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Jésus de Nazareth

Études contemporaines

 

ouvrage collectif

édité par Andreas Dettwiler


 

Ed. Labor et fides

302 pages - 24


Recension Gilles Castelnau


.

27 août 2018

Le professeur Andreas Dettwiler réunit ici les 10 contributions présentées dans le cadre d’un cours public organisé par la Faculté de théologie de l’Université de Genève au semestre de printemps 2016 sur le sujet du Jésus de l’histoire.

Ont ainsi participé Andreas Dettwiler de l’Université de Genève, Jürgen K. Zangenberg de l’Université de Leyde, Gerd Theissen de l’ Université de Heidelberg, Enrico Norelli de l’Université de Genève, Christian Grappe de l’Université de Strasbourg, Daniel Marguerat de l’Université de Lausanne, Annette Merz de l’Université de Groninguen, Martin Ebner de l’ Université de Bonn, Adriana Destro et Mauro Pesce de l’Université de Bologne, Jean Zumstein de l’Université de Zürich.

En voici des extraits :

 

Jésus a-t-il bel et bien existé ? la question des sources

Andreas Dettwiler

 

Les sources non chrétiennes 

Tacite

Le sénateur et historien romain Cornelius Tacitus écrit les « Annales » en 115-118. Il y décrit au livre 15 le grand incendie de Rome survenu en 64 sans doute ordonné par Néron.
Néron produisit comme inculpés et livra aux tourments les plus raffinés des gens, détestés pour leurs turpitudes, que la foule appelait « chrétiens ».
Ce nom leur vient de Christ, que, sous le principat de Tibère, le procurateur Ponce Pilate avait livré au supplice ; réprimé sur le moment, cette exécrable superstition faisait de nouveau irruption, non seulement en Judée, berceau du mal, mais encore à Rome, où tout ce qu'il y a d'affreux ou de honteux dans le monde converge et se répand.
On voit que Tacite n'a aucun intérêt à décrire en détail la vie et le destin tragique de Jésus. Il ne mentionne pas ce nom, mais se sert de l'appellation « Christ » qu'il comprend pourtant comme nom propre et non comme désignation messianique. Il l'évoque uniquement comme fondateur d'un nouveau mouvement obscur ayant vu le jour en Judée et s'étant répandu jusqu'à la capitale de l'Empire romain. De l'existence de Jésus, il ne retient que sa condamnation à mort par Ponce Pilate.

 

Suétone

L'avocat romain Gaius Suetonius Tranquillus (env. 70 à 140 apr. J.-C.) est avant tout connu pour son œuvre biographique « Vie des douze Césars », rédigée probablement entre 117 et 122. Dans sa biographie de l'empereur Claude (41-54), Suétone évoque l'attitude de Claude à l'égard de plusieurs groupes ethniques, entre autres des Juifs. À propos des Juifs de Rome, il écrit :

Comme les Juifs se soulevaient continuellement, à l'instigation d'un certain Chrestos, Claude les chassa de Rome.
L'expulsion des Juifs de la capitale romaine dont il est question ici, date probablement de l'an 49.

Qui est ce Chrestus ? Le nom latin est une translittération de la forme grecque Chrèstos, un nom bien connu dans le milieu gréco-romain, notamment pour désigner des esclaves (Chrèstos signifie « utile », « serviable »). On a ainsi parfois suggéré d'y voir un agitateur inconnu du nom de Chrestus qui faisait partie de la communauté juive de Rome. Pourtant, ce nom n'est pas attesté en milieu juif de la capitale romaine. Il est donc plus probable que Suétone se référait à la figure du Christ, en confondant Chrestus et Christus.
Le terme Christus, dans un contexte romain, n'était plus compréhensible comme désignation messianique mais comme nom propre.
Si l'hypothèse est juste, Suétone a probablement été de l'avis, erroné, que le Christ aurait été un personnage présent au sein de la communauté juive de Rome.

 

Flavius Josèphe

Historien juif, publie les « Antiquités Juives » en 93-94. Il est issu de l’aristocratie de Jérusalem et participe d’abord à l’insurrection des Juifs en Galilée contre les Romains en 66. Il devient prisonnier de guerre et est libéré deux ans plus tard. Durant la deuxième partie de sa vie, il s’installe à Rome et essaie, par ses écrits, de faire connaître le judaïsme à un public gréco-romain. Il écrit en grec.

Jésus, « un homme sage »
Vers le même temps survient Jésus, homme sage, si toutefois il faut le dire homme. Il était en effet faiseur de prodiges, le maître de ceux qui reçoivent avec plaisir des vérités. Il se gagna beaucoup de Juifs et aussi beaucoup du monde hellénistique.
C'était le messie (le Christ).
Et Pilate l'ayant condamné à la croix, selon l'indication des premiers d'entre nous, ceux qui l'avaient d'abord chéri ne cessèrent pas de le faire.
Il leur apparut en effet le troisième jour, vivant à nouveau, les divins prophètes ayant prédit ces choses et dix mille merveilles à son sujet.
Et jusqu'à présent le groupe des chrétiens, dénommé d'après celui-ci, n'a pas disparu

Les trois passages en caractères gras constituent, sans doute, des interpolations chrétiennes ultérieures)

 

 
Pline le Jeune

Dans le célèbre échange de lettres de l’an 110, Gaius Plinius, dit Pline le Jeune avec l’empereur Trajan à propos des persécutions de groupes de chrétiens dans la province romaine de Bithynie-Pontus, Pline retranscrit le témoignage de chrétiens qui avaient renoncé à leur foi afin d’échapper à la condamnation à mort
Les chrétiens affirmaient que toute leur faute, ou leur erreur, s'était bornée à avoir l'habitude de se réunir à jour fixe avant le lever du soleil, de chanter entre eux alternativement un hymne au Christ comme à un dieu (Christo), de s'engager par serment non à perpétrer quelque crime mais à ne commettre ni vol, ni brigandage, ni adultère, à ne pas manquer à la parole donnée, à ne pas nier un dépôt réclamé en justice ; ces rites accomplis, ils avaient coutume de se séparer et de se réunir encore pour prendre leur nourriture, qui, quoi qu'on dise, est ordinaire et innocente.

 

 

Jésus en relation - des adeptes, des alliés et des adversaires

Enrico Norelli

 

Introduction : Le cadre des relations de Jésus

[...]

Une « bonne » nouvelle est le plus souvent prise comme telle pour certains et indifférente, voire mauvaise, pour d'autres. Une bonne nouvelle pour les pauvres, les affamés ou les opprimés n'était pas forcément aussi positive pour ceux qui les exploitaient, les affamaient, les opprimaient, éventuellement à l'aide du pouvoir que leur conférait leur position de médiateurs autorisés entre Israël et son Dieu. Ceux qui ont vraiment été hostiles à Jésus étaient sans doute moins ceux qui discutaient avec lui de pratiques religieuses que ceux qui se voyaient menacés dans leurs privilèges par son message.

[...]

Des tensions traversaient le système (de l’empire romain), en premier lieu celles entre la campagne et la ville. Dans l'économie agraire avancée qui était celle de la terre d'Israël, c'est la campagne qui produit la richesse, mais la ville la draine à l'aide de la fiscalité. Cette fiscalité, conjointe au caractère précaire de l'économie agricole, tend à ruiner les petits cultivateurs indépendants. C'était une politique consciemment poursuivie par les grands propriétaires fonciers qui agrandissaient ainsi leurs domaines: habitant en ville, ils géraient leurs terrains par des administrateurs, qui employaient
les paysans ruinés comme travailleurs journaliers.

 

 


Jésus le poète, maître de sagesse. Une rhétorique de l'excès

Daniel Marguerat

 

Une des plus belles études en français sur le Jésus de l'histoire date de 1863. Elle émane du grand savant que fut Ernest Renan. Sa Vie de Jésus (1863, 1867) est remarquable, tant par sa qualité d'écriture (la langue, superbe, évoque Victor Hugo) que par le sérieux de sa recherche historique.

[…]

À ses auditeurs frustes, dont « l'ignorance était extrême », Jésus prêche en plein air et s'inspire de la douceur de la nature.

Jésus vivait avec ses disciples presque toujours en plein air. Tantôt il montait dans une barque, et enseignait ses auditeurs pressés sur le rivage. Tantôt il s'asseyait sur les montagnes qui bordent le lac, où l'air est si pur et l'horizon si lumineux. La troupe fidèle allait ainsi, gaie et vagabonde, recueillant les inspirations du maître dans leur première fleur. Un doute naïf s'élevait parfois, une question doucement sceptique: Jésus, d'un sourire ou d'un regard, faisait taire l'objection. [ ... ] Sa prédication était suave et douce, toute pleine de la nature et du parfum des champs. Il aimait les fleurs et en prenait ses leçons les plus charmantes (Renan 1867, 172-174; 2016, 261-262).

Cette image d'un Jésus poète à la voix douce, d'un Jésus enseignant inspiré par la nature et le parfum des champs, nous paraît aujourd'hui désuète.

[...]

Je ne comprends pas, pour ma part, la dimension poétique de Jésus à la manière de Renan. Je pense à l'inverse que Jésus ne fut pas le chantre de la douceur et de la suavité, mais le porteur d'une parole en excès. Au sens étymologique, « poète » vient du latin poeta, dérivé du grec poiètès formé lui-même sur le verbe poieô, faire : le poète est un créateur, un fabricant, un artisan. Le poète est celui qui fait avec les mots. Mieux encore: le poète est celui dont les mots font, dont les mots ont un effet. Ses mots touchent, émeuvent, frappent, choquent, surprennent l'auditeur. D'où ma question : comment les mots de Jésus ont-ils produit de l'effet ? En quoi et comment Jésus fut-il poète ?

 


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