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Dieu, ce signifiant

 

pasteur Serge Soulié

 

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28 juin 2018

Plusieurs raisons devraient pousser les chrétiens mais aussi les adeptes d’autres religions à revisiter les fondamentaux de ce qu’ils croient et confessent. La première est la certitude qu’une religion doit offrir à ceux qui s’en réclament le meilleur épanouissement pour l’humain comme pour la nature toute entière et ce qu’elle contient. Une telle démarche ne peut que commencer par repenser Dieu. Avec le temps, la compréhension de Dieu se réduit à ce que les humains espèrent au plus profond d’eux même et à ce qu’ils entendent autour d’eux sans autre réflexion ni critique. La connaissance de Dieu reste au niveau de l’opinion. Ceci est très réducteur et ouvre la porte à toutes les superstitions. De surcroit cette connaissance reste figée et indiscutable. Devant cette connaissance qui n’en est pas vraiment une, il y a la crainte d’être dérangé dans sa croyance ainsi qu’un sentiment d’impuissance et d’inutilité. « Dieu est dieu, et on ne peut pas y changer grand-chose » entend-on très souvent.
Autrement dit, on retrouve chez l’homme le sentiment d’être écrasé par ce Dieu qui le dépasse. La superstition pointe alors son nez : Tout ce qui n’a pas de cause explicable viendrait de Dieu. La paresse incite à ne pas chercher plus loin. Nous devons donc, pour repenser Dieu, veiller à ne pas effrayer le lecteur et l’assurer que notre démarche vise ni à le rejeter ni à l’imposer à celui qui n’en voudrait pas. Une telle démarche soucieuse de liberté pour tous, nous a conduits à nous rapprocher de la linguistique.

Le signe linguistique, nous dirons ici le mot pour faire simple, est une entité psychique à deux faces complémentaires. D’un côté le signifié, il est le concept de la représentation mentale d’une chose. Le mot arbre par exemple est l’idée de l’arbre et non l’arbre réel. D’un autre côté, le signifiant qui est l’image acoustique (nous pourrions y ajouter l’écriture ou la trace) du son. Notons qu’au-delà des mots, tout symptôme peut être considéré comme signifiant d’un signifié souvent inaccessible pour les sujets. Rappelons que le symptôme est la manifestation visible qui permet de déceler la maladie dont est porteuse la personne.

Le signifiant est entièrement autonome. Il est détaché du signifié. Le mot Dieu par exemple est toujours là quel que soit ce que chacun met derrière ce mot. Dans un premier temps nous pourrions le considérer comme une boite vite dans laquelle viennent se loger différents signifiés. Sauf que ce n’est pas seulement une boite mais plutôt un écrin. Il a de la valeur, parfois plus encore que ce qu’il contient. De plus tout écrin a une histoire. On y tient, on l’aime. On jette une boite, on ne jette pas un écrin. Si on le jette ce n’est pas dans l’indifférence. Il en va ainsi pour Dieu, il a lui aussi une histoire très spécifique à chacun. Cette histoire est très différente d’un individu à un autre. Ce signifiant n’est pas neutre. Après reste à découvrir à quoi est associé ce signifiant puisqu’il a une histoire et travailler les signifiés qui pourraient venir se loger sous ce signifiant. L’association signifiant / signifié est une démarche personnelle qui se fait par le moyen de la méditation personnelle ou avec l’aide d’un tiers (psy, religieux). C’est une prise de distance critique avec ce que le sujet croyait jusque-là. La recherche d’un signifié en commun permet de constituer un groupe. Les religions ont un même signifiant pour tous et elles tolèrent mal que d’autres signifiés non reconnus par leur groupe viennent se glisser sous ces signifiants. Les pentecôtistes attachent au mot Dieu la guérison et le miracle, les catholiques la charité et le sacrement, les évangéliques la vérité. Les réformés ne le savent pas trop. C’est une des raisons pour lesquelles ils sont en perte de vitesse. En effet les gens n’aiment pas la diversité des signifiants. Pour eux, un signifié doit être attaché à son signifiant. La simplification rassure. Au-delà ce n’est pas acceptable. Dans un même vase on ne peut mettre que les mêmes fleurs.

Une expression tout entière peut être désignée comme signifiant. Le takbîr (magnification de Dieu) « Allahu akbar » crié par les terroristes avant d’assassiner leur victime en est une. Mais elle n’est pas prise comme telle puisque Monsieur Boubakeur de la grande mosquée de Paris et d’autres imans ont perdu la liberté de commenter ces actes car pour eux l’expression reste juste et les meurtres n’ont rien à voir avec cette expression. La considérer comme un signifiant sous lequel certains viennent y glisser un signifiant justifiant le meurtre leur rendrait la liberté de condamner les attentats sans porter atteinte à la crédibilité de la foi musulmane. Si cette expression est un signifiant indiquant l’infinité de Dieu, tous les croyants peuvent s’y retrouver. Détacher le signifiant du signifié rend la liberté et le dialogue possible avec tous. S’accaparer un signifiant et le fixer exclusivement à un signifié enferme et rend impossible toute communication. Aujourd’hui le mot Alla qui n’appartient pas à la langue française rend impossible le dialogue avec les autres religions car lui sont attachés des signifiants relevant uniquement de l’islam. En Angleterre le mot « God » ne pose pas de problème de traduction : Dieu. C’est le même vase et chacun peut y mettre la fleur de son choix. Ce n’est pas le cas semble-t-il, du moins officiellement, du mot Allah qui est déjà plein des fleurs choisies par la religion musulmane d’où la difficulté de ce mot d’être prononcé par tous.

Les signifiés changent avec la culture. De nouveaux apparaissent et se glissent sous le signifiant. Prenons le cas du mot bureau. Au départ c’est un tapis à poser sur une table, puis deux siècles plus tard, un meuble semblable à une table, un espace informatique, enfin l’instance exécutive d’une association, d’une assemblée ou autres organismes sans oublier le bureau politique. Le mot Dieu désignait des puissances, puis des personnages imaginés, le divin et le sublime en général, l’esprit. Pour Spinoza la nature. L’important est de chercher ensemble ces signifiés afin de les préciser, de les partager, de comprendre leur articulation avec l’actualité du monde, enfin voir où ils nous conduisent.

 


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