Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français


Libre opinion

 

L’Amérique, Dieu et la guerre

 

 

Stanley Hauerwas

 

traduit de l'américain

éd. Bayard

456 pages - 21,90 €

 

recension Gilles Castelnau

5 juillet 2018

L’auteur est de Dallas (Texas) dont il prétend conserver l’accent. Il est professeur de théologie dans le Sud, dans l’État de Caroline du Nord. Il est non-violent et pacifiste et s’implique dans une confrontation de ces idées avec la mentalité américaine. Il connaît bien celle-ci qu’il décrit évidemment dans sa dimension marquée à la fois par le souvenir de la guerre de Sécession, celui des deux Guerres mondiales et celle du Vietnam, par l’attachement fondamental à la démocratie et par la conscience de sa richesse financière et de sa puissance militaire.
Il développe ces idées en comparaison avec les positions prises par les principaux penseurs américains, notamment Martin Luther King et C.S. Lewis.
Dans la 3e partie de cet imposant ouvrage il se fait davantage théologien en cinq chapitres :

- Jésus, la justice de Dieu
- La Pentecôte : apprendre le langage de la paix
- Une Église qui appartient au monde
- Un lieu particulier : l’avenir du ministère pastoral
- L’Église en mission.

En voici des extraits

 

Préface

page 10
Mon espoir est que ce livre soit une modeste contribution pour nous aider, chrétiens et non-chrétiens, à nous confronter à la réalité de la guerre. J'écris en tant que chrétien engagé en faveur de la non-violence, mais j'espère que cet ouvrage sera une invitation à ceux qui ne partagent pas mes engagements à me rejoindre dans une tentative de penser ce que pourrait être un monde sans guerre.

 

 

Introduction

page 29
Tran remarque que la plupart des soldats ne peuvent « vivre longtemps avec la mémoire d'avoir tué si la nation ne fournit pas à la fois des récits et des actes narratifs qui intègrent ces mémoires au mythe national, assimilant par là les tueurs à des patriotes ». Ce n'est pas arrivé pour ceux qui se sont battus au Vietnam. Faute de liturgies suprêmes, la guerre du Vietnam semble n'avoir jamais eu de fin - en particulier pour ceux qui l'ont menée.
« Des soldats sont rentrés comme des tueurs » parce qu'on ne leur a pas donné les moyens de revenir à la « normalité ! ».
Ivan Strenski complète en suggérant que les sacrifices exigés par la guerre provoquent certains effets dans la société pour laquelle la guerre a été menée. Ceux qui meurent à la guerre créent chez ceux pour qui ils sont morts le sentiment d'avoir à accepter ce sacrifice et, de façon plus décisive, « d'avoir à repayer d'une manière appropriée le don de leur mort héroïque ».

 

 

L’Amérique et la guerre

 

La guerre et le particularisme américain : un bilan théologique

page 48
Lilla commence son livre en faisant droit à un sentiment né après le 11 Septembre et entretenu par la présidence de George W. Bush. Comme beaucoup de gens de gauche, Lilla avait présumé que les luttes au sujet de la Révélation et de la raison, de la pureté du dogme et de la tolérance, du devoir religieux et de la décence commune appartenaient à un passé définitivement révolu. De sorte que des gens comme lui « trouvent incompréhensible que des idées théologiques continuent à enflammer les esprits en suscitant des passions messianiques qui laissent les sociétés en ruine. Nous avions présumé que cela n'était plus possible, que les êtres humains avaient appris à distinguer les questions religieuses des questions politiques, que le fanatisme était mort. Nous nous trompions. »

 

Le Dieu de l’Amérique

page 68
Les protestants américains n'ont pas besoin de croire en Dieu parce qu'ils croient dans le fait de croire. Voilà pourquoi nous n'avons jamais été capables de produire des athées intéressants en Amérique. Le dieu dans lequel la plupart des Américains disent croire n'est simplement pas assez intéressant pour qu'on le nie. Aussi bien, le seul genre d'athéisme qui importe en Amérique consiste-t-il à mettre en question l'idée que chacun a un droit à la vie, à la liberté et au bonheur,

Ainsi constituée, l'Amérique n'avait pas besoin d'avoir une Église institutionnalisée parce qu'on présupposait que l'Église était instituée par les habitudes quotidiennes de la vie publique. Noll attire l'attention sur la Constitution du Massachusetts de 1883 qui supprime l'institutionnalisation de l'Église mais n'en affirme pas moins « le culte public de Dieu et l'instruction morale et religieuse » et qui souhaite promouvoir « le bonheur et la prospérité du peuple et la sécurité du gouvernement républicain ».

page 78
J'aime l'Amérique et j'aime être américain. Je chéris l'énergie des Américains, leur capacité à tailler leur existence, souvent dans des territoires ingrats, ainsi que leur générosité naturelle. Mais je suis un chrétien. Je ne puis méconnaître le fait que le christianisme américain n'a pas été ce qu'il aurait dû être dans la mesure où l'Église n'a pas su distinguer entre le dieu de l'Amérique et le Dieu que nous vénérons en tant que chrétiens. Si toutefois nous sommes bien les témoins de la fin du protestantisme, cela - espérons-le - laissera l'Église dans une position où elle n'a rien à perdre. Quand vous n'avez rien à perdre, tout ce qui vous reste est la vérité. Dieu réussira peut-être à rendre sa foi à l'Église - même en Amérique.

 

 

La liturgie de la guerre

Réflexion sur l’ « Appel à abolir la guerre » ou ce à quoi m’a mené le fait d’être un ami d’Ende

Un Appel à abolir la guerre

page 128

La formule succincte de Tertullien au sujet de l'Église primitive était : « En désarmant Pierre, le Seigneur désarme désormais chaque soldat », nous sommes ramenés à notre conviction fondamentale qu'avec la mort, la résurrection et l'ascension de Jésus Christ, les puissances destructrices de ce monde, au premier rang desquelles figure la guerre, ont été radicalement surmontées. C'est la fidélité à l'exemple et à l'enseignement de Jésus Christ qui exige avant tout des chrétiens qu'ils renoncent à la guerre et cherchent, avec l'ensemble des communautés religieuses et humaines, à développer des alternatives pour protéger les innocents, restreindre les agresseurs et surmonter l'injustice. Cessons d'étudier la guerre. Étudions plutôt la paix.

 

Sacrifier les sacrifices de la guerre

page 175
Dans He Came Preaching Peace, John Howard Yoder se demande pourquoi il est si difficile aux dirigeant politiques d'admettre leurs erreurs, de reconnaître qu'ils avaient tort. I! demande, par exemple, s'il était nécessaire de retirer nos soldats du Vietnam en 1975 ou de Beyrouth en 1983 : « Pourquoi ne pas admettre que l'erreur avait consisté tout d'abord à les y envoyer ? Pourquoi le fait d'être prêt à mettre fin à la guerre doit-il être affaibli voire contredit par le désir de faire comme si nous l'avions gagnée ? » Je crois que la réponse aux questions parfaitement raisonnables de Yoder est simple : le fait de reconnaître qu'une politique ou une stratégie a été erronée constituerait une trahison des sacrifices consentis par ceux qui ont perdu la vie à la suite de cette politique.

 

page 180
Comme le note Grossman : « Tuer en se battant laisse un sentiment de culpabilité. Le langage de la guerre nous aide à dénier ce qu'elle est vraiment et la rend par là plus acceptable »

 

page 183
Grossman note que pour que des soldats retrouvent plus ou moins un sens de normalité, il faut les réintégrer dans la société. Les rituels de réintégration acquièrent donc une extrême importance pour les anciens combattants. Grossman suggère que ceux qui ont tué ont besoin d'être constamment félicités par leurs pairs ainsi que par leurs supérieurs et assurés d'avoir fait la chose juste. Les médailles revêtent une importance particulière parce qu’elles indiquent aux soldats que leur action était légitime et que la communauté pour laquelle ils se sont battus leur en est reconnaissante. Les médailles sont le signe que la communauté des gens sains et normaux, des gens qui normalement ne tuent pas, les accueille au sein de la « normalité ».

 

page 186
Gabriel que le long voyage de retour par la mer donna aux soldats de la Seconde Guerre mondiale le temps de se raconter leur histoire et de se réconforter les uns les autres. Un tel processus fut renforcé par l'accueil qu'ils reçurent à leur retour - parades et autres célébrations. Par contraste, les combattants du Vietnam furent acheminés par avion quelques jours et même quelques fois quelques heures après leur dernier combat. Il n'y avait pas d'autres soldats pour les accueillir, il n'y avait personne pour les convaincre qu'ils étaient sains d'esprit. Incapables de se défaire de leur sentiment de culpabilité ou de se voir assurés qu'ils avaient agi comme ils le devaient, ils tournèrent leurs émotions au-dedans.

 

Martin Luther King et la non-violence chrétienne

page 235
King cite en l’approuvant le message de Gandhi à ses compatriotes : « Il faudra peut-être que coulent des rivières de sang avant que nous n'accédions à notre liberté, mais ce sang doit être le nôtre. » Puis il ajoute que la disposition à accepter la violence mais à ne jamais la pratiquer est justifiée « si l'on prend conscience que la souffrance injustifiée a une vertu rédemptrice ».

 

page 240

King reconnaît qu'il existe des partisans fervents de la non-violence qui ont du mal à croire en un Dieu personnel mais « même ces personnes-là croient en l'existence de quelque force créatrice travaillant à l'intégrité universelle ». Pour lui, la Croix est «  l'expression éternelle de la peine que Dieu prend pour restaurer la communauté brisée. La résurrection est le symbole du triomphe de Dieu sur toutes les forces cherchant à bloquer la communauté. Le Saint-Esprit est la réalité créatrice de communauté permanente qui traverse l'histoire. Celui qui travaille contre la communauté travaille contre toute la création. »

C'est ainsi que l'amour devient la marque distinctive de la résistance non violente, lui qui exige non seulement que le résistant refuse de tirer sur son ennemi mais encore qu'il refuse de le haïr.


Martin Luther King avait foi en la résistance non violente qu'il pratiquait parce qu'il se trouvait en harmonie avec l'univers. Le consentement à souffrir sans riposter dépendait de cette profonde conviction.




Retour vers "libres opinions"

Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

rtin Luther  

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.