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Découvertes
sur le chemin
des Huguenots

Drôme, Isère, Savoie, Haute-Savoie


Philippe Lemonnier


 

Editions Ouest-France

120 pages - 15,90


Recension Gilles Castelnau


.

3 septembre 2018

Sur du beau papier glacé, environné de dizaines d’illustrations des paysages traversés, accompagné d’intéressants encarts explicatifs, ce texte présente emmêlés la description de chaque section du Chemin des Huguenots à travers la France et jusqu’en Suisse et des indications sur la situation malheureuse des réfugiés protestants qui se risquaient à ce périple.

On comprend que l’auteur a lui-même véritablement mis ses pas dans ceux des anciens huguenots. Il a gravi les nombreux dénivelés, passé la nuit ici et là. Il a compris les craintes de ces réfugiés et... admiré les paysages traversés.

Chaque page est ainsi illustrée de photos qu’il a manifestement prises lui-même, beauté locale qu’il nous apprend à regarder et chacune, vraiment chacune parle des souvenirs que les huguenots ont laissés en ces lieux.

En voici quelques exemples :

 

Introduction

page 6

S'il existe en France de très nombreux chemins à parcourir à pied, ils sont beaucoup moins nombreux, voire relativement limités - une ou deux poignées, peut-être ! -, ceux, qui réellement « font sens » … Ces itinéraires s'abordent comme un voyage à travers l'espace mais aussi à travers le temps, où certes la marche est un important vecteur, mais dont le moteur, l'attrait, la force et jusqu'à la quête, dépassent de loin le simple plaisir de la pérégrination - qu'il ne s'agit nullement de bouder, pour autant.

Le Chemin des Huguenots fait partie de ces itinéraires historiques, auquel répond l'appel de la route; c'est la voie d'exil qu'empruntèrent les protestants des anciennes provinces du Dauphiné et de la Savoie, au moment de la révocation de l'édit de Nantes, en 1685 ; persécutés, chassés et pourchassés, notamment par les dragons de Louis XIV, c'est à travers les massifs du Vercors et de la Chartreuse, qu'ils fuirent, dans l'espoir - parfois vain - de trouver refuge et salut à Genève, alors ouverte aux idées de la Réforme.

Le Chemin des Huguenots est tout à la fois un chemin d'exil, un chemin historique, un chemin d'espoir, un chemin de liberté et un chemin initiatique; c'est un chemin qui « fait sens » et dont la polysémie du terme traduit parfaitement, à la fois la notion de direction, de signification et de sensation.

Parcourir le Chemin des Huguenots, c'est mettre ses pas dans une des grandes aventures humaines de notre histoire, hors du commun... aussi dramatique fût-elle, alors que l'année 2017 commémore les 500 ans de la Réforme (1517).

 


 

 

LE POËT-LAVAL - DIEULEFIT

page 14

C'est entre champs de lavande et sentiers forestiers, que se profile le Chemin des Huguenots en pays de Dieulefit, quittant les hauteurs du vieux village; un sentier tantôt large, tantôt étroit; tantôt sablonneux, tantôt rocailleux; tandis que corbeaux croassent et vaches broutent, une odeur de pin et de chardon écrasé flotte dans l'air surchauffé d'un après-midi d'été finissant, emportant tout autant que le paysage le piéton vers la capitale du pays, Dieulefit.

Ce premier et court tronçon prend fin face au temple protestant, qui, aujourd'hui, a « pignon sur rue » ; situé sur la place centrale du bourg - place Châteauras - à la croisée des routes, il domine le carrefour principal de la commune ; un temple de robuste facture, bâti entre 1806 et 1810 à l'aide de pierres récupérées sur les ruines de l'ancien château. Le temple d'origine, jadis situé au cœur même des ruelles de la cité - place de l'Ancien Temple -, encore à prédominance protestante à la veille de la révocation de l'édit de Nantes, fut détruit cette même année 1685 par les catholiques ; lesquels, dans la foulée, entre 1703 et 1710, bâtirent sur ses ruines une seconde église, l'actuelle Saint-Roch. Tandis que les protestants, de leur côté, dévastèrent sans vergogne la chapelle Notre-Dame-de-la-Calle, avant d'incendier dix ans plus tard l'église Saint-Pierre.

Quoi qu'en pensent ou en disent d'aucuns, la cohabitation, et encore moins la concorde, entre les communautés catholiques et protestantes dieulefitoises, n'étaient pas des plus paisibles... Pourtant, au cours des siècles qui suivirent, le pays Dieulefit se fit terre d'accueil : pour les Espagnols fuyant la guerre civile et la dictature (lors de la Retirada), à partir de 1939 ; pour les Italiens fuyant le fascisme, lors de la Seconde Guerre mondiale ; comme pour de nombreux autres persécutés au cours de cette période : militants politiques, intellectuels et juifs ; quelque mille cinq cents d'entre eux y trouvèrent refuge, échappant à la « barbarie ». Pour cela, sept Dieulefitois furent reconnus comme « justes parmi les nations » par l'État d'Israël…

 


 

RIMON-ET-SAVEL - DIE

page 28

« Au mois d'avril 1562, une assemblée générale des chefs de famille de Die décide par un vote public d'adopter la Réforme... Et, le 1er mai, dans l'église des jacobins débarrassée de « toutes idoles » (les statues), Guillaume Farel prêche « le nouvel évangile dans toute sa pureté. » Les cordeliers et les dominicains se convertissent à leur tour et donnent leurs biens à la ville ; c'est ainsi que dans sa quasi-totalité Die devient une citadelle protestante. » (Itinéraires protestants de la Drôme, Val de Drôme et Diois de Pierre Bolle, Henri Desaye et Éric Peyrard aux éditions Ampelos, 2012)

En 1586, les ravages de la peste fauchent un grand nombre d'habitants, notamment en milieu citadin; rien que pour Die et sa région, les ravages se chiffrent à plus de cinq mille morts.

En 1604, une académie protestante est créée à Die, accueillant étudiants, professeurs et maîtres, venus de France, de Suisse, d'Italie... et même d'Écosse; on y enseigne le latin, le grec, l'hébreu, la rhétorique, la philosophie et, bien sûr, la théologie, mais encore la musique et le dessin.

En 1685, l'académie de Die est condamnée et le temple abattu. On note le retour en force des dragons, « provoquant des conversions aussi massives que rapides » et fictives. Un certain nombre de protestants du Diois, refusant d'abjurer leur foi, s'enfuient, d'abord en Suisse, puis en Allemagne, notamment en empruntant clandestinement l'actuel Chemin des Huguenots : artisans et ouvriers du textile, manufacturiers et marchands, agriculteurs... ; on note encore, parmi ceux qui s'exilent : un quincaillier, un maître perruquier, un maître de langues, un officier.

 



LES NONIERES – LE PERCY (Isère)

page 40

[...] Chacun s'accorde sur le chiffre de 3 000 : le nombre de protestants de la vallée du Rhône fuyant l'arrivée des dragons, qui empruntèrent le col de Menée dans les deux ans qui suivirent la révocation de l'édit de Nantes; une réalité tristement historique, que les protestants d'aujourd'hui commémorent toujours, chaque année, au pied de la croix de Menée, qui surplombe le col et son tunnel éponymes.

Un sentier, qui s'emprunte peu après la sortie du tunnel, entame une lente et longue descente - via d'abord la ferme puis les abords de l'ancien ermitage d'Esparron -, jusqu'au Percy et sa centaine et demie d'habitants, aux environs de la cote 800 ; Le Percy, perché sur son mamelon, avec vue ouverte sur 360 degrés, d'où, visible de très loin, émerge le clocher de l'église dédié à saint Jean-Baptiste - avec de belles grandes orgues et de nombreux et lumineux vitraux.

Ici et maintenant s'ouvre la porte sud-ouest du Trièves, un territoire en forme de haricot, adossé au massif du Vercors, qui s'étire vers Grenoble au nord et au-delà de Mens à l'est, et dont l'une des caractéristiques est la richesse et la variété de son patrimoine rural, plus particulièrement de ses toitures typiques très pentues, à deux pans ou à pan coupé... tout de «tuiles écailles » recouvertes d'un rouge écarlate. Les « génoises », ces corniches spécifiques à deux ou trois étages de tuiles, seraient comme autant de « marqueurs. »


 


VIZILLE – BIVIERS, VIA ECHIROLLES ET GRENOBLE


page 60

[...] Lors de la révocation de l'édit de Nantes (1685), alors que la ville compte déjà une vingtaine de milliers d'habitants, trois mille d'entre eux, des protestants, la quittent ; cela bien que Grenoble fît figure d'étape « accueillante » sur la route de l'exil vers Genève, reconnue pour sa « tolérance » - tout au moins pour une certaine « tempérance » - et dont la capacité à vivre en communautés (catholiques et réformés) s'était vérifiée tout au long des guerres de Religion.
Sans naïveté excessive, il est cependant à noter que les autorités ecclésiastiques (catholiques) de la fin du XVIIe siècle ne feront pas appel aux dragons du roi.

 

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Johannes Melsen est chef de projet pour la France du sentier Sur les pas des Huguenots. Il en anime le site internet.



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