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Lettres de la Tour de Constance

 

Marie Durand

 

Présentation et notes de Céline Borello

 

Editions Ampelos

116 pages - 10


Voir sur ce site : Marie Durant

Recension Gilles Castelnau


.

13 septembre 2018

Marie Durand a été emprisonnée en 1730 à l’âge de 19 ans dans la sinistre Tour de Constance parce qu’elle était protestante. Et que ce n’était pas la religion du roi Louis XIV.
Ni du roi Louis XV qui a maintenu ces femmes en détention (et les hommes aux galères !)
Elle venait de se marier. Elle aurait pu sortir tout de suite si elle avait accepté d’abjurer. Ce qu’elle n’a pas fait. D’autres non plus.
Son frère Pierre était pasteur. Il venait aussi de se marier. Il a été pris et pendu pour cause de religion.
Maris n’a été libérée qu’à l‘âge de 57 ans, en 1768
On dit que c’est elle qui a gravé sur la pierre de la margelle de la Tour : « Régister » dans le style de son Ardèche natale.

Céline Borello publie ici 37 de ses lettres qu’elle écrivait à sa nièce, à des personnages influents don telle espérait qu’il pourraient les faire libérer ou à de généreux donateurs – comme ceux de l’Église wallonne d’Amsterdam – qui lui faisaient parvenir de l’argent, de la nourriture et du bois pour se chauffer.

Voici quelques pages de ce livre

 

Présentation de Céline Borello

page XII

Une existence carcérale, longue et douloureuse

Aux lendemains de la révocation de l'édit de Nantes, La Tour de Constance est une prison mixte et la salle basse accueille les femmes. Ce n'est que vers les années 1710 qu'elle devient une prison exclusivement féminine où ces dernières investissent également la salle haute, moins insalubre. Pour la plupart, les prisonnières étaient accusées d'avoir assisté à des assemblées clandestines ou d'être en lien avec des prédicants ou des pasteurs. Tel est le cas de Marie Durand en août 1730 : dans l'état des prisonnières qu'elle dresse en 1754, elle indique qu'elle a été « prise dans sa maison par rapport au ministère de son frère ».

[...]

Ces prisonnières ne sont pas seules toutefois. Avec elles se trouvaient parfois des enfants. Certains voient le jour en prison comme Élisabeth Vidal, née le 24 août 1737. Sa mère est Marie Vidal, entrée à la Tour en janvier. Rapidement l'enfant décède et son enterrement a lieu dans le cimetière d'Aigues-Mortes, le 3 octobre. D'autres y entrèrent avec leur mère. Marie Durand se lie particulièrement de sentiment pour la fille d'une des prisonnières: Catherine Goutez ou Goutès. Sa mère est Anne (son mari est galérien) et elle a été incarcérée en 1742 avec sa fille, alors âgée de six mois. Marie parle, dans une lettre à sa nièce de décembre 1753, de cette enfant qui n'a connu que la prison : « j'ai une petite avec moi de l'âge de douze ans, fille d'un martyr. Sa mère mange avec moi. »

 

page XVI
Pour ce qui concerne les dons en nature, on retrouve souvent mention de nourriture: des « légumes », du « riz », des « haricots », des « lentilles », des « pois ». Nous retrouvons là, l'essentiel du régime alimentaire des Français humbles du temps. Elles reçoivent aussi du « bois » qui parfois est « fort bon » et d'autres fois, « vert ». Il est bien utile pour se chauffer l'hiver et tenter de dissiper l'humidité persistante des lieux, en particulier durant les rudes hivers des années 1750.

 

 

Lettres de Marie Durand

 

page 2

A une amie

A la Tour de Constance, ce 29 mars 1759

Mademoiselle et très chère amie,

Note : Cette amie serait Mme Savine de Coulet. C'est cette même personne qui a remis à la cour (la reine puis Monsieur de Saint-Florentin) un placet en faveur des prisonnières de la Tour, rédigé par Paul Rabaut, en 1758.

[...]

Je voulais me taire, ma bonne amie, sur ce qui se passe dans cette ville, des raisons que nous avons par-devers nous, étant prisonnières et soumises à nos supérieurs. Vous devez m'entendre. Mais comme nous pourrions nous trouver enveloppées dans un des plus grands malheurs, si ce qu'on craint ici arrivait, comme il n'y a que trop d'apparence, je vais vous informer du fait : on craint ici avec raison une descente des Anglais, on se met en état de se défendre, comme tout bon et fidèle sujet de notre légitime prince doit faire ; il est très apparent que notre commandant s'enfermera dans notre cruelle prison avec sa garnison et, dans ce cas, on s'est entretenu de faire sortir les femmes et les enfants de la ville et de nous renfermer dans une maison de ladite ville.

Jugez quel serait notre triste état d'être ainsi exposées à la cruauté de l'ennemi qui n'épargne ni sexe, ni état. Nous serions exposées de tous les côtés comme vous sentez bien. On travaille dans l'enclos de notre tour, c'est-à-dire dans la conque, actuellement, à faire des piquets pour le long des côtes de cette mer, où l'on doit faire des redoutes depuis le Gros du Roy jusqu'à Agde ; on dit qu'il y a une flotte formidable anglaise à Toulon arec quantité de barques plates. Prions tous le souverain arbitre des événements qu'il apaise sa colère envers ce pauvre royaume et qu'il fasse rentrer son épée en son fourreau, qu'il ait compassion de cet État et de ses pauvres enfants par sa grande miséricorde. Et soyons toujours tous fidèles et zélés pour la défense de notre auguste et bien-aimé souverain, dussions-nous perdre tout notre sang pour son service.

[...]

Note : Dans le contexte de la guerre de Sept ans, la France craignait un débarquement des Anglais sur les places d’Aigues-Mortes et de Sète.
Les protestants étaient parfois vus comme des potentiels alliés des Anglais

 

 

page 9

À une dame, du 29 mars 1759

Note : Cette lettre était sans doute adressée à Madame de Pompadour mais a été retrouvée dans les papiers de Mme Savine de Coulet.

Madame,

Les bontés de Votre Grandeur ne doivent pas être mises au dernier rang de vos rares vertus ; nous en avons fait une heureuse expérience, puisque, par votre excellente charité et votre grand crédit, nous eûmes l'honneur de recevoir l'agréable visite de M. de Fitte de Montpellier, commissaire du roi. Il nous donna beaucoup de marques de sa bienveillance et eut pour nous toutes les douceurs de la véritable humanité ; il fit enregistrer nos noms et le sujet de notre détention. Notre triste sort lui arracha des larmes et il nous laissa entrevoir quelque espérance d'être délivrées.

Mais, Madame, six mois se sont écoulés et nous ne voyons point rompre nos verrous, nous gémissons toujours dans la plus affreuse de toutes les prisons, nous sommes accablées de douleurs et d'infirmités par son extrême humidité et l'horrible obscurité qui règne perpétuellement dans cette maison de force. Nous ne pouvons réfléchir les rayons du soleil de la nature, vrai symbole du « Soleil de justice », nous nous trouvons toujours entourées de ténèbres, la fumée qui nous étouffe ; elle est l'horreur des horreurs, nous pourrions dire un enfer anticipé, nous y passons une vie plus languissante, même plus amère que la mort ; et cela, Madame, les unes depuis vingt, les autres depuis plus de trente années, pour suivre les divins principes d'une religion qui nous ordonne de rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu.

Je sais, Madame, que vou sêtes extrêmement touchée de nos misères, mais que serait-ce si Votre Grandeur était à portée à voir notre état affligeant.

[...]

 

 

 

page 49

A des bienfaiteurs d'Amsterdam

A la Tour de Constance, ce 2 février 1757

Très chers et illustres bienfaiteurs,

Nous avons reçu dix-huit livres argent, chacune vingt-quatre que nous sommes, de même que le riz, les haricots et les lentilles que vous avez eu la bonté de nous envoyer.

Nous avons l'honneur de vous les remercier très humblement, et prions le Seigneur qu'il lui plaise vous en rendre la récompense en cerre vie en vous comblant des richesses de la nature et des trésors de la grâce, jusqu'à ce qu'ayant servi dans le conseil de Dieu dans la piété, la paix et la prospérité jusqu'au-delà de la vie humaine, vous soyez admis à la contemplation de la face de notre adorable Sauveur qui est le rassasiement de la joie.

Ce sont les vœux très ardents que nous faisons en vos faveurs, et celles de vos chères familles. Soyez persuadés, chers protecteurs, de leur sincérité et du respect avec lequel nous avons l'honneur d'être,

très illustres et chers bienfaiteurs,

vos très hunbles et très obéissantes servantes,

Les prisonnières,

La Durand.

 

 

page 70

Monsieur Chiron, restant à la Taconnerie

pour rendre, s’il lui plaît

A Mademoiselle Durand, à Genève

A la Tour de Constance, ce 21 décembre 1753

[...]

J'ai une petite avec moi de l'âge de douze ans, fille d'un martyr. (André Goutès fut envoyé aux galères en 1742 et sa femme, Anne, à la Tour de Constance avec leur fille Catherine, alors âgée de six mois. Anne mourut en 1760 et Catherine sortit de captivité en 1758.)
Sa mère mange avec moi. Cet enfant est l'admiration de tout le monde par sa modestie et sa sagesse, et j'entends très souvent qu'on dit : « Ah ! le brave enfant! Ce sont les soins de Mlle Durand ! » Je peux dire qu'il m'aime autant que sa propre mère par l'éducation que je lui donne. Je voudrais bien pouvoir t'en faire autant.

[...]

 

page 98

A Monsieur Cbiron, restant à la Taconnerie,

pour rendre, s'il lui plaît,

à Mademoiselle Durand, à Genève

A la Tour de Constance, ce 26 avril 1757

Si tu fus longue à me répondre, ma chère fille, je t'ai imitée. Ton retardement fut occasionné par un mauvais coup à une de tes jambes, me dis-tu, et le mien par une fort mauvaise fluxion aux yeux, qui m'a aussi fait beaucoup souffrir. Dieu juge à propos de nous affliger par bien des endroits. C'est un effet de son amour puisqu'il châtie avec plus de sévérité ceux qu'il aime avec plus de tendresse. Ainsi, ma chère enfant, baisons la main qui nous frappe et nous soumettons à cette volonté divine.

[...]

S'il t'était possible de me mander un psaume en gros caractères, qu'il y eût les cinquante-quatre cantiques, et que la musique fût bien réglée, tu me ferais grand plaisir, comme de me dire si cela sera en ton pouvoir, parce que sur ta raison je prendrais mes mesures pour m'en procurer ; comme aussi le jubilé chrétien et le jubilé romain, fait par monsieur Renoult. Si tu peux m'accorder ce plaisir, tu n'auras pas lieu de t'en repentir, car je serai reconnaissante au large.

[...]



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