Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Libre opinion

 

La femme cananéenne

- dépasser les barrières -

 

Matthieu 15.21-28

 

prédication

pasteur René Lamey 

 

25 septembre 2018

Les guerres et les conflits qui font l’actualité, au loin comme au près, cesseraient certainement assez vite si les hommes voyaient le visage du Christ dans les yeux de ceux qu’ils combattent. Evidemment, les choses sont peut-être un peu plus compliquées ; n’empêche : très souvent, les guerres ont leur origine dans le mépris de l’autre, qu’il soit homme, peuple ou nation.

Par exemple, dans l’actuel - j’allais dire l’éternel – conflit israélo-palestinien, il y a beaucoup de mépris de part et d’autre. Un mépris qui remonte loin dans le temps et dont on sent toute la profondeur – et toute l’inutilité – dans le récit que nous allons entendre et méditer.

Rester dans le mépris ou dépasser les barrières, tel pourrait être le titre de ma prédication.

Matthieu 15.21-28 
Jésus se rendit dans la région de Tyr et de Sidon. Et voilà qu’une femme cananéenne, qui habitait là, vint vers lui et se mit à crier :
-  Seigneur, Fils de David, aie pitié de moi ! Ma fille est sous l’emprise d’un démon qui la tourmente cruellement.
Mais Jésus ne lui répondit pas un mot. Ses disciples s’approchèrent de lui et lui dirent :
-  Renvoie-la, car elle ne cesse de nous suivre en criant.
Ce à quoi il répondit :
-  Ma mission se limite aux brebis perdues du peuple d’Israël.
Mais la femme vint se prosterner devant lui en disant :
-  Seigneur, viens à mon secours !
Il lui répondit :
-  Il ne serait pas juste de prendre le pain des enfants de la maison pour le jeter aux petits chiens.
-  C’est vrai, Seigneur, reprit-elle, et pourtant les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.
Alors Jésus dit :
-  O femme, ta foi est grande ! Qu’il en soit donc comme tu le veux !
Et, sur l’heure, sa fille fut guérie.

 

Avant de parler de l’attitude un peu bizarre de Jésus, faisons meilleure connaissance avec cette mère en souffrance. Qui est-elle ? Qu’a-t-elle dit ou fait de travers pour mériter pareil traitement ?

La réponse est dans le texte. Cette femme est une païenne, et qui plus est, une cananéenne, ce qui aggrave lourdement son cas : elle est descendante des Cananéens, un peuple qui a longtemps été l’ennemi juré des Israélites.
A l’époque de Jésus, tout cela, c’est du lointain passé, mais le passé, malheureusement, ça ne s’oublie pas si facilement ; les racines d’amertume et de mépris restent longtemps plantées dans les cœurs.
Cette femme est une païenne méprisée à laquelle on ne parle pas, mais elle, elle ose parler ! Elle sait que Jésus est un Rabbin, un Maître, une personne qui a de l’autorité, elle dit « Seigneur ». Elle est au courant des espérances et des attentes messianiques du peuple juif, car elle nomme Jésus « Fils de David ».

Elle n’en sait pas plus, mais elle en sait assez, et ce qu’elle sait – et là, elle peut déjà être un exemple pour nous – elle le met en pratique. Elle n’a pas attendu d’avoir un cours de théologie, elle sait aussi que ça ne fait pas d’apostropher un homme dans la rue, de crier devant tout le monde, mais tout cela, ça n’a pas d’importance, elle se jette malgré tout aux pieds de Jésus…
Tout cela n’a pas d’importance, car il y a urgence : sa fille souffre horriblement, et la maman aussi, peut-être pas physiquement, mais dans son esprit, dans son cœur. La souffrance des êtres proches, de ceux qu’on aime nous fait souffrir aussi ; cette souffrance nous pousse à chercher des solutions. L’amour peut faire de grandes choses, des choses qu’on n’aurait jamais pu faire, s’il n’y avait cette urgence, l’urgence de l’amour, v. 22 :

Seigneur, Fils de David, aie pitié de moi ! Ma fille est sous l’emprise d’un démon qui la tourmente cruellement.

 

Comment Jésus réagit-il ? Il ne dit rien, il ne fait rien ! Il reste de marbre, insensible à l’appel au secours ! Jésus continue son chemin comme si rien ne s’était passé…

C’est pas possible, on n’en croit pas nos yeux ! Ce n’est pas comme ça que nous connaissons Jésus ! Lui qui, dans les Evangiles, est toujours proche de ceux qui souffrent, lui qui, dans tous les récits, exauce toujours les demandes de guérison...
Pourquoi ce silence, pourquoi cette inertie ?
Juste pour mettre cette femme à l’épreuve, juste voir comment elle réagit ? Pour voir si sa foi est bien réelle ? Non, ça serait trop dur, trop cruel !
On ne comprend pas – les disciples eux-mêmes ne comprennent pas l’attitude de Jésus, une attitude apparemment froide, hautaine et fermée...
D’ailleurs, ils reprochent à Jésus son inaction :
-  « Maître, réponds donc, fais quelque chose, renvoie-là chez elle, qu’on en finisse ! »

Jésus finit par répondre, mais sa réponse ne nous aide pas plus, en tout cas pas à première vue : v.24 :

Ma mission se limite aux brebis perdues du peuple d’Israël.

Voilà la raison de son silence, de son inaction : il a d’abord été envoyé vers les siens. Cette réponse ne nous aide pas, elle nous paraît tout aussi incompréhensible que son silence !
Jésus refuse d’écouter et de soulager cette femme parce qu’elle n’est pas juive ? Allons donc ! Jésus ferait-il des différences entre les gens, entre les juifs et les païens ? Jésus serait-il raciste, ou membre d’un parti d’extrême-droite ? Une telle attitude tout simplement parce que cette femme et de race et de religion différente ?

Pour mieux comprendre la réaction et l’attitude de Jésus, il nous faut nous placer dans le contexte de l’époque, dans la mentalité de l’époque : une mentalité très exclusive et très nationaliste. Dans le contexte de cette mentalité-là, Jésus a parfaitement raison de réagir comme il l’a fait. Cette femme n’a aucun droit, elle ne mérite ni guérison ni salut, elle ne mérite rien ; c’est une païenne, elle n’a aucune part aux promesses de Dieu, point final !

Oui, mais ça, c’est la pensée de l’époque, des hommes de cette époque, c’est la conviction de la religion et du nationalisme juif de l’époque (mais qui, hélas, existe encore à l’heure actuelle en Israël, mais aussi dans tous les pays où la religion devient exclusiviste et fanatique), c’est donc la mentalité fermée et exclusive de l’époque, mais Jésus, lui, il va briser tout ça.
Dans un premier temps, Jésus semble entrer dans cette mentalité nationaliste – et s’il le fait, c’est pour en montrer les limites, s’il le fait, c’est surtout pour dépasser cette vision des choses.

Le silence de Jésus d’abord et ensuite ses dures paroles montrent aux disciples et à tout lecteur de l’Evangile combien les barrières raciales, religieuses et sociales sont cruelles et injustes et que nous avons à les dénoncer et à les dépasser.
Et pour dépasser ces barrières, il faut du courage, de la persévérance et de la foi ! Et cette femme cananéenne semble bien posséder ces qualités !

Elle ne se laisse pas démonter par les paroles de Jésus, elle revient à la charge, elle sent et elle sait au fond d’elle-même que Jésus ne ressemble à l’image qu’il semble donner de lui à travers son attitude a priori hautaine.
Son intuition est juste, car Jésus s’arrête. Elle se prosterne devant lui, et lui redit sa souffrance.
On pense là que Jésus va exaucer sa prière, mais non, il lui donne d’abord une réponse qui nous semble tout aussi mystérieuse que la première : v.26 :

-  Il ne serait pas juste de prendre le pain des enfants de la maison pour le jeter aux petits chiens.

A mon sens, cette parole n’est pas un refus supplémentaire, ni un obstacle de plus, mais une ouverture, une main tendue. Jésus a dû regarder cette femme, et dans ce regard échangé, il s’est passé quelque chose…Quelque chose de l’ordre de la complicité amicale... Jésus a vu qu’elle avait saisi ce qu’il voulait lui faire comprendre à travers ses paroles et son attitude...

« Il ne serait pas juste »

Selon la Loi religieuse des hommes, oui, pas selon Jésus...

Cette histoire de petits chiens et de miettes se comprend mieux quand on sait que les enfants représentent le peuple juif et que les chiens, terme méprisant au possible, ce sont les païens. D’ailleurs, Jésus nuance un peu : il dit :


« Les petits chiens. »

C’est une nuance pleine d’humour et de tendresse à l’égard de cette femme, une femme intelligente qui comprend très vite où Jésus veut en venir... v. 27 :

-  C’est vrai, Seigneur, et pourtant les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.

Réaction de Jésus : il est admiratif !

O femme, dit-il, ta confiance est grande !

Grande parce qu’elle a su persévérer malgré l’apparente rudesse de Jésus, grande parce qu’elle a osé s’exposer au risque de se voir rejetée, grande parce qu’elle placé sa vie, sa fille, son avenir entre les mains de Jésus !
Mais on pourrait dire que son humilité est grande aussi. Au travers de ses paroles, elle reconnait qu’elle est païenne, et qu’en principe, elle n’avait effectivement aucun droit et rien à attendre d’un Juif.
Et c’est justement pour cette raison-là que Jésus répond à sa demande : parce humainement et religieusement parlant, elle n’avait aucun droit, aucune possibilité d’être entendue et exaucée.

Ceux qui savent qu’ils n’ont rien à faire valoir, ceux qui n’ont aucun mérite à présenter, ceux qui viennent les mains vides, eh bien, c’est justement ceux-là que Jésus accueille, d’où qu’ils viennent, quoi qu’ils aient fait...

Ce récit, pour nous un peu incompréhensible et dérangeant à cause de cette apparente dureté de Jésus, est, au contraire, pour l’époque, une bombe jetée dans la mare du nationalisme religieux juif de ce temps comme de tous les fondamentalismes religieux et politiques de tout pays et de tout temps : même les païens – les étrangers, les autres, ceux qui ne pensent pas comme nous, ceux qui ne croient pas comme nous, ceux qui ne prient pas comme nous, (j’allais presque dire : ceux qui ne votent pas comme nous) eh bien, comme nous, ils ont droit à l’exaucement et au salut. Quel scandale pour les Juifs de l’époque, mais quelle bonne nouvelle pour tous les païens, pour tous ceux que nous excluons de la grâce et de l’amour de Dieu.

Pour terminer, résumons courtement :
Si Jésus nous semble un peu rude et sans cœur, ce n’est que :

1) pour mieux révéler notre propre dureté de cœur, notre propre fermeture aux autres,

2) mieux mettre en évidence les multiples barrières de mépris et de haines que nous élevons entre les hommes et entre les peuples

3) pour nous encourager à discerner, à dénoncer et à franchir ces barrières – avec le même courage que Jésus, et avec la même persévérance, la même ténacité, la même foi dont cette femme a su fait preuve.

Sa récompense : la guérison de sa fille.
Notre récompense : la guérison des relations, la réconciliation des peuples, moins de mépris et de préjugés et plus d’accueil et d’ouverture.
Puisse les attitudes de Jésus et de cette femme stimuler notre foi et nous faire aller de l’avant : il y a encore tant de barrières en moi, en nous, autour de nous, tant de barrières à ouvrir et à dépasser !

Amen !


Retour vers "libres opinions"
Retour vers "René Lamey"
Vos commentaires et réactions

 

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.