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L'Église se libérera-t-elle

de ses peurs ?

 

Ce propos est valable pour toutes les Églises

 

José Arregi

 

 

1er mai 2018

Jésus, le vivant ressuscité, symbole de tous les vivants qui sans cesse ressuscitent, devrait venir pour nous redire ce qu’il répète avec tant d’insistance dans les évangiles :
« N’ayez pas peur ! Ne vous inquiétez pas de ce que vous mangerez, boirez ou vêtirez. Ni de ceux qui peuvent vous ôter la vie. Observez les oiseaux du ciel et les lis des champs. Ne cherchez pas dans le tombeau. Ne vous cramponnez pas au passé, ne craignez pas l’avenir. Allez en Galilée, au quotidien, semer, créer, vivre. Affranchissez-vous de l’ego et de toutes les doctrines. »

La peur est un mécanisme biologique fondamental de défense de la vie. Elle est présente dans le cerveau reptilien dont nous, humains, sommes toujours dotés à la base des deux autres cerveaux : le mammalien et l’humain. La peur nous prévient des nombreux dangers qui menacent la vie. Sans la peur, nous serions aveugles et imprudents, voire cruels. Sans la peur, nous serions morts depuis longtemps, bien que la mort, à son tour, soit transformation et que sans elle la vie ne pourrait pas non plus survivre. Si nous voulons vivre et que la Vie se maintienne sous toutes ses formes, il est nécessaire, certes, d’apprendre à mourir. Mais il est tout aussi nécessaire d’apprendre à avoir peur. A l’exemple de ce garçon du conte des Frères Grimm qui ne connaissait pas la peur et s’en alla dans le monde pour l’expérimenter.

Apprendre à avoir peur signifie entre autres choses nous libérer de la peur, particulièrement de ces peurs, les phobies, qui menacent la vie plus qu’elles ne la protègent. Les ravages de la peur dans notre vie, dans notre société, dans notre monde, sont terribles. La peur explique presque tous les désastres : complexes et angoisses, convoitises et jalousies, cupidité, corruption et mensonge, le terrorisme et l’antiterrorisme, et la guerre la plus terroriste et la plus assassine de toutes qui est l’économie de la spéculation et de marché.

Les Églises chrétiennes aussi, l’Église catholique en particulier, s’avèrent prisonnières de la peur. Il en fut ainsi durant des siècles depuis longtemps déjà, depuis que l’Église se fit puissante, alliée à certains pouvoirs et en opposition à d’autres. A l’avènement du monde moderne avec la raison et la science, la revendication de la liberté et de la libération de tous les opprimés, sa peur se transforma en panique. Plus elle avait peur et plus elle se renfermait, et plus elle se renfermait et plus elle se fragilisait.

Sur ce arriva Jean XXIII, qui dit : « Ouvrons les fenêtres. Que souffle l’Esprit. Que se taisent les prophètes de malheur. Il est temps de pratiquer la médecine de la miséricorde au lieu de celle de l’intransigeance. » Ce fut une bouffée d’air frais.

Une bouffée brève et passagère, car très vite les fenêtres se refermèrent et les rêves de Vatican II (1962-1965) se brisèrent. Paul VI (1963-1978) s’avéra être un homme de vastes horizons, mais rempli de craintes, aussi bien durant qu’après le Concile. Arriva ensuite Jean-Paul II, le pape polonais disposé à remettre les choses à leur place. « N’ayez pas peur » furent ses premières paroles à la fenêtre du Vatican à la place Saint-Pierre, et ce fut la recommandation la plus souvent répétée de son pontificat. Pourtant, tout au long de ses 27 ans de mandat, dans son autorité et sa fermeté transparaissait la peur. Ses nombreuses condamnations trahissaient une grande peur.

Aujourd’hui encore les peurs prédominent : la peur du changement, la peur de l’hérésie (faisant ainsi de la peur l’hérésie la plus dangereuse), la peur de perdre le pouvoir y compris les deniers, la peur de la laïcité, la peur de la diversité, la peur du pluralisme taxé de relativisme, la peur de la liberté, la peur si masculine de la femme, la peur de la vision du genre, la peur de l’homosexualité comme de toute identité ou orientation sexuelle qui ne serait pas celle consacrée au nom de la religion, la peur de l’être humain dans son futur tant ouvert, la peur de l’Esprit libre, la peur du nouveau, la peur de la mort, en un mot la peur de la vie.

Le pape François pourra-t-il inaugurer un temps nouveau pour l’Église, s’il n’affronte pas toutes ces peurs avec la plus grande détermination, s’il n’impulse pas des réformes beaucoup plus radicales dans le Droit Canon, dans le modèle clérical et patriarcal de l’Église, dans tant de doctrines théologiques incompréhensibles pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui ?

L’Église se trouve sans doute au plus grand croisement de son histoire bimillénaire : ou bien elle se libère de ses peurs, ou bien elle périra en elles.


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