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Une Protestante
au temps des dragonnades


Anne de Chaufepied

 

Françoise Winter

 

Ed. La Geste

 

 168 pages - 20 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

14 août 2018

Françoise Winter nous fait revivre avec beaucoup d’art et de sensibilité les années terribles qu’a vécues sa lointaine ancêtre la noble Anne de Chaufepied lors de la Révocation de l’Édit de Nantes.
Elle a rassemblé tous les éléments historiques qu’elle a pu trouver et les a transcrits en dialogues, et en récits très vivants.

Elle cite en exergue un entretien de Catherine Clément entendu sur France Inter :

« Le roman devine la vérité et ne peut se tromper,
J’ai inventé des choses qui étaiennt vraies »

Et ces pages, qui sont historiquement – hélas – parfaitement plausibles, présentent ces événements de manière tout à fait crédible et concrète de sorte que nous nous en sentons contemporains.

La famille de Chaufepied a été partiellement protégée de la perscution par son appartenance à la noblesse et ses héroïnes n’ont pas subi les violentes exactions qui ont frappé les milieux populaires : pensons aux femmes enfermées à l’atroce Tour de Constance d'Aygues-Mortes et aux hommes brûlés vifs, roués ou envoyés aux galères. Le sort d’Anne de Chaufepied a néanmoins été pitoyable. Ce livre nous fait partager son énergie indomptable et suscite compassion et admiration.

En voici deux passages :

 


Chapitre XIII

- Marie Bégnine, prions encore un peu, je t'en conjure !
- Anne, il est temps d'y aller, notre passeur doit nous attendre.

Il était convenu que nous soyons vers les neufheures Place Abert afin d 'y embarquer !

- N'avons-nous rien oublié ? Tout cela est tellement précipité !
- Anne, cela fait des semaines que nous attendons et sans l'intervention de ce haut personnage de La Rochelle, nous n'aurions jamais pu trouver cet embarquement. Ne risquons pas de le rater, c'est notre dernière chance de rester dans notre foi et de retrouver les nôtres.

Notre petite troupe composée de mes deux tantes de La Forest, de mes amies Mesdemoiselles de Boiragon, de La Saumaise, de Saint Lorens et de moi-même se dirigea vers la Place Abert. Nous avions rempli de gros sacs des effets dont nous pensions avoir besoin pour une longue traversée. J'avais emporté ma Bible en trois volumes, malgré les reproches de mes amies et au fond d'une poche cousue à même mon jupon, je cachais mon psautier. Le savoir là, contre ma jambe me rassurait.

Nous trouvâmes une encoignure de porte cochère contre laquelle nous nous fîmes les plus discrètes possible. Notre petite troupe ne pouvait passer inaperçue. Dieu merci nous étions au crépuscule, et le jour s'estompant de plus en plus vite pour laisser place à une nuit sans lune, personne ne se trouvait sur la place. Dix heures avaient sonné au clocher de l'église la plus proche depuis fort longtemps et, à notre avis, il devait être près de onze heures lorsqu'un homme se présenta enfin et se fit connaître comme étant Diligent, notre passeur. Nous lui remîmes chacune un louis d'or, comme il avait été convenu.

Il nous fit monter sur sa barque où nous passâmes la nuit dans l'inconfort et surtout l'angoisse de ne comprendre pourquoi nous attendions de la sorte. Il nous fallait attendre la marée, nous informa Diligent. Au point du jour, il nous fit descendre au fond de la barque pour nous cacher à la vue des garde-côtes. Nous eûmes la surprise d'y voir plus de quarante personnes, alors qu'il avait été convenu que nous serions les seules à bord ! Comme nos compagnons d'infortune, nous ne pouvions que faire confiance et prier Dieu que Diligent soit un honnête homme.

Celui-ci conduisit sa barque et nous ne savions ni où ni quand ce passage prendrait fin, lorsque vers les deux heures de l' aprèsmidi nous fûmes abordés par une patache de Rhé. Le garde, après plusieurs menaces de nous prendre tous, écouta nos arguments et se laissa convaincre de nous laisser contre cent pistoles que nous rassemblâmes aussitôt. Il nous donna sa parole qu'il ne nous poursuivrait pas.

Vers les cinq heures du soir, enfin, la barque aborda le navire anglais qui devait nous emmener loin de France.

Le batelier nous y fit monter tous avec précipitation, content de se décharger enfin de cette cargaison encombrante.

À peine avions-nous posé le pied sur le navire que la patache qui observait la scène non loin, arraisonna le navire. Le capitaine et les marins anglais essayèrent bien d'opposer une résistance mais les officiers français en vinrent vite à bout. Tous les fugitifs furent retenus prisonniers de même que le capitaine anglais. On nous fit passer la nuit à bord de la patache, dans le plus complet désarroi, ne sachant ce qu'il allait advenir de nous. D'autant plus que les marins pillèrent nos bagages et autres baluchons et que, comme bon nombre,je perdis toutes mes hardes, sauf les vêtements que je portais.

Le lendemain, 25 avril 1686, on nous conduisit à la Citadelle de Rhé où nous fûmes reçus par le major. Il fit séparer les hommes des femmes, menant les premiers au cachot, et nous dans une salle du corps de garde. Mes amies, mes tantes et moi-même avions la chance de rester ensemble et de nous soutenir dans cette épreuve quand d'autres femmes se trouvaient séparées de leur mari et pleuraient, s'inquiétant du sort qui leur serait réservé.

Deux heures plus tard, on nous mena dans des chambres voisines avec la liberté de nous voir les unes les autres. Nous y retrouvâmes trois filles couraqeuses que nous connaissions car elles avaient servi certaines d'entre nous.

 

 

Chapitre XVIII

Il y avait peu de jours que j'étais à Niort, alitée du fait de cette forte fièvre qui ne me quittait toujours pas. Une religieuse entra dans ma chambre et me dit de me lever car il y avait là l'intendant du Poitou qui désirait me parler.

- L'intendant Nicolas de Foucault ?
- En personne !

Je fis un grand effort et me résignai à le rencontrer. Sa renommée était telle que c'est avec inquiétude que je suivis la religieuse. À mon grand étonnement, Monsieur de Foucault me fit tout d'abord mille excuses de ce que l'on m'avait tirée du lit alors que j'étais malade. Il l'ignorait et aurait remis sa visite s'il en avait été informé.

- Monsieur l'Intendant, que me vaut l'honneur ?
- Mademoiselle, vous me voyez là fort contrarié.
- Contrarié, Monsieur l'Intendant ?
- Certes, oui, je ne comprends pas votre obstination à persévérer dans l'hérésie.
- Je ne suis pas hérétique, Monsieur, je suis chrétienne tout comme vous. J'ai la même religion que vous, mais la mienne est réformée. Elle va à l'essentiel que sont les Écritures. Je puise, comme tous mes coreligionnaires, ma Foi et ma conduite directement des enseignements de Jésus Christ.
- Prétendument réformée ! Vous comprenez bien qu'il ne peut y avoir en France qu'une seule religion, celle du Roy. Si, comme vous le soutenez, nous avons la même, abjurez, Mademoiselle.
- Je ne peux, Monsieur. Je ne peux abandonner la foi de mes ancêtres. Songez que Jehan de Chaufepied, le premier a adopté la religion huguenote en 1561. Convenez que je ne peux être parjure à cet homme-là ? Ni à son fils, mon grand-père qui fut ministre à Niort pendant trente-six ans, au dëbut de ce siècle. Pas plus que je peux être infidèle à la lignée de ma mère, les De La Forest, pasteurs à Mauzé.
- Vos épreuves ne cesseront que lorsque vous aurez reconnu votre erreur et celle de vos ancêtres.
- Croyez-vous, Monsieur, que Dieu aurait laissé cette religion vivre plus de cent ans et s'étendre si elle n'était bonne ?
- Vous ne sortirez pas de ce couvent, mademoiselle de Chaufepied. Vous ne retrouverez jamais la liberté si vous continuez à vous obstiner.
- On m'a rendu ma Bible, alors ma liberté est là. De plus, au sortir de ce cachot de la citadelle de Rhé, je trouve mon séjour chez les Ursulines d'une incomparable douceur.

Il continua ainsi avec douceur et ménagement à me solliciter à changer de religion, me faisant miroiter tous les a vantages que j'en tirerais. Il était accompagné de quelques personnes que je ne connaissais pas et qui s'employèrent à user d'arguments pour me convaincre. Une fois de plus, je répondis calmement mais fermement que je ne pouvais aller contre ma conscience. Il me quitta en recommandant aux religieuses de me gagner à leur cause par la douceur, sans rigueur ni disputes.

[...]

 


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vrier 2018  

 

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