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La diabolique tentation

de faire le bien

 

 

pasteur Alain Arnoux

 

Méditation parue dans la Lettre hebdomadaire
de l’Église protestante unie de Bourdeaux, Dieulefit, La Valdaine
23 mars 2018

 

23 mars 2018

    En lisant vendredi dernier, dans l'excellent hebdomadaire protestant Réforme, un article sur la corruption dans certaines Églises protestantes d'Afrique, particulièrement en République Démocratique du Congo, j'ai compris, comme jamais auparavant, que la plus diabolique des tentations, c'est celle de vendre son âme pour faire le bien. C'est le piège parfait. « Si tu es gentil avec moi, dit le Pouvoir, si tu acceptes mes règles du jeu ; si tu fermes les yeux, la bouche et le nez sur les choses qu'il vaut mieux ignorer ; si tu dis du bien de moi ; si tu soutiens ma politique et te tiens à mes côtés quand on m'attaque... alors je te donnerai les moyens d'évangéliser, je te protégerai contre tes ennemis, je t'aiderai pour construire et entretenir tes églises, et même je subventionnerai tes écoles et tu pourras instruire la jeunesse, je subventionnerai tes hôpitaux et tu pourras soigner la population, je soutiendrai tes œuvres sociales et tu pourras aider les exclus. Tu pourras faire tout le bien que tu veux, on dira du bien de toi, tu paraderas auprès de moi et je te couvrirai d'honneurs... » Des évêques, des pasteurs s'y sont laissés prendre, en République Démocratique du Congo, et ailleurs (je l'ai écrit la semaine dernière, sur la Russie et les USA ; la liste n'est pas close).

    Avoir les moyens de faire le bien en grand, de construire de beaux projets, d'avoir de grandes ambitions pour une bonne cause, sans économies de bouts de ficelle, sans entrave, toutes les portes s'ouvrant devant soi, quel rêve ! Attention : je ne parle pas ici d'enrichissement ou de profits personnels, mais d'une belle cause ! Quels chercheurs scientifiques, quels intellectuels, quels artistes ne rêvent pas de trouver un mécène, qui leur donnera les moyens de poursuivre leurs travaux sans souci matériel ?
Quelle association humanitaire n'aimerait pas qu'un riche philanthrope lui donne les moyens de soigner, de nourrir et d'éduquer là où les besoins sont les plus criants ? Pour réaliser leurs programmes, les États eux-mêmes et les hommes politiques peuvent dépendre de la « bonne volonté » de puissances financières et donc de groupes de pression. Quant aux Églises, quand elles ne sont pas soutenues et financées par un État, leur capacité de rayonnement et de bienfaisance dépend de généreux donateurs (« gros » ou « petits ») qu'il faut séduire, fidéliser et... éviter de froisser.
Ceux qui financent, qui « sponsorisent », qui protègent, qui donnent les moyens de travailler à une belle cause, ont un pouvoir. Et la grande tentation, c'est donc de respecter les règles imposées par ceux qui ont ce pouvoir, pour que cette belle cause continue de profiter de leur appui, c'est de ne pas les contrarier ni les déranger. Même sans profit personnel, sauf quelques honneurs peut-être. Tout le monde n'est pas l'Abbé Pierre, qui engueulait le plus ceux qui lui donnaient les plus gros chèques !

    Cette tentation-là, je crois qu'elle a habité Jésus de Nazareth, de sa sortie de l'anonymat jusqu'à sa mort. Elle est résumée dans les récits de tentation que les évangiles placent au désert, au début de sa mission : « Si tu reconnais mon autorité, si tu acceptes mes règles, si tu acceptes les règles de ce monde, si tu te coules dans le moule, alors tu pourras faire tout le bien que tu veux : nourrir les foules en transformant les pierres en pains, guérir tous les souffrants, subjuguer tout le monde par des prodiges... le monde sera à toi », dit en quelque sorte le Tentateur.
Ce tentateur, je crois que Jésus l'a rencontré en face de lui dans les foules malheureuses avides de miracles et de revanches, dans sa popularité, dans ses disciples qui se portaient candidats à de bonnes places, et quand s'approchait l'heure des grands affrontements et de la souffrance, que nous rappelons au cours de la « semaine sainte ».
La tentation de faire triompher son message et d'appliquer son programme à la manière de ce monde, par une révolution qui remplace les autorités en place. Certes on aurait vaincu des pouvoirs civils et religieux oppresseurs, et on les aurait remplacés par des hommes neufs (les disciples). On les aurait remplacés, justement ! C'est-à-dire qu'on aurait vite employé les mêmes moyens qu'eux : la violence morale, matérielle et physique, le spectacle, la soumission... C'est comme cela que tous les révolutionnaires de ce monde ont fini. Tous. Parce que, même pour de justes et nobles causes (quand elles l'étaient), même pour tout changer, ils se sont soumis à ce qui ne change pas, à ce qui est tapi au fond de la nature humaine, et ils l'ont utilisé : la soif de pouvoir et la violence des frustrations refoulées.

    Pas Jésus. Il n'a pas vendu son âme, il n'a pas vendu son être, il n'a pas perdu sa vraie raison d'être. Il était « irrécupérable » et c'est pourquoi il a été éliminé. C'est pourquoi aussi, par souci d'efficacité, il arrive que les chrétiens et les Églises l'écartent doucement, avec beaucoup de piété (sincère !).
La croix n'est pas un appel à renoncer aux belles causes. Elle est un appel à croire que les belles causes peuvent être servies et même réussir par d'autres moyens que ceux qui semblent les plus évidents, les plus efficaces, les plus rapides, les plus faciles, les plus spectaculaires, les plus attirants, les plus admis selon les règles de ce monde, et donc à « crucifier » ces derniers.
Et quand nous prions pour les gens qui ont dans ce monde une autorité morale, intellectuelle, politique, spirituelle, voire financière, le plus nécessaire n'est peut-être pas de prier pour ceux qui ont choisi la grosse crapulerie ou l'ignominie, mais pour ceux qui sont tentés de faire le bien en fermant les yeux et la bouche sur la crapulerie et l'ignominie, sous prétexte que la fin justifie les moyens.

 

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