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Le Hasard divin

 

pasteur Serge Soulié

 

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10 mai 2018

Nombreux sont ceux qui voient dans les événements peu ordinaires de la vie l’intervention de Dieu. Ce Dieu est pensé comme un Être suprême concentrant les pouvoirs infinis. Il peut être représenté par des objets différents allant de la statuette au moindre grigri. Les événements heureux sont reçus comme des récompenses ou des bénédictions. Les malheurs sont considérés comme des punitions divines ou des méfaits d’un autre personnage appelé Diable ou démon. Dans tous les cas, l’humain se sent supervisé et manipulé par une puissance extérieure.

Ceux qui ne croient pas à une telle puissance agissante pourraient rire de ce que nous appellerions ici une superstition. La science, la réalité et le bon sens leur donnent raison. Il ne faudrait pas pour autant que ce qu’ils refusent d’attribuer à un Dieu ils se l’approprient. Ils pensent alors pouvoir tout diriger. Ils croient que tout dépend d’eux. Autrement dit, ce que les uns attribuent à un Dieu, les autres l’attribuent à eux-mêmes. C’est une conduite de réassurance facile, classique et répandue. Une telle attitude conduit inévitablement à l’illusion. Nous pourrions nous satisfaire de cette dernière si nous prenons en considération le fait qu’elle apaise et permet d’éviter momentanément l’angoisse.

Le revers de la médaille est trop important pour s’en satisfaire. En effet l’illusion, d’une part, cache et travestit la réalité qui devient incompréhensible. Elle bloque toutes recherches possibles sur les causes de l’évènement. D’autre part, elle empêche l’humain de se rendre disponible à ce qui se présente. Ce manque de disponibilité complique toutes les situations inattendues et empêche une réponse adéquate et efficace. Or, s’abandonner à ce qui arrive est le meilleur moyen d’accompagner tout évènement y compris lorsque celui-ci parait inacceptable.

Prenons un exemple vécu. Comme directeur d’un établissement de santé, il m’est arrivé par étourderie ou par précipitation de prendre deux rendez-vous à la même heure et de surcroit à des endroits différents. Un matin, la secrétaire de direction se précipite dans mon bureau pour me reprocher d’avoir pris pour l’après midi non pas deux mais trois rendez-vous dont un à plus de trente kilomètres de notre établissement. Elle était désespérée se demandant comment elle allait gérer un tel agenda sans se faire houspiller par ceux qui ne pourraient pas concrétiser ce rendez-vous avec moi. Je m’excusais auprès d’elle et l’invitais à rire de mon étourderie ce qui lui parut difficile. Puis je lui proposais d’attendre la fin de la matinée pour prendre une décision. Une heure après, par un coup de téléphone un rendez-vous s’annulait. En début d’après-midi, avant de partir, je lui proposais d’accueillir elle-même la personne du second rendez-vous et préparais ce moment avec elle. Le lendemain matin, elle vint frapper à mon bureau pour me remercier de lui avoir fait confiance. Tout s’était bien passé. Elle regrettait d’avoir était contrariée au point d’être agressive la veille. Quelques jours plus tard, elle me dit qu’elle comprenait qu’étant pasteur Dieu puisse gérer ma vie. Elle ajoutait que pour elle cela ne marcherait pas. Autrement dit elle m’enfermait dans l’idée qu’elle se faisait de la religion et de Dieu. Elle voyait en Dieu un être suprême gérant la vie de ses adeptes.

Ce fut difficile de lui faire comprendre qu’il n’en était rien et qu’il n’y avait pas d’Être extérieur gérant ma vie. Je pensais seulement qu’un environnement (l’univers dans lequel nous vivons) nous était donné et qu’il nous appartenait d’entrer en harmonie avec lui en le laissant venir jusqu’à nous en toute confiance. La secrétaire de direction voulait prendre les devants et tout diriger selon la définition même de son poste. Lui demander de laisser se dérouler la journée en vue d’une solution c’était s’en remettre à une intervention divine extérieure, à un miracle tel que le conçoit la religion. C’était elle ou c’était Dieu. Elle n’imaginait pas que l’attitude consistant à accueillir le déroulement du temps parviendrait à ce qu’émergent des solutions tout naturellement. Pour elle, un tel accueil ne pouvait être que synonyme de passivité ou de « laisser faire » alors qu’il permet les réactions adéquates au bon moment. Elle attendait de Dieu ou d’elle-même, pas d’une collaboration et d’un équilibre entre le déroulement du temps et les divers protagonistes engagés par ces rendez-vous malencontreux. Là était pourtant la force qui allait gouverner la journée.

Pangloss avait raison contre Candide, les humains vivent « dans le meilleur des mondes possibles ». Une force d’équilibre et d’harmonie ne cesse de s’exercer dans l’univers. Après le terrible tremblement de terre de Lisbonne, l’ironie de Voltaire à l’encontre de Leibnitz ne nous convainc pas. La nature a ses lois. Elles ne sont ni bonnes ni mauvaises. Dieu n’est aucunement responsable des évènements de la nature. Celle-ci cherche à corriger les erreurs de l’homme. Dieu se confond alors avec la nature comme l’écrit Spinoza.

Si comme le prétend le philosophe luthérien Hegel, l’Esprit construit nos vies, il ne le fait pas séparé de la nature dans laquelle nous sommes. L’Esprit à lui tout seul n’est pas Dieu. Il n’est pas le maitre de tout. Il est associé à la nature et à ce qui la constitue à savoir l’espace, le temps et la matière. Esprit et nature font Dieu. L’un ne peut être agissant sans l’autre. Il n’y a pas d’évènement miraculeux qui soit contre nature.

Nous avions fait cette remarque au sujet des miracles de Jésus. Nous pourrions l’étendre à l’ensemble de la Bible. Dieu n’y est pas l’auteur des évènements, il est l’événement lui-même, que ces événements soient reconnus comme historiques ou comme relevant du mythe. Il n’est pas intervenant, il est matière constitutive des choses. Il n’est pas séparé, il est à l’intérieur même de tout. Il est le Tout infini, tout se retrouve en lui. Il y a dans l’univers un hasard et une nécessité qui ne sont pas le fruit d’un Dieu interventionniste mais la poursuite du déroulement du monde tel qu’il nous est donné.





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