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Persécutée pour l’Évangile


 

Blanche Gamond

Saint-Paul-Trois-Châteaux 1664 - Zürich 1718

 

Editions Ampelos

138 pages - 10



Recension Gilles Castelnau


.

15 septembre 2018

Blanche Gamond est une héroïne de la foi protestante, abominablement traitée lors de la Révocation de l’Édit de Nantes.
Moyennant une rançon élevée ses proches ont pu la faire libérer de la terrible prison de Valence et elle put se réfugier en Suisse.
Elle y a rédigé ses mémoires que le pasteur Boris Decorvet a mises en forme et publiées ici.
Il y a quelques années Marie-France de Palacio en avait rédigé le récit dans un style fleuri qui le rendait facile à lire et saisissant qui fut publié par Olivétan et mentionné sur ce site :

Voici quelques passages de cette nouvelle édition.


 

Introduction

Boris de Corvet

[...]
(en1561) les réformés se livraient en toute liberté aux divers exercices de leur culte.
Le 2 juillet 1563, les habitants de Saint-Paul-Trois-Châteaux ayant embrassé en masse la Réforme, une assemblée générale est convoquée à son de trompe par ordre du bailli et des consuls, elle se réunit sous la halle. Les habitants déclarent publiquement « ne vouloir aucun service romain, cérémonie et superstitions papales, seulement la pure et libre prédication du Saint Evangile de Notre Seigneur Jésus-Christ. » Six prêtres, le bailli et les deux consuls votent avec le peuple pour l’adoption de la Réforme. L'évêque Jean de Joly dut se retirer et la vénérable cathédrale romane retentit du chant des Psaumes.

Pas pour bien longtemps. On ne sait pas à quelle date la cathédrale fut rendue au culte catholique, mais les pièces d’archives prouvent qu'en 1614 Saint-Paul-Trois-Châteaux possédait une école protestante et un temple non loin de l'évêché. Ce temple avait une cloche qui appelait les protestants au culte, cloche sonore et puissante qui devait, par la suite exciter la jalousie de l'évêque et provoquer de terribles dragonnades.
[...]
(Les dragonnades commencent dès 1683, deux ans avant la Révocation. Blanche Gamond refuse d’abjurer. Elle est arrêtée et incarcérée à Grenoble)


condamnée. Grenoble

page 38

Mais comme la basse-fosse était un mauvais séjour extrêmement humide, je tombai dans une grande maladie ; car j’étais détenue d’une fièvre chaude telle qu'on me croyait mourante et même je ne pouvais pas prendre le bouillon.

Comme je croyais de déloger de ce monde pour être avec mon Dieu, je m'efforçai d’écrire à M. mon bon parrain, et lui marquer qu'à peine aurait il reçu ma lettre que je n'eusse passé de ce monde au Père des esprits, et même la plume me tomba plusieurs fois des mains. Me voyant extrêmement mai, je priai le geôlier, et même une dame nommée Pouret, qu’ils eussent la bonté de me laisser voir ma mère, que je voulais lui demander pardon. On me répondit que le parlement devait le permettre ; mais trois jours après, on vint rapporter que si je voulais changer de religion, on laisserait entrer ma mère ; mais, hormis cela, que je ne la verrais jamais.

- Si vous m'empêchez de voir ma mère dans ce monde, je la verrai un jour dans le ciel, avec l'aide de mon Dieu.
- Votre mère a été à la maison, et même elle est à la porte, qui souhaite de vous voir, et si vous nous voulez promettre, elle entrera tout présentement.
- Je ne vous promettrai jamais. Dieu qui m'a préservée jusqu'à présent, le fera jusqu'à la fin. Et que sert-il de me persécuter ? Laissez moi ; car vous voyez bien l'état où je suis, qui ne me permet pas de vous répondre.
Mais comme ce n'était pas encore mon heure, et que j'avais à souffrir de plus grandes et cruelles persécutions, je relevai de cette fièvre maligne.

 

(Transférée à Valence)

page 60

La Rapine vint, transporté de furie et de rage, il avait un doigt d'écume à la bouche. Il me dit :

- Tu es encore là, gueuse, chienne ; on ne t'a pas baillé cent coups, et personne ne peut obtenir sur toi de quitter cette maudite religion ! Je le dis malgré moi tu souffriras comme un martyr du diable. Tu recevras les étrivières tout présentement, ensuite on te mettra dans un cachot, là où tu crèveras et finiras malheureusement tes jours ; étant crevée, on te jettera à la voirie ; le roi sera défait d'un méchant sujet. Voilà une chienne morte, un tison d'enfer, damné à tous les démons ; compte là-dessus, gueuse !

Et après qu'il eut joué toutes sortes de personnages, il s’en alla à la cuisine et dit aux cuisinières :

- Donnez les étrivières à cette huguenote ; mais ne l'épargnez pas ; si vous l'épargnez, vous serez mises à sa place.

A l'instant on me fit lever, et on me fit entrer à la cuisine. On ferma bien toutes les portes, et je vis six filles, chacune d'elles liait un paquet de verges d'osier de la grosseur que la main pouvait empoigner, et de la longueur d'une aune. On me dit :

- Déshabillez-vous ; ce que je fis.
- Vous laissez votre chemise ; il faut l'ôter.

Elles n'eurent pas la patience, elles-mêmes me l'ôtèrent, et j'étais nue depuis la ceinture en haut. On apporta une corde de laquelle on m'attacha à une poutre qui tenait le pain dans la cuisine ; en m'attachant on tirait la corde de toutes leurs forces, puis on me disait :

- Vous fais-je mal ?

Et alors elles déchargèrent leur furie sur moi, et en me frappant l'on me disait :

- Prie ton Dieu !

C'était la Roulatte qui me tenait ce langage.

Ce fut à ce moment-là que je reçus la plus grande consolation que je puisse recevoir de ma vie, puisque j'eus l'honneur d'être fouettée pour le nom de Christ, et de plus d'être comblée de ses grâces et de ses consolations. Que ne puis-je écrire les influences, consolations et la paix inconcevables que je sentais au-dedans de moi ! Mais pour le savoir, il faut passer par la même épreuve ; elle était si grande que j'étais ravie, car là où les afflictions abondent, la grâce abonde par-dessus. On avait beau s'écrier :

- Redoublons nos coups ; elle ne les sent pas, puisqu'elle ne dit mot ni ne pleure.

Et comment aurais-je pleuré, puisque j'étais pâmée au-dedans de moi ?

Mais, sur la fin, mes pieds ne purent pas me soutenir, parce que mes forces étaient faillies ; aussi j'étais pendue par mes bras, et voyant que j'étais comme couchée pat terre, on me détacha pour me frapper mieux à leur aise. On me fit mettre à genoux au milieu de la cuisine ; là elles achevèrent de gâter les verges sur mon dos, tant que le sang me coulait des épaules. Le courage me faillit, et je tombai sur ma face ; je m'écriai : « Mon Dieu, mon Dieu ! Miséricorde à moi, pauvre affligée ! » En même temps, elles furent deux qui me relevèrent de terre ; elles me tordirent les bras en me vêtissant ma chemise ; elles disaient :

- Demain vous en aurez autant, si vous ne changez pas.

- Je sais que je changerai de la terre au ciel ; mais pour de religion, jamais de ma vie.

Et comme elles me mettaient mon corset, je les priai de ne me le mettre pas, mais tout seulement mon manteau ; elles ne firent que pis, me serrèrent tant plus ; et comme j'étais enfle et noire comme du charbon, ce me fut un double supplice et double martyre. Ô douleurs inconcevables ! Ô maux cuisants ! Mon Dieu, adoucis mes maux qui sont en grand nombre !

 


Délivrance


page 120

Ce même jour, à trois heures après-midi, M. Clair, de Beaumont, proche de Valence, qui était détenu pour la religion dans l'hôpital de La Rapine, monta à l'infirmerie ; il eut la bonté de venir me voir, et sitôt qu'il eut approché mon lit, il me dit :

- Mademoiselle prenez courage, vous sortirez bientôt, car j'ai l'argent de votre rachat en ma poche depuis deux jours, et vous seriez dehors, si ce n'était que M. le recteur dit qu'il n’y a pas assez et il croit d'en tirer davantage de vous.

[...]

Lui-même me conduisit jusqu'à la porte avec la chandelle pour m'éclairer. C'était dans le même mois et année, qui était le 26 novembre 1687, que Dieu me délivra de mes ennemis. Louange, gloire et grâces lui en soient rendues immortelles dès maintenant et à toujours. Amen.



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