Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Max Ernst, Jésus fessé par Marie


Être honnête avec Jésus

Honest about Jesus


Adrian Alker

prêtre anglican

 

conférence donnée à Abingdon (près d’Oxford)

 

Adrian Alker  Etre honnête avec Dieu

8 septembre 2018

Je ne commence pas par Dieu. L’évêque John Spong a dit que nous serions bien inspirés de bannir de notre langage le mot « Dieu » pour mille ans. De plus je pense que l’idée de « Dieu » s’est sclérosée dans notre héritage culturel actuel.
Je reviens du Sri Lanka et j’ai bien vu que dans ce pays à majorité bouddhiste on passe d’un temple bouddhiste à un temple hindou, à une mosquée puis à une église chrétienne aussi facilement qu’on passe d’un magasin à l’autre dans les rues d’Abingdon. Et naturellement dans un pays où tout le monde a une religion, tout le monde y puise aussi une idée de « Dieu ».
On ne peut nier que pour chacun de nous c’est notre éducation, la société dans laquelle nous vivons, notre culture, qui nous amène à une idée de Dieu évidemment judéo-chrétienne. Il est vrai que les choses changent rapidement, mais pour les gens de ma génération, Dieu est largement compris à travers la personne de Jésus et ce que l’Église en dit. Si donc on veut être honnête en ce qui concerne Dieu, il faut commencer par l’être avec Jésus.

J’ai devant moi sur mon bureau deux images de Jésus que j’ai délibérément rapprochées l’une de l’autre : l’une est une icône que j’ai reçue en cadeau d’un ami russe de Saint-Pétersbourg. Elle représente Jésus dans les bras de sa mère Marie. Il a un visage d’adulte et regarde avec adoration la madone dont le visage est plutôt triste. Une telle image de Jésus en représente des millions d’autres analogues, Madone et Enfant, Nativité, Crucifixion, Résurrection.

Mais la seconde image est bien différente. C’est un tableau de Max Ernst datant de 1926 représentant l’enfant Jésus fessé par sa mère. Jésus semble avoir environs 7 ans et son auréole a roulé sur le sol. A l’époque, l’archevêque de Cologne avait qualifié cette représentation de blasphématoire : comment un Christ sans péché aurait-il mérité d’être fessé ?
Le rapprochement de ces deux images montre bien l’importance et la difficulté de connaître le « vrai » Jésus.

Le plus ancien des évangiles canoniques, Marc, montre Jésus posant la question : « Qui dit-on que je suis ? » (Mc 8.27)
La question se pose : est-il le Fils de Dieu sans péché, né de la Vierge Marie, déclaré Sauveur et Rédempteur du monde par les conciles et les credo de la première Église ?
Ou était-il un être humain comme vous et moi, dont l’auréole pouvait glisser, remarquable prophète de son temps et pour son temps.
Ou a-t-il pu être les deux ?
Ou est-il pour nous ce que nous voulons qu’il soit : un sauveur personnel, un modèle de justice et de compassion, une présence divine dans nos vies au nom de la quelle nous pouvons jurer ?
[…]

 

Voici l’honnête image que je propose de Jésus de Nazreth :

Jésus était un influent maître juif dans la Galilée alors occupée par les Romains, en un temps de forte crise économique. Influencé par l’enseignement charismatique du Baptiste, Jésus attira des disciples en prêchant en paraboles un judaïsme centré sur la lutte en faveur du Royaume de Dieu.
Sa religion était totalement théocentrique, centrée sur Dieu dont il s’attribuait par excellence le rôle d’ « homme de Dieu ».
C’était vers Dieu, le Père céleste, notre Père, que Jésus dirigeait ses prières et enseignait à le faire.
Marcus Borg dit que Jésus était comme une lunette, non pas focalisée sur lui-même mais permettant de voir Dieu.
Il montrait une immense compassion pour le peuple – pas seulement pour les Juifs – et notamment pour les pauvres et les exclus qu’il voulait revitaliser.
Il était un excellent prédicateur et conteur, ils connaissait bien les Écritures hébraïques. Comme de nombreux Juifs il condamnait la collusion des autorités du Temple avec les occupants romains.
Il semble qu’il se soit délibérément situé dans une attitude d’opposition avec les autorités du Temple et c’est à la suite d’un incident qu’il fut arrêté et rapidement condamné à la crucifixion par Ponce Pilate.
Son message d’amour, de compassion et de pardon a engagé ses disciples à poursuivre son action en faveur du royaume de Dieu sur Terre dont ils attendaient la venue imminente avec l’intervention et le jugement de Dieu en faveur de son peuple.
Dans son enseignement, Jésus ne parlait pas de lui-même comme le Fils de Dieu mais après sa mort ses disciples, devenus les premiers chrétiens, lui ont attribué les titres de Christ de Dieu, de Seigneur et de Sauveur.

La plupart des chrétiens devraient approuver les grands traits d’une telle description, mais la trouveraient incomplète et même incohérente car ne permettant pas une compréhension globale de la théologie chrétienne qui enveloppe la seule personne de Jésus.
Borg parle du « Jésus d’après Pâques ».

Ce qui « manque » aux yeux des conservateurs à une telle présentation de Jésus serait quelque chose comme ceci :

Jésus était le Fils de Dieu qui préexistait, envoyé par le Père comme Parole incarnée, né de la Vierge Marie, homme-Dieu effectuant des miracles, y compris des miracles contre la nature qui attestaient de sa divinité. Sa mort sur la Croix représentait la manière par laquelle Dieu pardonnait nos péchés et restaurait notre humanité déchue. Ce fut par la puissance de Dieu qu’il fut ressuscité de sa mort terrestre et emmené au ciel dans la gloire de Dieu. Ce Jésus reviendra finalement du ciel pour juger l’humanité lors de la Résurrection générale.

Tout ceci est la matière des credo et des catéchismes traditionnels.

Entre les partisans de ces deux portraits de Jésus, un accord pourra-t-il jamais se faire ? Il y a, certes, un vaste éventail d’opinions entre les fondamentalistes durs qui ont la conviction de la vérité littérale absolue de la Bible (son inerrance) et les critiques libéraux considérant la Bible comme une création humaine.
Peut-on imaginer un accord ?

Les récits de la naissance de Jésus.
Il y a un consensus entre la plupart des biblistes pour dire que les récits de la naissance ne rapportent pas des faits historiques. Mais les paroisses et les pasteurs et des prêtres sont-ils prêts pour la plupart d’entre eux à se montrer honnêtes et clairs à ce sujet ?

Les récits de miracles de Jésus.
Sont-ils des récits légendaires ayant pour but d’exalter l’importance de Jésus ou des récits comme la tempête apaisée et la multiplication des pains rapportent-ils des faits qui se sont réellement produits. Faut-il d’ailleurs distinguer les métaphores des faits historiques ?
Souvenons-nous de la phrase de Crossan : « Dire que Jésus est l’agneau de Dieu ne signifie pas que Marie a eu un petit agneau ! »
Lorsque nous chantons les cantiques qui mentionnent la marche sur l’eau de Jésus ou l’apaisement de la tempête, qu’exprimons-nous en réalité et à quelle sorte de Dieu faisons-nous allusion ? Croyons-nous vraiment à un Dieu qui contrôle les éléments de la nature et envoie inondations, tsunamis ou sécheresse selon ses idées ?

Les récits de la mort de Jésus. Chrétiens progressistes et croyants conservateurs s’opposent sur le sens de la mort de Jésus.
La conception de la mort sacrificielle de Jésus est celle du salut du monde apporté par Jésus : le sacrifice substitutif apaise la colère de Dieu (Note de GC : On appelle ainsi la substitution de Jésus aux hommes dans l’exécution de la peine de mort méritée par le péché universel).
Le mot de péché se trouve partout dans nos liturgies et nos prières. Les radicaux protestent en disant qu’il s’agit d’une mauvaise compréhension de l’histoire et une mauvaise théologie. Mauvaise compréhension de l’histoire dans la mesure où elle présume que Dieu aurait lui-même planifié la mort de Jésus en tant que nécessité humaine, alors qu’elle n’était évidemment pas une nécessité divine.
A sa manière, Jésus mettait en question le système de Rome et celui du Temple. Ce fut sa passion pour le Royaume de Dieu et pour la loi de Yahvé qui l’ont amené à la mort.
Jésus est mort à cause des péchés du monde, non pour se substituer à eux en aucun sens.
La substitution pénale est tout simplement de la mauvaise théologie car aucun juif ni aucun chrétien – jusqu’au 12e siècle de saint Anselme n’aurait imaginé une telle notion de Dieu dans l’univers judéo-chrétien.
Etre honnête avec Jésus est être capable de comprendre sa mort d’une manière qui aide les gens du 21e siècle à penser au mal ainsi qu’au sacrifice que l’on peut être amené à faire.

Mais la question suprême est celle de la Résurrection.
Pour certains théologiens, comme John Spong, la résurrection signifie un éveil progressif à une nouvelle dimension de la réalité plutôt qu’un événement physique. De nombreux théologiens récusent l’idée d’une résurrection physique et notamment l’image du tombeau vide pour penser plutôt aux visions de Paul et d’autres. Borg notamment parle d’une vision de Jésus communiquant à ses disciples le sens de sa présence.
Crossan dit que le récit des disciples d’Emmaüs se renouvelle constamment.
Ce me semble la même chose de dire que l’Esprit de Dieu nous anime alors même que Jésus est mort.
L’affirmation « Jésus est le Seigneur » peut être la confession de foi manifestant la volonté de continuer l’œuvre du Royaume qu’accomplissait Jésus.
Pourtant la grande majorité des fidèles de nos Églises considèrent la résurrection de Jésus comme un fait matériel et historique, qu’elle soit exprimée comme la sortie physique de Jésus du tombeau ou comme les visions de Jésus ressuscité à ses disciples.
Une Église formatée par Jésus devra donc témoigner d’un dynamisme créateur, de nouveaux commencements plutôt que de résurrection et de vie éternelle.
Il est clair que la réconciliation des conservateurs et des libéraux bute principalement sur l’interprétation des récits bibliques de la résurrection de Jésus.
Ce qui est indiscutable est la conviction des disciples de la présence vivante de Jésus qui régénérait leur vie et les rendait prêts à mourir pour la Voie du Christ. C’est cette conviction qui a fondé l’Église. Il ne fallait pas forcément pour cela que le tombeau soit vide.

Pour être « honnête en ce qui concerne Jésus » je voudrais citer la phrase de Borg disant que Jésus est comme « une lunette permettant de voir Dieu », qu’il est la révélation parfaite de ce que serait Dieu si Dieu était interprété en langage humain. Jésus a montré par ses paroles et ses actes comment un homme de Dieu peut apporter l’Esprit, la puissance de Dieu, dans la vie des hommes. C’était son charisme, comme c’était celui des prophètes avant lui.

Le Jésus des évangiles nous révèle la plénitude de la vie humaine lorsqu’elle est animée par la puissance spirituelle dans la haine de l’injustice, l’incommensurable compassion pour tous les défavorisés et dans la joie, l’amour, la grâce et la miséricorde. En bref, une vie pleinement vécue reflétant la gloire de Dieu.

Comme Brian MacClaren, je ne veux pas m’attacher à Jésus comme un « chrétien vampire » intéressé par son sang pour mes péchés. Je veux plutôt que jésus s’attache à moi pour me faire son disciple, pour que j’aie la même passion que lui pour le Royaume de Dieu sur terre.
C’est là le tremplin pour une communauté chrétienne enthousiaste, c’est cela l’Église.



Retour vers libres opinions
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.