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Je n'ai tué ni volé

 

Gérard Boutet

 

éd. Jean-Cyrille Godefroy

264 pages - 20 €

 

recension Gilles Castelnau

30 juin 2018

Distingué par l’Académie française pour ses travaux sur l’histoire populaire, (Ils étaient de leur village, Les gagne-misère, La France en héritage), Gérard Boutet signe ici le troisième volet de ses « Annales huguenotes ».
Il a fait des recherches approfondies dans les divers archives dont il nous livre les documents dans une très importante annexe de 54 pages. Son récit oscille, écrit-il « entre histoire romancée et roman historique. »

Dans une langue et des formulations de l’époque, c’est l’histoire d’un prêtre catholique fort sympathique, un peu picaresque. Il vit tour à tour pendant 10 ans l’abominable existence d’un prisonnier et esclave des maures, puis celle d’un simple curé de village. Mais c’est là que les choses se corsent : sans jamais être lui-même sympathisant des idées de la Réforme, il ne peut s’empêcher de venir en aide aux protestants persécutés par la Révocation de l’Édit de Nantes en leur octroyant des certificats officiels de mariage.
Il est finalement arrêté, condamné aux galères où il meurt dans le dénuement le plus atroce.

En plus de son récit personnel qui constitue à lui seul plus de la moitié du livre, six autres témoignages émanent de certaines personnes de son entourage : une commère de sa paroisse, une protestante qu’il a justement mariée, l’horrible chanoine catholique Louis Bégon, qui l’a poursuivi de sa hargne et fait arrêter, Jean Marteilhe un de ses compagnons d’infortune, protestant condamné avec lui aux galères, Vincent Étienne, un galérien condamné de droit commun et récemment libéré, et l’abbé Quatancé, autre prêtre catholique qui aidait lui aussi les protestant et qui, de crainte d’être lui aussi arrêté, abandonne son sacerdoce et s’enfuit nuitamment de sa paroisse.

Ce livre est saisissant.
En voici quelques passages.

 


Bernard de La Serre
prêtre catholique
1701

page 92
(Récit de son esclavage au Maroc)

Il me répugne de détailler les sévices que les prisonniers récalcitrants subissent quotidiennement, pour un oui comme pour un non, pour une rebuffade anodine ou pour une velléité d'évasion. Un infime reproche suffit à prétexter la pire des sentences.
l.es verges, les fourches patibulaires, le garrot et le billot, le crucifiement et l'empalement : autant de châtiments on ne peut plus banals en Barbarie. La férocité des supplices est telle que n'importe quel être de sensibilité humaine, tant soit peu normal et sensé, se refuserait à en croire la réalité. N'ayant pas le goût à décrire de pareilles atrocités, je les tairai donc.

Quant à moi, je ne peux que prier pour le repos céleste des compagnons qui, là-bas, ont souffert le martyre ou sont restés infirmes à vie. Les persécutions qu'ils ont subies sont identiques à celles que les Césars, dans les temps antiques, infligeaient aux disciples de saint Pierre, sur la cendre des cirques païens. Mais, n'étant point né de la dernière pluie, je déplore que ces horreurs concernent les questionnaires du roi de France au même titre que les tortionnaires du sultan du Maroc.

 

page 114

(Curé paroisse)
Le lendemain, je confiai même à plusieurs villageois, au fil d'une conversation qu'ils me firent l'amitié de soutenir, que j'étais l'enfant d'un pays imprégné du Calvin ; j'ajoutai que, dans ma propre famille, on comptait une forte proportion de protestants sans que quiconque s'en émeuve. Je ne m'affligeais pas davantage de la chose que mes parents ne s'en étaient souciés. Je dis enfin qu'un mien cousin huguenot, Isaac, qui était chirurgien à Paris, était à mes yeux la plus chère personne qui fût en ce monde.

Le vent se charge de répercuter les confidences, en cette plaine de Beauce où l'oreille porte aussi loin que le regard. Mon emménagement n'était pas achevé qu'un couple de parpaillots toquait à mon huis. Et savez-vous dans quel but ? Pour me demander de dresser un acte de mariage le concernant !

 

page 117
Marier les protestants constitue une infraction à la loi. Je ne l'ignore pas, et pourtant je marie les protestants. Ce faisant, je commets un délit punissable d'une suspense a divinis. La menace est terrible. Elle m'inquiète, mais je ne puis déroger à mes engagements.

 

page 120
J’ai tenu tête aux Maures qui voulaient que je renie Notre Seigneur Jésus-Christ. Je ne plierai pas devant les esprits obtus qui insultent à l’amour de son prochain.

Les curés des alentours m'assuraient de leur silence, sinon de leur tacite approbation, mais les coadjuteurs me tenaient à l’œil. Pour faire pièce à la délation, la prudence m'obligeait à redoubler de précautions.

[...]
Ce faisant, je contreviens aux arrêts de Sa Majesté. Je le sais. J'en assume l'entière imputabilité, en connaissance de cause. Je me mets hors la loi du Roi, puisque le Roi s'est mis hors la loi de Dieu.

 

 

Louis Jacques Bégon
chanoine
veille de Noël 1702

 

page 138
Tout m'oppose aux curés de village qui, pour se concilier les respects du populaire, sont coupables de complaisance envers les sectateurs de Calvin. Ceux-ci manquent de ferveur ; ceux-là sont mes bêtes noires. Je combats les uns et les autres avec une égale fermeté, et j'œuvre à leur perte définitive. L'abbé de Nids se trouve en tête de ma liste.

 

page 141
Hélas! le pourchas restait vain, en dépit des descentes que la maréchaussée effectuait dans les environs de Patay. Nl paysan, là-bas, ne semblait connaître la paroisse de Nids. Le nom évoquait vaguement quelque chose, mais pas suffisamment pour dire en quel bout de chemin la localité se terrait au juste. Pas un laboureur, pas un cantonnier qui ne soufflât mot !

'Arrestation de l'abbé de La Serre)

page 151
L'abbé de La Serre, ce sot indécrottable, s'entêta dans les dénégations absurdes. Il clama son innocence, alors que personne ne voulait entendre ses mensonges. Il soutint n'avoir béni aucun mariage en dehors de sa paroisse. [...] À l'évidence, il avait dispersé des certificats aux quatre vents de la Beauce.

La magistrature prononça une sentence astreignante à son encontre. La justice du Roi le condamna à être enchaîné, son reste de vie durant, à un banc de galère. Les mal pensants huguenots y subissent un juste châtiment. À leurs côtés il périra d'épuisement, si ce n'est sous le fouet.

Dieu aime Ses enfants, sans distinction. Il pardonne à tous, sauf aux calviniens.

 

 

Jean Marteilhe
22 ans, protestant opiniâtre
galérien sur La Palme
automne 1706

page 163

(Marseille, attente du départ des galères au château de la Tournelle

Le prisonnier est colleté de fer, écrasé sous les ceps et enchaîné par les chevilles à des madriers si lourds, si mal disposés, qu'un acrobate désarticulé, malgré des contorsions de pitre, ne pourrait s'étendre ni se tenir debout. Ses membres, ses reins, ses viscères deviennent tellement douloureux que le malheureux sombre parfois dans une folie furieuse. Les geôlierrs s’empressent de le soigner à coups de nerfs de bœuf, en déployant une férocité souvent fatale. Les veillards et les malingres trépassent avant de revoir le dehors.
La pourriture excrémenteuse, le grouillement des poux, les démangeaisons écorchées à sang ont raison des plus endurcis. La paille de dépôt ne sèche jamais, à cause des mouillures conséquentes à la prximité de la Seine. On y pisse et on y chie sur soi. Même pendant les crues qui transforment le caveau en un égoût pestilentiel, les litières ne sont renouvelées qu’après quinze jours d’usage. Un porcher n’y mettrait pas ses cochons. Le manger et à l’avenant : infect et insuffisant.

 

 

 

Vincent Étienne
galérien élargi récemment
1714

 


page 180

(
récit de la mort de Bernard de La Serre)

Au soir, la civière des Turcs l'évacua vers l'hôpital de l'arsenal. Là-bas sont relégués les soldats blessés au combat et les marins sujets aux frénésies des paluds. Il fut enfermé dans le réduit glacial qui sert de chapelle ardente. Les chaînes ne lui furent pas retirées, quoiqu'il n'eût plus le ressort de les remuer. Le chirurgien major ne savait où donner de la tète entre les estropiés et les patraques de la dernière bataille ; il ne lui accorda aucune attention.

Les gardiens s'empressèrent de jeter ses frusques dans le poêle de la grande salle, avec une brassée de romarin, tant les effets puaient la sanie et grouillaient de pouillerie. Sur sa paillasse, le curé déchu n'avait plus assez de conscience pour souffrir du froid. Il expira sans le secours d'un barbet de la Mission des Lazaristes, dans la nudité et le dénuement promis aux vaunéants sans aveu.

Défunt Bernard de La Serre, tout abbé qu'il pût avoir été, n'eut pas droit au service funèbre. Il ne fut point absous de son excommunication.

Sa dépouille se putréfia dans un lazaret, à l'antipode du cimetière où reposent ses ancêtres. La tripaille du forçat catholique se mêla aux entrailles du galérien protestant en une même charogne. Les vers n'en firent aucune différence.

Voilà, c'est tout. Je ne peux en dire plus long, quand bien même je le voudrais.

 

 

Abbé Quatancé
curé de Villamblain en Beauce
automne 1729

page 188

Aucun annaliste patenté n'encrera sa plume pour coucher une ligne en l'honneur de l'abbé Bernard de La Serre.

Les protestants d'aujourd'hui ne font plus grand cas de lui. Ils ont oublié qu'il a sacrifié sa propre vie pour adoucir celle de leurs aïeux. Et pourtant, sans lui, beaucoup d'entre eux n'auraient pas été conçus dans une couche conjugale ; la plupart ne seraient jamais nés. La fidèle reconnaissance est rarement un sentiment qu'on lègue à ses héritiers.

À mon sens, tous autant que nous sommes, nous devrions le ceindre de l'auréole du martyr, rien moins.
Quant à moi, qui m'enfuis comme un voleur, je vais par les chemins creusés d'embûches ; et ces chemins ne mènent nulle part. Ma barrette s'est envolée sous la bourrasque. Le sarrau que je traîne me donne la dégaine loqueteuse d'un saisonnier se rendant à la louée. Bien futé qui pourrait deviner qu'un curochon se cache sous cette défroque ! Il Y a de quoi ironiser, quand même, devant ce monde à l'envers : me voici, prêtre catholique, ravalé au rang de ces pasteurs travestis que l'évêché pourchasse sans relâche !



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