiel. Peut-être ne sera-ce qu'un appel ou un cri. Les Psaumes en connaissent maints exemples. En même temps ils s'offrent en leur écriture poétique comme un langage disponible favorisant l'appropriation de chacun. Les traits de situations concrètes s'y combinent avec l'expression de sentiments ou d'attitudes qui ont une résonance universelle. Cette combinaison du singulier et de l'universel, servie par le discours à la première personne, le je du locuteur, favorise l'identification par chaque lecteur ou lectrice, qui peur s’y reconnaître et venir occuper la place de ce je.

Se tenir devant Dieu tels que nous sommes comporte la liberté de se dire sans masques, avec nos désirs et nos angoisses, notre révolte et nos doutes, nos failles er nos espoirs.

Prier, c'est aussi se tenir devant Dieu avec les autres, Avec ceux qui nous sont proches et ceux qui nous resrenr lointains. Spécialement avec celles et ceux qui passeur par l'épreuve, et pour qui la vie est parfois un tourment. Nous ne sommes jamais seul quand nous prions. Même solitaire, la prière n'est jamais un acte individuel. Elle est un nous, comme l'exprime le Notre Père. Elle nous relie à une communion invisible qui transcende l'espace et le temps. Elle est mémoire des souffrances er des bonheurs vécus par d'autres. Elle est un lien, une présence à leurs côtés. Davantage, elle est une solidarité qui nous engage. Joindre les mains, c'est rejoindre les autres, comme aime à dire Laurent Gagnebin.

 

 

Ouverture

Ambivalence

page 196

La voix de l'étonnement. Admiration devant le mystère de la vie et celui de l'univers. Étonnement de se savoir reconnu-e, appelé-e à la vie, telle Marie de Magdala dans le jardin de Pâques, par une parole qui retentit au plus intime de l'existence. Surprise de découvrir les jours sous le signe d'une promesse qui éclaire le quotidien, et qui traverse même l'inconnu de la mort. Gratitude, émerveillement qu'éveillent les moments de clarté, de plaisir, de tendresse. Ce oui à la vie dans la reconnaissance.




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