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Chrétien, le mot détourné

 

 

pasteur Alain Arnoux

 

Méditation parue dans la Lettre hebdomadaire
de l’Église protestante unie de Bourdeaux, Dieulefit, La Valdaine
16 mars 2018

 

16 mars 2018

Clemenceau disait, paraît-il, qu'il suffit d'ajouter le qualificatif « militaire » à un mot pour que ce mot perde tout son sens, précisant : « Ainsi la justice militaire n'est pas de la justice, la musique militaire n'est pas de la musique. » Le vieux Tigre patriote était aussi férocement antimilitariste que férocement anticlérical.

Personnellement, je trouve souvent qu'il suffit de coller le qualificatif « chrétien » à un autre mot pour que ce mot fasse perdre son sens au qualificatif « chrétien ». Je suis très mal à l'aise quand j'entends parler de pays « chrétien », de nation, de civilisation ou de culture « chrétienne », de parti « chrétien », de politique « chrétienne »... D'autant que, presque chaque fois sinon tout le temps, il est question de les « défendre ».

Dans les faits, il s'agit surtout de défendre des positions plus que conservatrices sur le plan social ou sociétal, et il s'agit aussi de rejeter les gens différents, étrangers ou non, exilés, réfugiés ou simplement pauvres et sans protection. Cela s'allie souvent à de la violence verbale, qui ne reste pas toujours verbale : on voit des milices « chrétiennes » armées aux USA et dans les pays de l'Est.

Il est consternant de voir des personnages aussi cyniques et violents que le président américain et le président russe entourés l'un de pasteurs et l'autre d'évêques, aussi flagorneurs et serviles les uns que les autres, et aussi triomphants les uns que les autres. Ce spectacle lamentable n'est certes pas nouveau, mais on espérait qu'une méditation des expériences passées le ferait disparaître. Si on est gentil, on pensera que ces hommes d’Église sont simplement des naïfs, dupés par des cyniques, trompés par des paroles pieuses soigneusement calculées, flattés par des honneurs auxquels ils sont sensibles, et qui croient qu'en eux c'est le Christ qui est honoré (quoique cette confusion entre le Christ et le clergé soit douteuse théologiquement et spirituellement).

Si on est moins gentil, on pensera que ces ecclésiastiques ne sont pas dupes des propos « chrétiens » des hommes politiques, et qu'ils profitent cyniquement de cette alliance pour reconquérir, asseoir et renforcer leur pouvoir idéologique sur la société, se venger de ceux dont ils ont peur (y compris dans leurs propres Églises), et s'assurer des avantages matériels. Peut-être faut-il y voir une vérification de l'adage selon lequel « qui se ressemble s'assemble ». Chacun se servant de l'autre, chacun sachant ce que vaut l'autre.

Où est le Christ, là dedans ? Celui qui a dit : « Mon royaume n'est pas de ce monde » ?
Un chef d’État est forcément amené à prendre des décisions dures, injustes, douteuses sur le plan moral, et même pires que cela (je donnerai à qui me la demandera une définition de la politique par un expert, Edouard Herriot, mais je ne peux pas l'écrire ici). Mais s'il est authentiquement chrétien, il ne confond pas sa cause et son action avec celles du Christ.

On pense à Abraham Lincoln devenu insomniaque, dépressif, souvent désespéré pendant la Guerre de Sécession provoquée par son élection et qu'il a vécue comme une torture personnelle malgré sa détermination.

Mais quoi que je puisse penser de tel ou tel dirigeant de ce monde, je suis beaucoup plus sévère pour les responsables et les membres d’Église qui qualifient de chrétienne sa politique, parce qu'en fait, plus que l’Évangile, c'est leurs intérêts, leurs préjugés et leurs haines qu'elle épouse. Ils trahissent leur mission et transgressent le commandement qui interdit de « prononcer le nom du Seigneur à tort, ou pour le mal, ou dans le vide ».

Lisons le prophète Amos :

« Je déteste vos pèlerinages, je ne veux plus les voir, dit le Seigneur.
Je ne peux plus sentir vos cérémonies religieuses, ni les sacrifices complets que vous venez me présenter.
Je n'éprouve aucun plaisir à vos offrandes de grains,
je ne regarde même pas les veaux gras que vous m'offrez en sacrifice de communion.
Cessez de brailler vos cantiques à mes oreilles ;
je ne veux plus entendre le son de vos harpes.
Laissez plutôt libre cours au droit.
Que la justice puisse couler comme un torrent intarissable ! » (Amos 5 / 21-24)

Je fronce nez et sourcils quand je vois un grand de ce monde brandir une bible ou faire un signe de croix. Je rugis quand j'entends un ecclésiastique présenter ce grand de ce monde comme le bras droit (et armé) du Christ. Je ne pense certes pas que les chrétiens et les Églises doivent être des contestataires et des opposants systématiques, même s'il faut parfois qu'ils entrent en résistance et en dissidence.

S'ils veulent d'une part être d'humbles représentants du Christ et d'autre part avoir un rôle positif dans ce monde, leur premier devoir est d'être lucides et d'éviter certaines confusions : entre leurs propres idées et sentiments et l’Évangile ; entre les intérêts de l'Église et la cause du Christ ; entre une politique et la volonté du Dieu de Jésus-Christ. Le Christ n'est pas enfermé dans les Églises chrétiennes, il peut même être représenté par des gens qu'elles repoussent et combattent. Il peut s'en détourner quand elles le compromettent avec des gens qui l'instrumentalisent.

Le Christ est libre par rapport à tous les pouvoirs, civils et religieux, et c'est parce que Jésus de Nazareth était libre que ces pouvoirs se sont alliés pour l'éliminer. Nous ne pouvons pas oublier cela, car en collant le mot « chrétien » à n'importe quoi, il s'agit souvent encore de l'éliminer. Lucides et libres à l'égard de tous les pouvoirs, de tous les partis, et d'eux-mêmes, chrétiens et Églises peuvent être les signes modestes du Royaume promis. Non en se désintéressant de ce monde, mais en se mettant au service de l'humain et de la création.

 

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