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Une histoire des débuts de l’Église

 

Jean 15 / 9-17
Esaïe 56 / 1-8

 

Prédication
temple de Dieulefit
6 mai 2018


 

pasteur Alain Arnoux

 

 

6 mai 2018

Je vais vous parler d'une vieille histoire, une histoire des débuts de l’Église. Elle peut nous sembler totalement dépassée. Nous avons le droit de penser que les problèmes qu'elle évoque ne sont plus les nôtres. Pourtant, je crois que Luc, l'auteur du livre des Actes des Apôtres, nous raconte un de ces événements qui semblent d'abord tout petits, mais qui sont des révolutions qui changent la face du monde.

Je résume. Un officier romain, un dénommé Cornelius, un homme qui a adopté la foi juive mais sans devenir juif, a une vision. Cela veut dire que Dieu intervient dans la vie de cet homme pour lui donner des consignes. À la suite de cette vision, Cornelius envoie chercher un dénommé Pierre qu'il ne connaît pas.
De son côté Pierre aussi a une vision. Cela veut dire que Dieu intervient dans la vie de Pierre pour lui donner des consignes. Pierre voit une sorte de nappe remplie d'animaux que les Juifs n'ont pas le droit de manger, et il reçoit l'ordre d'en manger. Il résiste, jusqu'à ce qu'une voix lui dise de ne pas déclarer impur ce que Dieu déclare pur. Pierre ne comprend pas, jusqu'à ce qu'il reçoive l'ordre de répondre à l'invitation de Cornelius. Pour la première fois de sa vie Pierre va franchir la porte d'un non-juif. Il ne faut pas moins qu'une vision pour lui faire faire ce pas. Pierre s'entoure de membres de la communauté pour lui servir de témoins, et il parle de Jésus à Cornelius et à son entourage païen.

Pour bien comprendre la révolution qui est en train de se faire là, il faut dire et redire une chose que nous oublions souvent et dont nous ne comprenons pas tous les enjeux. Jésus était juif, et pendant un certain temps il ne s'est intéressé qu'aux Juifs. Ses compagnons aussi étaient juifs. Après sa mort et sa résurrection, et après la Pentecôte, la communauté de ceux qui croyaient que Jésus était le Messie était une communauté exclusivement juive. Ils continuaient de pratiquer le culte juif et de respecter toutes les règles et toutes les traditions juives. La seule particularité qu'ils avaient, c'était de croire que Jésus était le Messie et qu'il était ressuscité, et c'était de rompre le pain comme signe de la présence de Jésus parmi eux.
Les autorités religieuses les considéraient comme un courant marginal, bizarre et à surveiller du judaïsme, mais pas comme une nouvelle religion. Eux, de leur côté, ne se considéraient pas autrement que comme des Juifs. Ils pensaient que leur mission, c'était de convaincre le peuple d'Israël de reconnaître comme Messie ce Jésus qu'il avait méconnu. Ils ne s'intéressaient pas du tout aux non-juifs. Ils n'avaient aucun rapport avec eux et ils ne voulaient pas en avoir. Pour eux comme pour tous les Juifs, Dieu n'avait d'amour que pour le peuple juif. Pour eux comme pour tous les Juifs, Dieu réservait aux Juifs la promesse du royaume, de la grande réconciliation et de la résurrection.

Maintenant, écoutons ce que dit Luc :

Actes 10, 44-48
Comme Pierre prononçait encore ces mots, le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole.
Tous les fidèles circoncis qui étaient venus avec Pierre furent étonnés de ce que le don du Saint-Esprit était aussi répandu sur les païens, car ils les entendaient parler en langues et glorifier Dieu.
Alors Pierre dit :
- Peut-on refuser l'eau du baptême à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit aussi bien que nous ?
Et il ordonna qu'ils fussent baptisés au nom du Seigneur.
Sur quoi ils le prièrent de rester quelques jours auprès d'eux.


Ce qui stupéfie Pierre et ses compagnons, c'est de découvrir que Dieu est libre. Depuis toujours, ils avaient enfermé Dieu dans le peuple juif. Et depuis qu'ils avaient pris, si je puis dire, la suite de Jésus, ils l'avaient enfermé dans la communauté des Juifs qui croyaient en Jésus et dont ils étaient les chefs et les contrôleurs. Et voilà que Dieu échappe à leur contrôle. Il est totalement imprévisible. Il a pris l'initiative depuis le début. C'est lui qui a provoqué la démarche de Cornelius. C'est lui qui a forcé la main à Pierre. Si Pierre annonce le message de Jésus à des non-juifs, ce n'est pas à la suite d'une décision du synode ou du conseil presbytéral, ni parce qu'il y a un projet d'évangélisation, c'est parce que Dieu l'y a obligé. Lui n'y aurait jamais pensé tout seul. Les apôtres pensaient que Dieu n'était que pour le peuple juif, et ils découvrent que Dieu s'intéresse aussi aux non-juifs.

Les apôtres croyaient qu'ils étaient une sorte de police des frontières du royaume de Dieu. Ils se croyaient aussi indispensables pour que les gens puissent trouver Dieu, ils se croyaient des porte-paroles de Dieu incontournables et déterminants. Et voici que les non-juifs se convertissent avant la fin du sermon, comme pour dire que la parole de Pierre n'est pas indispensable. Ils croyaient que c'était à eux d'exercer une sorte de contrôle des identités et de délivrer le visa du baptême. Et voici que Dieu leur montre que c'est lui qui choisit selon des critères plus souples que les leurs, et qu'il ne tient pas compte de la Discipline de l’Église. Ils croyaient que c'était eux qui transmettaient le Saint-Esprit par l'imposition des mains. Et voici que les non-juifs reçoivent le Saint-Esprit avant d'être baptisés et avant qu'on leur impose les mains. Dieu montre là qu'il refuse de se laisser enfermer, canaliser et contrôler. Il n'est pas enfermé dans un peuple, dans une ethnie. Et il peut donner son Esprit, son Souffle, sa vie en négligeant les doctrines, les rites et les règlements de l’Église, surtout quand l’Église veut le canaliser. Et si les non-juifs se mettent à parler en langues inconnues ici, c'est juste pour que Pierre et ses compagnons soient bien convaincus que c'est le Saint-Esprit qui fait des siennes comme pour eux à la Pentecôte. C'est pour leur parler à eux que Dieu fait parler les non-juifs en langues, comme il leur avait donné les langues à eux pour parler de Jésus à tous. Manifestement, cela ne leur avait pas suffi pour comprendre. Et je ne peux pas m'empêcher de penser que Dieu ici se moque d'eux et de tous ceux qui se croient les propriétaires ou les vigiles de Dieu.

Liberté de Dieu, donc. Il ne nous appartient pas. Il n'appartient à personne. Il agit à travers nous, mais en dehors de nous aussi, et parfois sans nous. Il lui arrive même d'agir malgré nous, de nous forcer la main. Il arrive que nous soyons comme Pierre et les apôtres. Comme eux, nous voulons être fidèles à Dieu, et pour lui être fidèles nous nous faisons les gardiens de doctrines, de règles, de traditions. Ce ne sont pas forcément de mauvaises choses, ce sont même souvent de bonnes choses, mais parfois notre souci de fidélité à ces choses empêche Dieu d'agir et de rejoindre tous les hommes qu'il veut rejoindre, et nous voici dans des miradors à surveiller les frontières pour empêcher les étrangers d'entrer et même Dieu de sortir. Alors Dieu nous force la main et il fait sauter l'obstacle. Ou il le contourne, comme l'eau qui trouve toujours un chemin. C'est sa liberté.

Aussi, ce que j'admire dans cette histoire, c'est la disponibilité de Pierre. Toutes ses convictions sont remises en question, toute son éducation est remise en question, son rôle d'intermédiaire entre Jésus-Christ et les hommes est remis en question, les règles que l’Église à peine née s'était données au sujet du baptême et de l'imposition des mains sont remises en question. Et Pierre se laisse faire, parce qu'il voit que c'est Dieu qui agit. Il accepte de prendre un chemin tout nouveau, qu'il ne soupçonnait pas et que Dieu lui montre. Il ne sait pas où ce chemin va le mener, lui et l’Église, mais il fait confiance. Il ne s'obstine pas à rester sur la vieille route. Cette histoire va provoquer bien des remous dans l’Église naissante. Pierre va devoir affronter bien des débats houleux avec ses collègues et avec les chrétiens juifs. Mais il accepte à l'avance ce qui va arriver, parce qu'il a compris que c'est la volonté de Dieu. N'est-ce pas ce qui se passe chaque fois que Dieu fait sauter des barrages ? N'est-ce pas ce qui s'est passé, par exemple avec l'œcuménisme ? Bien prétentieux est celui qui pense pouvoir canaliser Dieu et lui assigner des limites à ne pas franchir. C'est pourtant la tentation de tous les croyants, et particulièrement des responsables d’Église, mais pas seulement. Nous préférons toujours les chemins connus et bien balisés. Voilà donc peut-être la première obéissance qui nous est demandée à tous, dans nos vies personnelles et dans la vie de nos paroisses : nous rendre disponibles et confiants pour les surprises que Dieu nous réserve. Pour que le Dieu de Jésus-Christ soit vraiment connu dans ce monde.

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