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L’axe anti-migrants

une nouvelle Contre-Réforme ?

 

En s'unissant contre l'accueil des migrants,
Vienne, Munich et Rome renouent avec l'Europe catholique identitaire du XVIIe siècle
contre l'esprit protestant d'ouverture sur le monde,


 

Michel Eltchaninoff

 

article paru dans le mensuel Philophie magazine
juillet-août 2018

 

23 juillet 2018

En appelant, le 14 juin, à un « axe des volontaires dans la lutte contre l'immigration illégale » entre Vienne, Berlin et Rome, le chancelier autrichien Sebastian Kurz en a fait frémir certains. L'Autriche assure la présidence de l'Union européenne depuis le 1er juillet et compte stopper l'afflux de migrants au sein de l'UE avec l'aide d'autres pays. Quant au ministre de l'Intérieur allemand, Horst Seehofer, également président de l'Union chrétienne-sociale (CSU) bavaroise, il a sommé la chancelière Angela Merkel de durcir la politique d'accueil du pays, Le leader de la Ligue du Nord Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur du gouvernement italien, multiplie les gestes politiques - refus d'accueillir les migrants de l'Aquarius, volonté de recenser les Roms de la péninsule - afin de montrer qu'il s'oppose à l'immigration.

L'hostilité aux migrants crée des solidarités inédites en Europe. À moins qu'elle n'en fasse renaître des anciennes. Cet axe Vienne-Munich (et non Berlin)-Rome rappelle beaucoup moins la Seconde Guerre mondiale que la Contre-Réforme catholique, dont ces trois villes sont des représentantes emblématiques. Au XVIe siècle, Luther et Calvin lancent la Réforme. Ils s'opposent à la toute-puissance de Rome, à la corruption du clergé, à l'idolâtrie religieuse, à l'ignorance du texte biblique. L'Europe se déchire. Rome décide de réagir et lance un mouvement qu'on appellera la Contre-Réforme. Pour ne plus perdre de fidèles, l'Église catholique se pare d'églises monumentales, ornées d'une profusion de fresques et de statues séduisantes et colorées : c'est l'art baroque, bras armé esthétique de la reconquête catholique. Ce mouvement gagne la Bavière, terre catholique bordée de régions protestantes. Il triomphe en Europe centrale, notamment dans la fastueuse Vienne.

L'axe anti-migrants constitue-t-il une nouvelle Contre-Réforme ? En un certain sens, oui. Angela Merkel est fille de pasteur. Sa politique d'ouverture aux migrants épouse l'attitude éthique du protestantisme : au lieu de glorifier Dieu et ses saints dans les églises, mieux vaut appliquer le message des Évangiles de manière concrète, donc d'aider son prochain en détresse. Comme l'écrivait Luther, « il n’y a pas de meilleure manière de servir Dieu que cet amour chrétien qui aide et sert les nécessiteux » (« Suggestions pour l’utilisation des biens d'église »). Le fondateur du protestantisme plaide aussi pour transformer les monastères en « bonnes écoles pour garçons et filles ». Au contraire, ce qui compte dans les terres catholiques de la Contre-Réforme, c'est de manifester la puissance de Dieu et du pape par la construction d'églises majestueuses et le culte de nombreux saints. En termes contemporains cela signifierait privilégier la richesse et sa région et de sa population sur la solidarité avec des étrangers. Opposés à la tolérance très protestante d'Angela Merkel, les représentants de l'axe Vienne-Munich-Rome se considèrent comme les garants d'un bastion, celui de l’identité européenne, accessoirement catholique d’après eux mise en péril par les migrants ni européens ni chrétiens. Que le pape François ait appelé à l'hospitalité de façon répétée n'y change rien, tant le Souverain pontife semble avoir peu de prise sur l’opinion catholique locale.

On remarque également que les sociétés protestantes ont toujours été très ouvertes sur le monde via le commerce et la naissance du capitalisme. Agir honnêtement au lieu de prier les saints, investir son argent au lieu de le dépenser en dons improductifs, se débarrasser de ses préjugés sur les étrangers au lieu d'exalter sa propre identité, autant de principes de base du protestantisme qui ont permis l'essor de l'économie mondialisée. À l'inverse, les pays catholiques se tiennent longtemps à l'écart de ce mouvement, préférant la stabilité, la hiérarchie religieuse et monarchique au dynamisme individualiste des entrepreneurs.

Enfin, la Contre-Réforme, nous l'avons dit, a donné naissance à un style artistique, le baroque. Ce courant obéit à une esthétique de l'émotion débordante, du mouvement qui emporte tout. Comme l'écrit l'historien de l'art suisse Heinrich Wölfflin, l'un des premiers à avoir réhabilité le baroque à la fin du XIXe siècle, dans Renaissance et Baroque, « l'espace intérieur de la Renaissance est calculé pour que l'homme le maîtrise, pour qu'il puisse le combler de son sentiment vital ; dans le baroque, l'homme est englouti par l'espace, la démesure le submerge ». La figure de la noyade hante cette époque. Ce n'es peut-être pas un hasard si la Contre-Réforme anti-migrants actuelle est, dans ces contrées, obsédée, elle aussi, par la figure de la vague qui déferle.



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